Le bombardement de Dresde ou l′instrumentalisation de la mémoire // Menaces sur la sauvegarde des tigres en Inde | Vu d′Allemagne | DW | 12.02.2020
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Vu d'Allemagne

Le bombardement de Dresde ou l'instrumentalisation de la mémoire // Menaces sur la sauvegarde des tigres en Inde

Le bombardement de Dresde fut l'un des pires de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne. 75 ans plus tard, la ville est devenue symbole de réconciliation mais l'extrême-droite conteste toujours le bilan des victimes. // Le tigre est de retour en Inde, mais les braconniers sont toujours à l'affut. Reportage dans le nord du pays.

Écouter l'audio 12:30

Le 13 février 1945, il est environ 22 heures lorsque les premiers avions britanniques atteignent Dresde. Les sirènes retentissent pour appeler les habitants à se mettre à l'abri, la plupart dans leurs caves. Quelques minutes plus tard, une pluie de bombes s'abat sur la ville.

La première offensive s'arrête au bout de 25 minutes. Mais trois heures plus tard, environ 500 bombardiers britanniques lancent une nouvelle vague d’attaques, alors que les habitants sont sortis pour évaluer les dégâts.

Cette fois, les sirènes n’ont pas sonné l’alerte avant le déluge de feu. La célèbre danseuse Gret Palucca, aujourd'hui décédée, a porté toute sa vie le souvenir de cette nuit-là.

Vingt kilométres carrés de Dresde réduits en cendres après les bombardements

Vingt kilométres carrés de Dresde réduits en cendres après les bombardements

"J'en ai un souvenir terrible. J'habite en plein centre-ville et la plupart des gens qui vivaient dans la même maison que moi ont été tués. Nous étions 63 personnes réfugiées au sous-sol. Je me suis dit qu'on allait tous mourir parce qu'on n'avait pas de bunker. Alors j'ai couru dehors sous le feu, sauté par-dessus un mur avec une jeune fille. Nous sommes les seules à nous en être sorties. J'ai vécu des choses horribles et j'ai mis plus de deux ans à m'en remettre."

Environ 25.000 civils sont tués dans les bombardements de Dresde, qui durent jusqu'au 15 février. La plupart des bâtiments du centre de la ville sont également détruits. Des monuments baroques comme la Frauenkirche - l’Église Notre-Dame – ou encore le palais Zwinger ou l’opéra…  tout est réduit en cendres.

Un zéro de trop sur le bilan des victimes

La machine de propagande nazie réagit vite et ajoute un zéro derrière le nombre de victimes recensées. Officiellement donc, les bombardements ont fait plus de 250.000 morts. 

Les médias d’État dénoncent des crimes des Alliés, sans mentionner que l’Allemagne a elle aussi mené des raids meurtriers sur des villes britanniques comme Coventry ou Londre.

C’est ce que rappelle l’historien Rolf-Dieter Müller, qui a dirigé une commission d’enquête indépendante sur les bombardements de Dresde.

Avant Dresde, les Alliés avaient bombardé Hambourg en 1943. Avec un bilan humain plus élevé.

Avant Dresde, les Alliés avaient bombardé Hambourg en 1943. Avec un bilan humain plus élevé.

"Au moment même où Dresde a été bombardée, les Allemands envoyaient des milliers de roquettes et de bombes sur Londres. Donc les attaques contre Dresde étaient une réaction à la décision allemande de pousser cette guerre vraiment jusqu'au bout. Et les Alliés ont estimé qu'il était légitime de détruire Dresde afin de mettre un terme à cette terrible guerre."

Détruire Dresde pour mettre fin à la guerre

Les bombardements de Dresde ont été la suite logique de la conférence de Yalta, qui avait réuni les dirigeants britannique, américain et soviétique du 4 au 11 février 1945.

Les Alliés avaient promis de soutenir l'Union soviétique dans son offensive contre les nazis à l'Est. Or Dresde revêtait une importance stratégique pour l’armée allemande. La ville avait été déclarée "forteresse" quelques semaines avant les bombardements. Rolf-Dieter Müller : 

"La Wehrmacht avait décidé de transférer ses troupes de l'ouest vers l'est du pays. Les soldats étaient transportés en train, et Dresde était une étape importante. Il fallait arrêter ce transport. Et les Alliés avaient promis à Staline  qu'ils soutiendraient l'offensive de l'Armée rouge en bombardant des infrastructures importantes."

