L′Allemagne et le 8 mai 1945 // Solidarité envers les sans-abris en Angleterre | Vu d′Allemagne | DW | 06.05.2020
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Vu d'Allemagne

L'Allemagne et le 8 mai 1945 // Solidarité envers les sans-abris en Angleterre

Le 8 mai 1945, la capitulation de l'Allemagne nazie mettait fin à la Seconde Guerre mondiale, une période qui a marqué comme aucune autre la mémoire européenne et allemande. // En Angleterre, pays durement touché par la pandémie de Covid-19, la solidarité s'organise autour des sans-abris.

Écouter l'audio 15:35

L'après-midi du 30 avril 1945, Adolf Hitler ne voit plus qu'une issue. L'Armée rouge a envahi le centre de Berlin. Le dictateur nazi ne veut pas tomber vivant dans leurs mains et devoir un jour répondre de ses crimes mégalomanes.

Dans le bunker enfoui à douze mètres sous terre sous le terrain de la chancellerie, Adolph Hitler et sa jeune épouse Eva Braun se donnent la mort. Leurs derniers fidèles brûlent leurs corps et enterrent leurs dépouilles à proximité de la sortie de l'abri anti-aérien.

Le Feldmarschall Wilhelm Keitel, commandant en chef de la Wehrmacht, signe la capitulation de l'Allemagne

Le Feldmarschall Wilhelm Keitel, commandant en chef de la Wehrmacht, signe la capitulation de l'Allemagne

Il faudra pourtant attendre le 8 mai pour que soit scellée la fin officielle de "l'Empire millénaire" proclamé par Hitler. Les hauts responsables de la Wehrmacht, l'armée du Reich, signent la reddition inconditionnelle de l'Allemagne. 

La fin de la guerre, défaite ou libération pour les Allemands ?

En Europe, cette date marque la fin de la Seconde Guerre mondiale qui avait commencé par l'invasion de la Pologne par l'Allemagne le 1er septembre 1939, tandis qu'en Asie, la guerre se poursuivra encore plusieurs mois jusqu'à la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945.

Selon les estimations, plus de 60 millions de personnes ont perdu la vie durant cette guerre qui a déformé la face du monde de la manière la plus brutale possible.

À la sortie de la guerre, les villes d'Allemagne sont en ruine, détruites par les bombes des forces alliées. Le pays ne porte pas seulement la responsabilité d'avoir déclenché la guerre, il est aussi responsable de l'extermination de six millions de personnes: deux tiers des juifs d'Europe, des Roms et des Sinti, des homosexuels, des handicapés ou des adversaires politiques.

Pendant plus d'une décennie, les camps de concentration ont tourné à plein régime sur l'ensemble du territoire de l'Allemagne nazie. Alors comment la population allemande vit-elle la capitulation, le 8 mai 1945?

L'homme politique Egon Bahr, qui sera plus tard un des bras droits du chancelier social-démocrate Willy Brandt, a témoigné de nombreuses années plus tard de l'état d'esprit de ses compatriotes au lendemain de la guerre. On peut écouter ses souvenirs sur le site de la Maison de l'Histoire, à Bonn.

"Juste après le 8 mai, je ne me suis absolument pas demandé si nous étions libérés ou vaincus. Bien sûr que nous étions vaincus, mais dans le même temps aussi libérés. Cela n'avait aucune importance. Nous étions encore en vie. C'était ça l'essentiel."

Lutte de survie et reconstruction

La plupart des survivants ont dû penser la même chose qu'Egon Bahr. La guerre a traumatisé d'innombrables Allemands: les hommes en première ligne des combats, mais aussi entre 800.000 et deux millions de femmes violées par des soldats soviétiques. 

Près de 14 millions de personnes ont également fui ou ont été chassées des territoires allemands de l'Est et du Centre-Est, aujourd'hui situés en Russie, Pologne et République tchèque. Il a fallu leur trouver une place dans l'Allemagne en ruines. Une expérience qui a d'ailleurs un écho jusqu'à aujourd'hui car les témoins encore vivants de cette époque sont sensibles au traitement actuel des réfugiés...

