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RDC, Sahel : les civils paient le lourd tribut du djihadisme

11 septembre 2025

Depuis le début des années 2000, le terrorisme a durablement endeuillé de nombreuses régions au monde, dont l’est de la RDC et dans le Sahel.

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Des déplacés sur la route, emportant leurs affaires.
Les attaques djihadistes, comme ici par les ADF à Beni, jettent régulièrement des milliers de déplacés sur les routes.Image : Nicholas Kajoba/Xinhua/IMAGO

Le blocus imposé ces derniers jours au Mali par les groupes djihadistes qualifiés de terroristes par le pouvoir en place ont encore rappelé le sort des populations coupées du monde. Les djihadistes ont instauré depuis le début du mois des barrages ponctuels sur les grands axes qui mènent vers Bamako, perturbant ainsi la libre circulation des biens et des personnes.

Cheick Oumar Coulibaly est un soldat malien à la retraite, il dit avoir eu peur. 

"Ce que nous savons actuellement, c'est que les djihadistes ont diffusé l'information selon laquelle ils prennent le contrôle partout. A Bamako, cela nous effraie, nous avons peur et nous sommes inquiets. Hier et avant-hier, tout le monde avait peur."

La peur, c’est aussi ce que ressent Maiga du groupement de la société civile de Tillabéry, située dansla zone des trois frontières, Niger, Mali, Burkina Faso, où les attaques des groupes djihadistes terrorisent les populations. Il habite à Niamey à une centaine de kilomètres de Tillabéry. 

Maiga avoue qu'"à chaque instant, les gens s’attendent à ces incursions de ces terroristes. Il y a la peur au point où, dans certaines zones pendant cette saison de culture, de nombreuses populations n’ont pas pu cultiver leur champ".  

Déplacements et perte de source de revenus  

Car les attaques djihadistes conduisent très souvent aux déplacements des populations, elles sont des milliers dans le Sahel, obligées d’abandonner leurs champs et leur bétail, donc leur source de revenus. Un scénario qu'on observe également dans d'autres régions d'Afrique. 

"Si vous refusez de coopérer, vous êtes peut-être plus ou moins assimilés à l’ennemi" (Hervé Lankoandé Wendyam)

Abigaelle, habite le territoire de Beni dans l’est de la RDC. Elle a perdu il y deux jours ses deux frères dans une attaque des rebelles ADF affiliés à l’Etat islamique.

"Nous dormons dans des écoles, des hôpitaux, des églises, pour chercher à sauver notre vie. Quand nous dormons dans des conditions pareilles, nous sommes exposés à des maladies", regrette Abigaelle.

"On ne fréquente plus le champ. Une fois que vous allez au champ, si par exemple la grâce de l’Eternel est encore avec vous, vous pouvez rentrer en étant vivant."  

Les enfants aussi touchés par le djihadisme  

Conséquence, privés de moyens, les familles ne peuvent pas envoyer les enfants à l’école. Dans un récent rapport, le Conseil norvégien pour les réfugiés et l’Unicef évaluent à trois millions le nombre d’enfants touchés par les fermetures d’écoles à cause de la violence et des conflits en Afrique de l’Ouest et du centre.   

Autre problème dans les zones où les djihadistes sont actifs, la stigmatisation des communautés, la méfiance aussi entre elles.

Hervé Lankoandé Wendyam est analyste indépendant. Il estime que les populations dans les zones affectées sont prises entre deux feux, la menace djihadiste et les opérations anti-djihadistes des forces gouvernementales.   

"Si vous ne collaborez pas, vous êtes obligés peut-être de fuir ou de subir les représailles. Si vous refusez de coopérer, vous êtes peut-être plus ou moins assimilés à l’ennemi."    

Plusieurs rapports soulignent ainsi les exactions commises par les deux parties : les groupes djihadistes et les armées nationales. 

Des femmes de la tribu Fulani
Les attaques djihadistes ont aussi fait place à des stigmatisations des communautés peules Image : Suburbanium/Depositphotos/IMAGO/Depositphotos

Hervé Lankoandé Wendyam qui est analyste indépendant spécialisé dans les dynamiques politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest. Il explique que les populations civiles, par crainte de perdre leur source de revenus, sont obligées de rester sur place malgré les attaques.

Hervé Lankoandé Wendyam : Se déplacer, déjà, je dirais que c'est c'est une forme de luxe dans le sens où quand vous êtes donc un déplacé interne, si vous avez peut-être des parents en ville, peut-être vous avez la possibilité de vous faire héberger, d'avoir une nouvelle forme de vie, de vous réinventer. Mais quand vous quittez donc votre localité, votre village, vous vous retrouvez en ville du jour au lendemain. Et vous devez dépendre de l'aide humanitaire aussi, qui est de plus en plus difficile à obtenir. En fait, ça devient compliqué. Quand on fuit, bien sûr, on fuit la violence, mais dépendant des ressources, dépendant des capitaux que les uns les autres possèdent, on ne finit peut-être pas en ville de la même manière.

Ce qui fait qu'il y a bien sûr une bonne partie des gens qui peuvent décider, pour diverses raisons, y compris de sauver le peu qu'ils ont, de rester. Parce qu'ils ont des champs qu'ils voudraient protéger. Et quand vous décidez de rester, vous êtes obligé de coopérer a minima avec donc ces djihadistes. Donc ça vous permet de mener tranquillement votre activité tout en en ayant une forme une forme de dignité.

DW : On sait que parfois il y a eu des accords où des gouvernements essaient de négocier avec les groupes djihadistes pour épargner les populations. Est-ce que c'est peut-être ça la solution ?

La solution qui est en tout cas ne serait-ce que peut-être durable, ça va peut-être prendre du temps, mais c'est la solution politique. Mais on se rend compte que depuis le retour des des militaires, je pense que cette logique est de plus en plus lointaine. 

Les villes qui sont épargnées, ça c'est aussi à relativiser. Parce qu'on a vu que ce soit au Mali ou au Burkina Faso, des tentatives même aussi d'attaques des grandes villes. Mais si vous êtes en ville, vous avez au moins la chance donc de protéger votre vie. Maintenant se pose peut-être la question de votre survie.