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PolitiqueRussie

Angela Merkel : l'interview sur la Russie qui dérange

8 octobre 2025

Selon l'ancienne chancelière, la Pologne et les Etats baltes auraient bloqué des négociations directes entre l'UE et la Russie avant la guerre en Ukraine.

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Angela Merkel lors de la présentation de sa biographie, en novembre 2024 (illustration)
Angela Merkel est accusée par la Pologne et les pays baltes de "réécrire l'histoire"Image : Michael Kappeler/dpa/picture alliance

Angela Merkel, l'ancienne chancelière allemande, a quitté le pouvoir en décembre 2021, soit quelques mois seulement avant le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie

Depuis son départ de la chancellerie, Angela Merkel se fait plutôt discrète dans les médias. Alors, quand elle donne des interviews, ses propos font du bruit. C'est le cas d'un entretien qu'elle a accordé à un site indépendant hongrois "Partisan".

L'ancienne cheffe de gouvernement y affirme avoir tenté d'encourager la tenue de discussions directes entre l'Union europénne et Moscou, dès juin 2021, pour stabiliser le cessez-le-feu fragile entre l'Ukraine et la Russie. Mais selon l'ex-chancelière allemande, ces discussions auraient été freinées à l'époque par la Pologne et les pays baltes. Des propos que n'apprécient pas les pays visés.

Parler avec Vladimir Poutine

Angela Merkel déclare qu'en 2021, elle voulait que l'Union européenne parle "directement à Poutine". Mais, poursuit-elle, "cela n'a pas été soutenu par certains. Il s'agissait surtout des pays baltes".

Mais la Pologne s'y est également opposée, car elle avait peur que nous n'ayons pas de politique commune vis-à-vis de la Russie".

Ces déclarations de l'ex-chancelière suscitent une vive opposition dans les pays concernés. "Scandaleux "pour l'ancien ministre letton de la Défense. "Au fond, elle nous accuse d'avoir permis l'invasion [de l'Ukraine]. (...) Elle met les choses à l'envers et n'est pas capable de reconnaître ses propres erreurs, qui ont effectivement coûté cher", a-t-il déclaré à la DW.

Sur X, le ministre estonien des Affaires étrangères, Magnus Tsakhna, estime que la raison de l'agression de la Russie était le refus de Vladimir Poutine "d'accepter l'effondrement de l'URSS". Et aussi le manque de réponse forte de l'Occident à l'agression contre la Géorgie en 2008, et à l'annexion de la Crimée, en 2014.

En Pologne, aussi, la ministre du Développement régional, ancienne ambassadrice en Russie, répond à Angela Merkel. Selon elle, il est "absurde" de prétendre que quiconque ait tardé à entamer des discussions avec Moscou. 

Après tout, rappelle-t-elle, la Russie est clairement l'agresseur. Et la ministre d'ajouter que les propos d'Angela Merkel "sont aujourd'hui totalement inappropriés, [qu'] ils font le jeu de la propagande russe".

Réaction du Kremlin

Le porte-parole du Kremlin s'est d'ailleurs félicité des déclarations de l'ex-chancelière allemande. "On peut imaginer que Mme Merkel a effectivement raison sur ce point", a-t-il déclaré”, ajoutant qu'en matière de politique étrangère, l'UE est "malheureusement prise en otage par la politique fanatique des Etats baltes et de Varsovie".

La proposition controversée d'organiser un sommet UE-Russie a bel et bien été discutée lors de la réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, en juin 2021. La proposition émanait d'Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron. 

Ce type de sommet UE-Russie n'avait plus eu lieu depuis 2014, depuis que la Russie a annexé la Crimée et soutenu les séparatistes dans l'est de l'Ukraine.

Belarus | Accords de Minsk | Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Holland et Petro Poroschenko (archive de 2015)
Vladimir Poutine et des dirigeants européens lors des accords de Minsk, en 2015Image : Tatyana Zenkovich/dpa/picture alliance

Un contexte tendu

Depuis le début de l'année 2021, la situation dans l'est de l'Ukraine s'était détériorée. Mais des contacts ont eu lieu entre l'Occident et la Russie. Le président américain, Joe Biden, qui venait de prendre ses fonctions, a rencontré Vladimir Poutine en Suisse, à la mi-juin 2021. 

Peu de temps après, le chef du Kremlin a plaidé pour "la restauration d'un partenariat global avec l'Europe" dans une tribune publiée dans le journal allemand "Die Zeit".

La proposition d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron d'organiser un sommet européen, avec Vladimir Poutine, a été critiquée en Pologne, en Lituanie, en Estonie et en Lettonie. Ces pays ne voulaient pas que Vladimir Poutine ait l'impression d'être "récompensé" par un sommet, avant que des solutions ne soient trouvées pour la situation dans l'est de l'Ukraine.

BdTD | Dänemark Bornholm 2022 | Fuite du gazoduc Nord Stream 2 vue du ciel (septembre 2022)
Le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne était controversé en EuropeImage : Ritzau Scanpix/REUTERS

Le projet de gazoduc Nord Stream 2, qui devait relier l'Allemagne à la Russie, a aussi terni les relations entre l'Allemagne d'un côté et les pays baltes et la Pologne de l'autre, qui y voyaient une erreur stratégique de Berlin qui augmentait ainsi sa dépendance à Moscou. 

Nord Stream a été détruit par plusieurs explosions en septembre 2022.

Quelques mois plus tôt, l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait déjà relégué au second plan les divergences au sein de l'UE. 

"Nous ne pourrons plus clarifier aujourd'hui ce qui se serait passé si", a déclaré Angela Merkel dans l'interview au site hongrois. "Maintenant, les temps ont changé".