La Frauenkirche de Dresde symbole de réconciliation

La Frauenkirche est restée une ruine pendant plus de 40 ans

La Frauenkirche est restée une ruine pendant plus de 40 ans

Aujourd’hui, les cloches de la Frauenkirche retentissent de nouveau. Le chef d’œuvre d’art luthérien a été entièrement rebâti à l’identique, entre 1994 et 2005, grâce à des contributions du monde entier.

La nouvelle église Notre-Dame de Dresde se veut un symbole de réconciliation : ce sont des dons britanniques qui ont financé la reconstruction de sa croix dorée. 

Mais la place des bombardements de Dresde dans la mémoire collective n’est toujours pas évidente. Car si d’un point de vue humain, les bombardements de Hambourg en 1943 ont fait plus de victimes, avec 40.000 tués, le mythe des 250.000 morts de Dresde a été savamment entretenu à l’époque de la RDA. 

Après la réunification, l’extrême-droite a pris le relais. Et tout récemment encore, Tino Schrupalla, un des dirigeants du parti AfD, a affirmé que les bombardements avaient fait "au moins 100.000 morts". 

"Faire de Dresde le plus grand crime de tous les temps"

Rolf-Dieter Müller, dont la commission d’enquête a épluché de nombreux documents pour rétablir la vérité, explique cette instrumentalisation de la mémoire :

"L’idée que ce qui s’était passé à Dresde était unique s’est développée rapidement en raison du patriotisme local et a été entretenue en RDA. Celle-ci a utilisé les commémorations pour diffuser sa propagande de haine contre l’occident. C’est ce qui explique les propos récents des forces politiques d’extrême-droite. Le but principal était de faire de Dresde le plus grand crime de tous les temps, plus important que Hambourg ou Hiroshima. Et cette idée est aujourd’hui encore dans certaines têtes."

Limiter les tentatives de récupération politique, c’est aussi l’objectif des autorités allemandes. Les cérémonies commémoratives des dernières années ont réuni à Dresde des représentants de pays victimes de l’armée nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'ancien président Joachim Gauck insiste en 2015 sur le souvenir de toutes les victimes de la guerre

L'ancien président Joachim Gauck insiste en 2015 sur le souvenir de toutes les victimes de la guerre

En 2015, à l’occasion du 70ème anniversaire des bombardements, l’ancien président fédéral Joachim Gauck leur rendait ainsi un hommage appuyé.

"Nous sommes heureux d’accueillir des invités du Royaume-Uni, de Pologne, de Russie et de nombreux autres pays du monde à l’église Notre-Dame aujourd’hui. Nous sommes unis dans le souvenir, un souvenir qui se concentre sur les victimes et notre reconnaissance de leur souffrance, que ce soit à Londres, Varsovie, Leningrad, Dresde ou Breslau. Nous n’oublions pas. Et ensemble, nous sommes unis concentrer nos pensées et nos sentiments sur le destin de ces victimes."

Un 75ème anniversaire qui tombe à pic pour l'extrême-droite

Cinq ans plus tard, l’extrême-droite a gagné du terrain politique en Allemagne et l’AfD, forte de ses succès électoraux aux dernières élections régionales dans l’est, prévoit comme l’an dernier un rassemblement à Dresde le 13 février. Des marches néonazies et antifascistes sont annoncées pour le week-end… mais aussi une chaîne humaine autour de la ville en signe d'unité contre la haine et la violence.

Pour ce 75ème anniversaire, c’est le successeur de Joachim Gauck, Frank-Walter Steinmeier, qui devra trouver les mots lors de la cérémonie officielle pour continuer à faire de Dresde un symbole de réconciliation et non de division.

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Des ONGs indiennes mobilisées pour sauvegarder les tigres dans le nord de l'Inde

Grâce aux efforts de Toger Watch, le nombre de tigres a été multiplié par trois en douze ans à Ranthambore qui n'abritait plus que 18 tigres en 2006

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 Il est l'une des rares espèces en voie d'extinction à avoir été sauvé. Depuis quelques années, le tigre fait son grand retour en Inde où la mobilisation d'une poignée d'ONG a permis de repeupler certaines réserves. 

Alors que le pays n'abritait plus que 1600 félins en 2006, le dernier recensement fait état de près de 2900 tigres dans la nature.

Ce succès s'explique par l'implication de la population qui combat activement le braconnage. Le reportage de notre envoyé spécial Emmanuel Derville à Ranthambore, dans le nord de l'Inde.