Les femmes aident à déblayer les rues des gravats

Les femmes aident à déblayer les rues des gravats

Au lendemain de la guerre, l'Allemagne vit sa "Stunde Null", son "Heure zéro". Un autre combat commence pour les Allemands qui consacrent toute leur énergie à leur survie et à la reconstruction. Les femmes qui aident à déblayer les rues de leurs gravats entrent dans la légende, on les surnomme les "Trümmerfrauen" – les femmes des ruines.

Ce sont aussi les ruines du passé que les Allemands font disparaître. Il s'agit de réprimer la culpabilité de la guerre, d'enterrer les horreurs du nazisme trop longtemps tolérées. Pendant des années, la population a été soumise au lavage de cerveau de la propagande nazie. L'historien Florian Huber rappelle le contexte de ces premières années.

"Quand on regarde la période entre 1945 et 1949, il faut comprendre qu'elle était importante pour deux raisons principales. Premièrement, les Allemands ont dû accepter la défaite, ce qui a été très difficile pour beaucoup d'entre eux. Deuxièmement, ils ont dû envisager un nouveau mode de vie, en tant que nation et entité politique."

Une question fait particulièrement peur aux Allemands dans l'immédiate après-guerre: comment les forces alliées victorieuses vont-elles les traiter? Le sort de l'Allemagne a été négocié début 1945 lors des conférences de Téhéran et de Yalta

→ Écouter Vu d'Allemagne sur la Conférence de Yalta

Lors de leur conférence finale à Potsdam en juillet 1945, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS – qu'on appelle les "Trois Grands" – donnent à leur ancien ennemi la chance de faire de nouveau partie de la communauté internationale, en dépit des réserves.  

Mais les Allemands doivent en payer le prix: financier, avec les réparations, et territorial avec la séparation du pays en zones d'occupation. C'est de ces zones que naîtront par la suite la RFA, à l'Ouest, et la RDA à l'Est, sous influence soviétique.

La Guerre Froide a favorisé l'ancrage de l'Allemagne dans la démocratie

Le point de passage Checkpoint Charlie dans la Friedrichstraße de Berlin marquait la fin du secteur américain dans la partie ouest de la ville

Le point de passage "Checkpoint Charlie" dans la Friedrichstraße de Berlin marquait la fin du secteur américain dans la partie ouest de la ville

La conférence de Potsdam marque aussi le début de la lutte de pouvoir entre les puissances occidentales et l'Union soviétique. En quelques années, elle culminera pour devenir la Guerre froide. Face à l'imminence du conflit, les États-Unis lancent le 3 avril 1948 leur Plan Marshall: un gigantesque programme de relance économique de quatre ans pour l'Europe occidentale, Allemagne de l'Ouest comprise.

"Je suis convaincu que l'expérience de la Guerre Froide a permis, aux Ouest-Allemands en particulier, d'accepter plus facilement de faire partie du monde occidental", affirme Florian Huber. "Et cela a été plus facile pour eux d'aménager volontairement une nouvelle constitution démocratique que nous connaissons encore aujourd'hui."

La politique étrangère de la RFA s'efforce de réparer les erreurs et de coopérer. Le changement est radical, surtout en matière militaire: l'armée allemande, devenue Bundeswehr, est bâtie uniquement comme armée de défense. Ce n'est que depuis 1990 et après de longues discussions que les missions à l'étranger sont autorisées. Validées par la classe politique, elles sont soumises à des conditions strictes et généralement de nature logistique.

La RFA puis, plus tard, l'Allemagne réunifiée s'engagent pour l'unité européenne. La responsabilité historique de l'Holocauste et de la sécurité d'Israël font partie de la raison d'État. Et l'Allemagne défend les valeurs fondamentales de liberté, de démocratie et des droits de l'homme.

La fierté retrouvée, le nationalisme aussi

Une image symbolique forte: Willy Brandt s'agenouille devant le monument de l'ancien ghetto juif de Varsovie en 1970

Une image symbolique forte: Willy Brandt s'agenouille devant le monument de l'ancien ghetto juif de Varsovie en 1970

Sur le plan intérieur et sociétal, l'Allemagne ne sort toutefois que laborieusement de l'ombre de son histoire nazie. À l'Ouest, le travail sur le passé ne commence que dans les années 1960. Des décennies après la guerre, la plupart des Allemands sont loin d'être fiers de leur pays. La réunification, en 1990, sera un premier pas. Peu à peu, les Allemands s'identifient à leur nation. Depuis la Coupe du Monde de football remportée en 2006, ils n'hésitent plus à agiter leur drapeau noir-rouge-or et à chanter l'hymne national.

