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"Nous devons faire face à la situation avec pragmatisme"

Fréjus Quenum
8 juin 2021

Angel Losada, Représentant spécial de l'Union européenne pour le Sahel, quitte ses fonctions à la fin du mois, dans un contexte de regain des attaques terroristes et d'instabilité politique. Au micro de Fréjus Quenum, il revient sur l'insécurité dans la région et l'action de l'UE aux côtés des pays du Sahel. 

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DW : En tant que partenaire des pays du Sahel, comment réagit l'Union européenne aux attaques qui se multiplient dans la région dite des Trois frontières, dont la toute récente attaque à Solhan, au Burkina Faso, qui a fait au moins 130 morts ?

Angel Losada : Sans aucun doute avec préoccupation, étant donné la situation que nous trouvons aujourd'hui dans la région. Une situation qui est sans aucun doute préoccupante. Mais malgré tout, je crois que nous devons faire preuve de pragmatisme et essayer d'appuyer - ce que nous faisons - appuyer les États, tous les États du G5 Sahel dans la lutte contre le terrorisme.

DW : Est ce que cette attaque n'est pas une illustration de plus de l'inefficacité des réponses apportées jusqu'ici dans la région ?

A.L. : Je crois que non. Souvent, on dit que la situation était tranquille il y a cinq ans, aujourd'hui, elle est catastrophique, que la communauté internationale est intervenue, mais que la situation ne s'est pas améliorée. Certainement, si nous n'étions pas là pour appuyer nos partenaires sahéliens, la situation serait sans doute encore plus critique car il y a un problème également stratégique dans tout cela. Il est vrai que nous ne pouvons pas être contents avec ce qui se passe.

Mais malgré tout, la lutte contre le terrorisme dans la région a eu des effets très positifs et surtout, je crois, grâce à la création du G5 Sahel, entre autres, qui a permis au moins aux cinq pays d'avoir une vision commune, une vision coordonnée entre cinq pays qui ont les mêmes problèmes. Mais je vous le dis, nous sommes là pour appuyer ces pays dans la lutte contre le terrorisme. Et pour une raison très simple, parce que ce sont nos partenaires et également parce que la sécurité du Sahel est étroitement liée à la sécurité de l'Europe également.

Des sapeurs pompiers et des soldats maliens sur le site d'une attaque suicide à Gao (Archives - Gao, novembre 2018)
Le Mali a été plongé dans un cycle de violences liées au terrorisme depuis 2012Image : AFP/Getty Images

DW : Bien sûr, avec la question des migrations aussi. Lundi (07.06.2021), vous avez tenu une réunion diplomatique sur la transition et la situation sécuritaire au Mali, qu'a-t-il été décidé?

A.L. : Comme vous le savez, il y a eu l'investiture du président Goïta au Mali. L'Union européenne est en train d'observer. Bien sûr, nous n'aimons pas les coups d'État, comme vous pouvez vous l'imaginer. Il y a eu un premier coup d'État qui était appuyé par toute la population.

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Ce deuxième coup d'État, qui est un coup d'État dans le coup d'État en fin de compte, a été observé également avec préoccupation, non seulement par nous, mais également par nos partenaires africains et surtout par la Cédéao et par l'Union africaine qui doivent, selon les principes qu'ils ont, prendre les mesures appropriées. Et l'Union européenne, en tout cas, suivra dans ce même sens.

DW : L'Union européenne annonce justement une aide de 100 millions d'euros pour aider à l'organisation des élections d'ici au début de l'année prochaine, et d'autres réformes aussi. Est ce que cela tient?

A.L. : Ecoutez, dans le discours du chef du coup d'État et qui est maintenant nommé président du Mali, il a maintenu tous les objectifs qui avaient été programmés par la Cédéao, avec l'exception que le président devait être un civil. Il a dit qu'il maintenait le chronogramme des élections. Alors tout va dépendre bien sûr du processus démocratique et nous serons très vigilants de ce point de vue-là. Il y a un chronogramme.

Ce chronogramme doit être accompli et dans ce sens, oui, nous aiderons aux élections. Mais l'aide de 100 millions va dépendre, bien sûr, de si on avance dans ce chronogramme. 

DW : Vous étiez récemment dans certains pays de la région : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad en l'occurrence. Est ce que c'était pour faire vos adieux avant la fin de votre mandat au 31 juin ?

A.L. : Oui, effectivement. Malheureusement, parce que c'est une région qui me passionne, une région que j'aime profondément... J'ai été cinq ans ambassadeur d'Espagne au Nigeria, dont le nord est sahélien. J'ai été deux ans envoyé spécial de l'Espagne pour le Sahel et pour le processus de paix en Libye, et presque six ans également pour l'Europe. Oui, j'ai été faire mes adieux. Je suis allé au Mali, mais malheureusement, cela a correspondu avec le changement de gouvernement.

Je suis allé ensuite en Mauritanie, où j'ai été très bien reçu par le président El-Ghazaouani, qui est en train de faire un travail qui, je crois, est très positif et très bien apprécié par l'Union européenne. La Mauritanie contrôle ses frontières, contrôle son territoire. C'est un pays qui est un exemple, en tout cas...

DW: Mieux que les autres Etats du Sahel?

A.L. : Non. Nous ne nous mettons pas dans des comparaisons, mais dans le fait qu'ils sont en train d'accomplir un travail qui est admirable. Je parle du Sahel avec passion parce que c'est une région que j'aime profondément.

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DW : Une région où une question demeure... Vous avez évoqué la Mauritanie. Certains pensent que la Mauritanie a peut être fait un deal avec les terroristes pour ne pas être attaquée. On parle de dialogue avec les terroristes. Quel est votre point de vue ? Qu'est ce que vous leur laissez à ces chefs d'État de la région comme conseils en partant ?

A.L. : C'est une question très délicate, comme vous pouvez l'imaginer. Je suis un diplomate de toute façon, et nous devons voir la question avec un certain pragmatisme. Mais il y a certains groupes avec lesquels il est très difficile de parler ou de négocier parce que ce qu'ils recherchent, c'est votre propre destruction. C'est pour cela d'ailleurs que l'Union européenne a également appuyé la réforme du secteur de sécurité qui est un des éléments fondamentaux de tous ces pays. Avec le leadership de l'Union européenne dans ce qu'on appelle le "P3S", le partenariat pour la stabilité et la sécurité du Sahel. C'est en tout cas notre volonté également d'appuyer une bonne gouvernance. C'est d'ailleurs l'essence même de la stratégie que l'Union européenne a élaborée, qui reprend justement ces éléments : bonne gouvernance, réforme du secteur de sécurité, et également redevabilité mutuelle.

DW : Angel Losada, merci beaucoup.

A.L. : C'est mon plaisir et merci beaucoup.

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