En Allemagne comme en France, les zadistes font de la résistance | Vu d′Allemagne | DW | 27.02.2019
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Vu d'Allemagne

En Allemagne comme en France, les zadistes font de la résistance

Ils refusent de voir la nature détruite pour de grands projets d'aménagement et occupent des zones naturelles, rebaptisées "Zones à défendre". Coup de projecteur sur deux "ZAD", en France et en Allemagne : Notre-Dame-des-Landes, où un projet d'aéroport a été abandonné en 2018 après un demi-siècle de lutte. Et la forêt de Hambach, provisoirement à l'abri du déboisement.

Écouter l'audio 12:29

"Cela veut dire que jusqu'à l'automne 2020, la forêt de Hambach ne sera pas déboisée. À partir d'aujourd'hui il y a un moratoire pour la forêt de Hambach... Et à cet égard, je demande maintenant à tous les occupants de la forêt de quitter ce lieu." 

550 hectares de forêt restent encore à sauver

550 hectares de forêt restent encore à sauver

Armin Laschet, le ministre-président du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, le 20 février dernier.

Devant le parlement régional, il annonce fièrement l'accord passé avec l'entreprise d'énergie RWE, qui exploite la plus grande mine de lignite à ciel ouvert d'Europe, au sujet du déboisement de la forêt de Hambach.  

Hambach, c'est un petit morceau de forêt bordé par un immense désert entre Cologne et Aix-la-Chapelle, dans l'ouest de l'Allemagne. Autour d'elle, d'énormes machines creusent le sol pour en extraire de la lignite.

En quarante ans, l'exploitation du "charbon brun" par l'entreprise d'énergie RWE a grignoté peu à peu les villages, les champs et les forêts pour laisser la place à de gigantesques trous qui s'étendent à perte de vue.

La forêt de Hambach s'étend aujourd'hui sur 550 hectares - elle était vingt fois plus grande il y a 40 ans. Depuis la même époque, les associations environnementales essaient de stopper le déboisement par des recours juridiques.

Un seul mot d'ordre : Hambi reste

Un seul mot d'ordre : "Hambi reste"

Il y a six ans, des militants écologistes ont décidé d'occuper la forêt. Perchés dans des cabanes, ils empêchent les tronçonneuses de couper les arbres pour laisser la place aux excavatrices de RWE. 

Mobilisation citoyenne pour "Hambi"

En septembre 2018, les autorités régionales ont déployé la police en force pour déloger une bonne fois pour toute les occupants de la forêt.

Pendant des semaines, des milliers de policiers ont assiégé le campement, alors même qu'un tribunal devait se prononcer sur l'arrêt des travaux de déboisement. 

Une injustice qui a contribué à la mobilisation de sympathisants écologistes et de simples citoyens. Venus de la région, mais aussi de l'étranger, ils se sont relayés pour soutenir les militants de la forêt, retenant toute l'attention des médias.

Dirk Jansen montre les quantités de charbon encore disponibles hors de la zone de Hambach

Dirk Jansen montre les quantités de charbon encore disponibles hors de la zone de Hambach

En peu de temps, la forêt de Hambach, affectueusement renommée "Hambi", est devenue un symbole, explique Dirk Jansen. Il est directeur général de l'organisation de protection de la nature BUND pour la Rhénanie du Nord-Westphalie.

"Cette intervention exagérément brutale de la police dans la forêt envers de jeunes manifestants, pacifiques pour la plupart... mais aussi des militants qui n'avaient pas peur de recourir à la violence, ce que nous condamnons, mais qui bien sûr ont fourni des images médiatiques... tout cela a contribué à ce que la forêt de Hambach devienne un symbole du tournant énergétique de l'Allemagne."
  
Le 5 octobre, le tribunal de Münster a ordonné l'arrêt des travaux. Le lendemain, 50.000 personnes étaient réunies à l'appel de BUND dans la forêt de Hambach. Une victoire médiatique de taille, en attendant celle des autres plaintes déposées par l'organisation. 

L'Allemagne sortira du charbon d'ici à 2038

En janvier, une commission composée de représentants politiques et syndicaux, de l'industrie, d'organisations environnementales et de scientifiques s'est mise d'accord, après un marathon de négociations, sur une sortie de l'Allemagne du charbon.

L'abandon définitif doit avoir lieu en 2038 au plus tard, et même avant si possible. 

Amin Laschet a annoncé un moratoire de deux ans sur le déboisement de Hambach, mais il n'a fait que confirmer le status quo, selon BUND

Amin Laschet a annoncé un moratoire de deux ans sur le déboisement de Hambach, mais il n'a fait que confirmer le status quo, selon BUND

La forêt de Hambach est mentionnée dans le document. La "commission charbon" estime que son maintien est "souhaitable".

Alors l'annonce, quelques semaines plus tard, d'un accord sur un moratoire conclu entre le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie et RWE va a priori dans le bon sens... Sauf que selon Dirk Jansen, Armin Laschet a largement exagéré son rôle.

"Ce que Laschet a dit au parlement régional est faux. Il n'a obtenu de RWE qu'une confirmation du statu quo. Donc ce n'est pas une nouveauté. Laschet n'est pas à la tête d'un mouvement mais n'a fait que confirmer l'évidence. Donc s'il veut vraiment appliquer le compromis adopté en commission, dont il faisait également partie sans droit de vote, il faudrait qu'il sécurise la forêt de Hambach le plus rapidement possible et de manière durable. Par exemple en la déclarant zone naturelle protégée ou en la ramenant dans le giron public."

BUND n'en a pas terminé avec la forêt de Hambach. Le tribunal administratif de Cologne doit étudier le 12 mars plusieurs plaintes de l'organisation environnementale, dont l'une porte sur l'autorisation d'exploitation accordée à RWE dans la zone. 

En attendant, les militants écologistes de Hambach restent perchés dans leurs cabanes. Et les excavatrices de RWE continuent de creuser des trous autour de la forêt.

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À Notre-Dame-des-Landes, les zadistes revendiquent une existence administrative légale

Quarante ans de bataille côté allemand à Hambach, et 55 ans à Notre-Dame-des-Landes, en France! 

Des dizaines d'années de débats politiques, de votes divers, de manifestations, d'occupation, d'affrontements parfois violents avec la police… Avant que le gouvernement français ne décide finalement d'abandonner le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, situé dans l'ouest du pays. C'était il y a un an, le 17 janvier 2018. 

L'immense bocage où devaient être construites les pistes et les bâtiments sera donc préservé. Mais depuis un demi-siècle, des opposants au projet s'y sont installés … pour empêcher les constructions. Ils comptent aujourd'hui rester, travailler et vivre dans cette zone naturelle près de Nantes. Hugo Flotat-Talon les a rencontrés. 

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