Il y a 75 ans : le procès de Nuremberg en Allemagne // Jamais autant de femmes noires candidates aux municipales brésiliennes | Vu d′Allemagne | DW | 18.11.2020
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Vu d'Allemagne

Il y a 75 ans : le procès de Nuremberg en Allemagne // Jamais autant de femmes noires candidates aux municipales brésiliennes

Le 20 novembre 1945 s'ouvrait le procès de Nuremberg en Allemagne. Procès pour juger certains de plus hauts responsables nazis, qui laissera son empreinte pour la justice internationale. Dans la seconde partie de ce magazine : reportage au Brésil, où jamais autant de candidates noires ne sont présentées aux élections municipales.

Écouter l'audio 14:31

"Que quatre grandes nations victorieuses mais lésées n'exercent point de vengeance envers leurs ennemis prisonniers, c'est là un des tributs les plus importants qu'une puissance ait jamais payé à la raison." C'est sur ce discours du procureur Général américain Robert H. Jackson que s'ouvre le procès du Nuremberg dans la ville du même nom en Allemagne, le 20 novembre 1945. Pendant près d’un an on va juger 24 des plus hauts responsables nazis du Troisième Reich. Un procès historique qui marquera la fin de la seconde guerre mondiale à jamais et ouvrira une nouvelle page du droit internationale avec des répercussions jusqu’à aujourd’hui. 

Un procès intentés par les Alliés

Nous sommes en novembre 1945. Après six ans de barbarie à travers le monde, les armes se sont tues depuis le mois de septembre. La seconde guerre mondiale est définitivement terminée. Elle a emporté plus de 60 millions de vie à travers le monde. L’heure est à la reconstruction, et à la justice. 

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C’est dans ce cadre que s’ouvre le procès de Nuremberg le 20 novembre. Un procès intenté par les puissances alliées - États-Unis, Union soviétique, France et Grande-Bretagne- dans cette guerre, contre ceux considérés comme principaux responsables du Troisième Reich allemand. Un procès fruit de compromis : on a longtemps discuté pour savoir où il se tiendrait, comment, devant quelle juridiction, avec quels accusés... "Les Alliés se sont finalement mis d'accord afin qu'il y ait un tribunal international qui ait la compétence de juger les plus haut gradés de l'Allemagne nazie", explique le docteur en histoire Matthias Gemählich.

Le procès s'est tenu en Allemagne, mais devant un tribunal international

Le procès s'est tenu en Allemagne, mais devant un tribunal international

À l’ouverture, certains, et en premier lieu Adolf Hitler, ne sont pas présents, puisque morts. D'autres ont fui. Mais Hermann Göring, plus haut responsable nazi encore en vie, Rudolph Hess, Hans Frank ou Robert Ley sont présents. 24 accusés au total devant un tribunal totalement inédit. "C'est novateur dans l'histoire, parce qu'avant il n'y a jamais eu une telle institution, une telle juridiction qui avait cette compétence et cette responsabilité. Mais on s'est mis d'accord à ce que ce soit un procès équitable. Le Tribunal militaire de Nuremberg était indépendant, il n'y avait pas des consignes, et les juges étaient indépendants", souligne Matthias Gemählich.

Des crimes nouveaux

Devant ce tribunal international inédit, des organisations sont citées aussi. La Schutzstaffel, la SS, par exemple, un des principaux organes nazis, ou la police politique, la Gestapo. Accusation du tribunal contres les accusés : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, et crimes contre l'humanité. "Ces chefs d'accusation ont en partie été créés en 1945 pour ce procès", explique Matthias Gemählich. "Les crimes de guerre, mais surtout les crimes contre l'humanité et aussi les crimes contre la paix, donc le fait d'avoir planifié et déclenché une guerre d'agression, existent toujours et font toujours partie du droit pénal international, et sont aujourd'hui appliqués à la Cour pénale internationale." 

À l'ouverture du tribunal, en plein mois de novembre, il fait froid dans la ville de Nuremberg en Allemagne. L’atmosphère pèse. Des dizaines de témoins défilent à la barre au milieu des acteurs directs de la guerre. "On était tendu intérieurement", se souvient aujourd'hui, 75 ans après, Renate Rönn. Elle était alors secrétaire de son père, avocat commis d’office pour un accusé nazi pendant le procès. "L'atmosphère était très grave, oppressante, très sérieuse. Mais c'était aussi très calme. On n'entendait que les machines du traducteur. L'amtosphère était vraiment, oui, tendue, oppressante...

Dans la salle, on sait évidemment que ce sont des atrocités qui doivent être jugées. Mais les mots, les témoignages, les vidéos ou les photos des camps de concentration et des amas de corps donnent une nouvelle dimension au procès. 