Aujourd'hui, d'après des enquêtes d'opinion, la connaissance générale sur la Seconde Guerre mondiale et l'époque nazie est en déclin, surtout chez les jeunes. Les fantômes du passé n'ont jamais complètement disparu. Au contraire, d'après le nombre croissant d'attentats et d'activités d'extrême-droite. De nombreux responsables politiques accusent le parti extrémiste Alternative pour l'Allemagne d'être les "pyromanes spirituels" de cette évolution.

L'AfD a beau nier, elle est régulièrement pointée du doigt pour ses déclarations provocatrices. Le parti a d'ailleurs ouvert depuis longtemps les hostilités sur la question du devoir de mémoire. Son ancien chef, Alexander Gauland, avait par exemple déclaré en 2018 que "Hitler et les nazis ne sont qu'une fiente d'oiseau comparé à mille ans de succès de l'histoire allemande".

Le dirigeant régional du parti en Thuringe, Björn Höcke, avait pour sa part qualifié en 2017 de "monument de la honte" le mémorial de l'Holocauste à Berlin. Apparemment ces déclarations n'ont pas nui à l'AfD qui continue de gagner des voix bien qu'elle teste les limites de ce qu'on peut dire – ou peut-être pour cette raison. Une tendance qui n'est pas près de partir, selon Florian Huber:

Angela Merkel à Auschwitz: l'Allemagne ne pourra jamais oublier.

Angela Merkel à Auschwitz: l'Allemagne ne pourra jamais oublier.

"Quand on regarde l'Alternative pour l'Allemagne, l'AfD, je pense qu'il faut être conscient qu'ils représentent une part importante de la société allemande aujourd'hui. Alors oui, ils sont partis pour rester et on va certainement être témoin d'un combat long et difficile entre ceux qui insistent pour maintenir vivantes les leçons du passé et ceux qui veulent clore ce chapitre de l'histoire allemande une fois pour toutes."

La chancelière allemande Angela Merkel n'est que trop consciente de ce combat. Le 6 décembre 2019, elle a eu des mots on ne peut plus clairs à propos du devoir de mémoire, lors d'une visite très remarquée dans un lieu qui, comme aucun autre, met en évidence les crimes nazis: l'ancien camp de concentration d'Auschwitz, aujourd'hui en Pologne, où plus d'un million cent mille personnes ont été assassinées.

"Nous ne devons jamais oublier. Il ne pourra jamais y avoir de trait final ni de relativisation."

Angela Merkel a l'opinion allemande derrière elle. Selon les sondages, une majorité d'Allemands se sentent toujours moralement responsables de l'histoire de leur pays.

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Solidarité avec les sans-abris en Angleterre 

Face à un système public défaillant, la solidarité est assurée par des citoyens et associations

Face à un système public défaillant, la solidarité est assurée par des citoyens et associations

On verra ce que l'Histoire retiendra de cette drôle de période que le monde vit actuellement… Face au Covid-19, chaque pays essaie de trouver ses solutions. Certains comme le Royaume-Uni ont tenté dans un premier temps de laisser le virus se répandre pour atteindre une immunité collective.

Une stratégie qui a été abandonnée lorsque les chiffres ont commencé à prendre des proportions inquiétantes. La stratégie britannique a d'ailleurs laissé les voisins européens mais surtout ses citoyens perplexes. Après avoir renoncé à laisser agir l’immunité, le Premier ministre a lui-même été hospitalisé en soins intensifs.

Parallèlement, pour palier l’absence de nombreux services publics dans un pays qui a connu des années de restrictions des dépenses publiques, ce sont les citoyens et associations caritatives qui mettent en place des mesures de soutien et de solidarité. 
Reportage de Melissa Chemam en Angleterre. 

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Ont contribué à cette émission: Ralf Bosen, Melissa Chemam et Anne Le Touzé