Mali : l′absence de l′Etat, le sujet qui fâche | Afrique | DW | 06.10.2021
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Afrique

Mali : l'absence de l'Etat, le sujet qui fâche

Le président Emmanuel Macron a critiqué l'absence de l'Etat. Ses propos jugés maladroits sont pourtant corroborés par des témoignages d'autorités locales.

Le climat est toujours tendu entre Bamako et Paris. La diplomatie malienne a publié un communiqué, appelant la France à "se concentrer sur l'essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme dans le Sahel". Bamako a aussi convoqué ce mardi (05.10.2021) l'ambassadeur de France après les propos du président Emmanuel Macron qui regrette l'absence de l'Etat au Mali.

Préfet et sous-préfet en fuite

Dans la commune rurale de Télé, dans la région de Tombouctou, le maire Cheick Doucouré décrit la difficulté pour les préfet et sous-préfet de rester sur place et incarner l'Etat. Ce qui n'est pourtant pas son cas. "En réalité, moi j'arrive à travailler", assure le maire.

"La différence entre moi et le préfet ou le sous-préfet, c'est que je suis un élu et eux ils sont des agents de l'administration. Donc dans la vision des forces occupantes ici, elles ne veulent pas de ceux-ci", ajoute Cheick Doucouré.

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Cet élu local explique être dans une forme de cohabitation pacifique avec les djihadistes qui "ne voient aucun inconvénient à tolérer un élu qui ne les dérange pas et qui ne va pas appeler des forces pour les déloger. Un élu qui fait tranquillement son travail, et c'est ce que je fais". D'après lui, les forces de sécurité "ne sont plus à la disposition des populations car elles se sont un peu retirées vers le Sud dans certaines bases".

>>> Sur le même sujet : Dialogue avec les jihadistes : une option à l'issue incertaine

Des territoires qui échappent au contrôle de l'Etat : le sujet paraît très sensible au Mali.

Un problème récurrent

En 2012, les militaires qui ont pris le pouvoir reprochaient à l'Etat, entre autres, le manque de moyens pour faire face aux forces ennemies. Depuis le deuxième coup de force des militaires en moins de dix ans, la situation n'a pas évolué, regrette encore Cheick Doucouré.

Le président français Emmanuel Macron a réitéré que des territoires arrachés aux djihadistes retombaient facilement dans les mains de ces derniers. Il a appelé "que l'Etat revienne" au Mali.

Ces propos font réagir Issa Kaou Djim, quatrième vice-président du Conseil national de transition, l'organe parlementaire de la transition, et fervent supporteur du colonel Assimi Goïta l'actuel chef de l'Etat malien. "Nous estimons qu'il faut soutenir et aider le Mali à recouvrer et récupérer sa souveraineté. C'est un problème très complexe, très difficile", estime le patron de la plateforme Appel citoyen pour la réussite de la transition.

Écouter l'audio 02:30

Issa Kaou Djim : "La France n'est pas aussi exempte de reproches"

"Rappelez-vous que c'est cette même France, quand elle est intervenue pour sauver l'Etat malien en 2012 après le coup d'Etat contre Amadou Toumani Touré, qui avait fait une proposition : négocier avec les indépendantistes et mener une lutte implacable contre les terroristes. Quand à un moment donné, le Mali avait estimé, pour sa souveraineté et pour sa cohésion, vouloir négocier avec les groupes djihadistes, la France s'y est opposée catégoriquement. Donc elle n'est pas aussi exempte de reproches", accuse Issa Kaou Djim.

Contacté à Bamako, un responsable politique de premier plan préfère s'abstenir de commenter les échanges musclés entre Bamako et Paris. Il dit constater toutefois que la dégradation des relations n'avantage aucune des parties.

Une chose qui rassure, estime cet acteur politique : la récente visite du général Laurent Michon, commandant de la force Barkhane, auprès du ministre malien de la Défense. Il y voit le signe d'un dégel.