De nombreux documents historiques ont été présentés pendant le procès de Nuremberg

De nombreux documents historiques ont été présentés pendant le procès de Nuremberg

"Cela a été un véritable choc pour toutes les parties concernées, essentiellement pour tous les avocats, car on n'avait aucune idée de la dimension des crimes", se remémore Renate Rönn. "On avait suspecté que des personnes avaient été déportées. On était au courant que des synagogues brûlaient. On était au courant des émeutes du 9 novembre 1938, au cours desquelles des femmes juives en chemise de nuit ont été jetées à la rue. Mais on ne connaissait pas l'étendue des camps de concentration d'Auschwitz, Birkenau, Stutthof, Bergen-Belsen". D'une voix calme Renate Rönn raconte "le choc" d'alors. Elle répète le mot souvent. "On ne pouvait pas imaginer que de telles atrocités puissent être commises en Europe centrale et, comme on disait toujours, un peuple de culture."

Légitimité du tribunal mise en cause

Hermann Goering devant le tribunal à Nuremberg en 1946

Hermann Goering était Ministre de l'aviation du Troisième Reich

Au cours du procès, les accusés se défendent. Ils récusent souvent leur culpabilité personnelle. "Je n'ai jamais ordonné le meurtre d'un être humain, ni à aucun moment ordonné ou toléré d'autres atrocités là où j'avais le pouvoir et les connaissances nécessaires pour les empêcher" , assurera par exemple l'ancien numéro deux de Hitler, Hermann Goering. 

Les accusés estiment que le tribunal est illégitime. Une partie de la population allemande estime aussi qu'il est injuste que ce procès soit entre les mains des puissances victorieuses. On critique également le fait que des crimes de guerre, comme des bombardements sur les civils commis par les Alliés, ne soient pas traités. 

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Condamnations et héritages du procès

Mais le procès se poursuit, 218 jours durant. 240 témoins défileront à la barre, on comptabilisera 300.000 déclarations sous serment. Le procès-verbal des auditions compte 16.000 pages. Le 1er octobre 1946 ce gigantesque marathon judiciaire se termine : douze condamnations à mort, sept peines de prison et trois acquittements sont prononcés. 

Le procès de Nuremberg fera date. Son exemple sera repris par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, pour le tribunal pénal international pour le Rwanda en encore aujourd’hui à la Cour pénale internationale de La Haye. 

La Cour pénale internationale est en partie héritée du procès de Nuremberg

La Cour pénale internationale est en partie héritée du procès de Nuremberg

Une CPI en partie héritière du procès de Nuremberg, devenue centrale dans les relations internationales depuis 1945. "C'est bien ainsi, qu'on puisse observer une évolution, que les faits soient pris au sérieux, qu'il soit également clair qu'ils peuvent avoir des conséquences, qu’ils devraient avoir des conséquences", estime aujourd'hui Christoph Safferling, professeur de droit pénal international à l'université Friedrich-Alexander d'Erlangen-Nuremberg en Allemagne. "Peut-être que cela prend parfois un peu trop de temps. Mais aucun dictateur dans le monde d'aujourd'hui ne peut être sûr qu'un système de justice pénale internationale ne frappera pas à un moment donné." 

À la suite du procès de Nuremberg, d’autres procès d’anciens nazis auront lieu, régulièrement. En juillet dernier un ancien gardien SS était encore condamné à de la prison avec sursis en Allemagne, à 93 ans. 

Ce sujet a été réalisé avec l'aide et le travail de Ralf Bosen et Johannes Senk.

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Les femmes noires s'engagent en politique au Brésil

Bureau de vote au premier tour des élections municipales au Brésil le 15 novembre 2020

Cette année, les partis doivent attribuer plus de fonds aux candidats afro-brésiliens

En seconde partie du podcast de Vu d'Allemagne, direction le Brésil. Le premier tour des élections municipales a eu lieu le dimanche 15 novembre et le second est prévu le 29. Le premier scrutin sous l’ère Jair Bolsonaro, président très critiqué pour sa gestion de la pandémie de Covid-19. Il semble que ses candidats soient en mauvaise posture après le premier tour. 

Vu d'Allemagne s’arrête cette semaine sur les candidates noires à cette élection. Au Brésil des recensements ethniques se font, et on peut donc savoir combien elles sont. Réponse : nombreuses, très nombreuses. Jamais autant de femmes noires ne se sont présentées aux municipales. 90.000 candidates noires étaient présentes au premier tour. Du jamais vu nous raconte Marie Naudascher. 

 

Vu d’Allemagne est un magazine radio hebdomadaire, proposé par Hugo Flotat-Talon et Anne Le Touzé, diffusé le mercredi et le dimanche à 17h30TU, et disponible aussi en podcast. Vous retrouvez tous les numéros dans la médiathèque, à écouter en ligne ou à télécharger en format MP3. Le podcast est également disponible sur certaines plateformes de podcasts.