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Crimes coloniaux : le cas de la mission Voulet-Chanoine

16 janvier 2026

Retour sur les massacres commis par la mission Afrique centrale/Tchad, dite mission Voulet-Chanoine. L'une des pages les plus sombres de la conquête française au Niger.

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Des colons posent pour une photo
La conquête coloniale en Afrique a été marquée par de multiples exactions (photo d'illustration).Image : akg-images/picture alliance

Au Niger, depuis l'arrivée au pouvoir des militaires, en juillet 2023, ils tiennent un discours souverainiste. Une rupture diplomatique s'en est suivie avec la France, et les communautés victimes des crimes coloniaux sortent de plus en plus de leur silence, pour rapporter les récits de certains événements douloureux jusqu'ici quasiment oubliés par l'histoire.

Une conquête sous le signe de la violence

Le village de Maijirgui compte un peu plus d'un millier d'habitants, le 15 juillet 1899.Ce jour-là, dans cette localité située à une dizaine de kilomètres de Tessaoua, dans la région de Maradi, la population voit arriver l'expédition militaire française de conquête coloniale.

En route vers le Tchad, l'expédition est dirigée par deux officiers, connus pour leur violence : les capitaines Voulet et Chanoine. Tous les deux sont tués sur place les 16 et 17 juillet 1899 par leurs propres tirailleurs mutinés.

Cet événement a longtemps été relaté dans la plupart des manuels scolaires nigériens.Mais pour Maman Sayyabou Sallaou, descendant d'une des familles victimes de l'expédition coloniale, la mort des deux capitaines français ne doit pas faire oublier le massacre perpétré dans son village.

Il raconte que quand les colons sont venus au village de Maijirgui, tous les bras valides avaient fui et ont laissé les enfants, les femmes et les personnes âgées "il n'y avait pas eu de résistance vraiment comme dans les autres localités. Mais ils ont massacré tous ceux qu'ils ont trouvés au niveau du village, enfants vieillards, femmes. D'après ce que nos grands-parents nous ont raconté, c'est plus de 200 personnes qu'ils ont massacrées, leurs corps jetés dans un puits là-derrière le village. Ils ont ensuite incendié les greniers et les stocks de vivre de la population".

Ecoutez les précisions de Gazali Abdou Tasawa

Des atrocités mais aussi de la résistance

Pour l'historien nigérien Amadou Maman, les atrocités commises par la mission Voulet-Chanoine sur la population tout au long de son parcours en territoire nigérien sont des exactions qui relèveraient de la justice.

La mission Voulet-Chanoine tout au long de son passage au Niger, depuis Sansane hausa, Matankari, jusqu'à Zinder, c'est des exactions, des abus, parmi lesquels des incendies, des pendaisons..." raconte l'historien.

"Si vous prenez Konni, à l'époque peuplée d'environ 10.000 personnes, les exactions ont été estimées à 7000 morts. Konni a pratiquement été rayée de la carte.Cette mission, ce qu'elle a fait en langage juridique actuel, on peut le qualifier de crime contre l'humanité" assure-t-il.

La conquête du Niger par la France n'a cependant pas été sans résistance de la part des Nigériens. Le professeur Issa Mahaman, historien, cite l'exemple de la reine Saraouniya Mangou de Lougou face à la mission Voulet-Chanoine.

"Quand Voulet et Chanoine étaient venus à l'Arewa, il y avait la fameuse Saraouniya Mangou qui se préparait à résister. Elle a donné des instructions, on a positionné les archers pour qu'ils se battent contre cette présence étrangère" explique l'historien.

Selon lui "les capitaines Voulet et Chanoine ont eu des renseignements sur la position des archers, ils ont mis leur artillerie en marche et ont fait un carnage. Les guerriers ont été massacrés.Mais la Saraouniya jusqu'à présent c'est une grande énigme. La tradition dit qu'elle a des pouvoirs magiques, et qu'elle a réussi à s'échapper.En tout cas on ne l'a plus retrouvée".

 Depuis que le Niger est dirigé par des militaires, il y a un peu plus de deux ans et demi, un nouveau rapport de force se crée avec la France.Des communautés de victimes des exactions réclament réparations et indemnisations à la France pour les crimes commis durant la période coloniale.