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Des soldats posant devant un char Leopard 2 de la Bundeswehr au Camp Adrian Rohn (juin 2022)
Les chars Leopard sont plus nombreux que les autres en Europe et, contrairement à d'autres modèles, ils sont toujours produits.Image : Michael Kappeler/dpa/picture alliance
ConflitsAllemagne

L'Allemagne accepte l'envoi de chars en Ukraine (presse)

Sandrine Blanchard
24 janvier 2023

En Allemagne et en Europe, la pression augmentait sur Olaf Scholz pour qu'il envoie des chars lourds Leopard en Ukraine. Analyse.

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Selon des informations de l'hebdomadaire Der Spiegel confirmées par plusieurs sources, l'Allemagne aurait accepté l'envoi des chars Leopard en Ukraine par des pays tiers comme la Pologne. Le porte-parole du gouvernement n'a pas souhaité commenter la nouvelle.

Il s'agirait d'une compagnie de Leopard 2A6 de 14 véhicules. Plusieurs alliés seraient aussi sur le point de livrer des Leopard 2 à l'armée ukrainienne.

Le gouvernement fédéral a répété plusieurs fois qu'il ferait dépendre sa décision de celle des Etats-Unis pour livrer leurs chars.

Renforcer l'armée ukrainienne

L'Ukraine ne dispose dans son arsenal que de véhicules blindés et de chars anciens, qui remontent à l’ère soviétique. C’est pourquoi Kiev réclame à ses alliés occidentaux de lui livrer du matériel moderne – en l’occurrence 300 chars lourds, pour faire face à l’offensive russe.

La pression s’est accentuée sur l’Allemagne ces dernières semaines pour qu’elle envoie des chars Leopard 2 en Ukraine et cette question a créé de fortes dissensions entre Européens et jusqu’au sein du gouvernement de coalition emmené par Olaf Scholz.

Les avantages des Leopard

Gaspard Schnitzler, chercheur à l’IRIS, co-directeur de l'Observatoire de l'Allemagne et  spécialiste des questions de défense européennes et d’industrie de l’armement, explique que les Leopard "sont particulièrement importants parce qu’ils offrent une puissance de feu, une résistance et une mobilité plus importante également, sur des terrains dégradés."

De plus, ces chars Leopard ont été produits en grandes quantités, contrairement aux chars lourds produits dans d'autres pays d'Europe. 

"Le souci, c’est que le Leclerc français a été produit dans des quantités limitées, rappelle Gaspard Schnitzler. Les armées françaises  en possèdent actuellement environ 200 mais la production du Leclerc a été arrêtée en 2008, ce qui pose des difficultés en termes de maintenance, de fourniture de pièces détachées. Donc si on cède cet équipement, d’une part cela risque de dégrader nos capacités, déjà limitées, et d’autre part, il faudrait relancer la production de ces chars, ce qui prendrait  un temps important."

Ecoutez l'interview avec Gaspard Schnitzler ci-contre

Interview avec Gaspard Schnitzler

Et les Leopard, eux, sont donc disponibles et rapidement mobilisables, de l'avis du chercheur de l'IRIS. "L’avantage des Leopard, c’est que de nombreux partenaires européens et au sein de l’Otan ont acheté du Leopard depuis les années 1990. On a plus de 2.000 chars Leopard en service en Europe. Pour vous citer quelques exemples : la Grèce en a plus de 350, idem en Turquie, en Espagne, en Pologne 260, en Finlande 240, en Hongrie une soixantaine et puis une cinquantaine au Danemark, au Portugal, en Norvège ou encore aux Pays-Bas. Donc on a ce pool potentiel de véhicules que les pays pourraient céder avec toute la chaîne logistique, de maintenance et de pièces détachées qui va avec et qui pourraient faciliter la cession de ces équipements.

Une pression forte

Mais pourquoi une telle pression, en Allemagne, et de la part de ses alliés, sur le gouvernement d'Olaf Scholz ?

Gaspard Schnitzler répond : "Je pense qu’il y a aussi peut-être la crainte des pays de devoir eux-mêmes livrer des chars et donc ils se défaussent d’une certaine façon sur l’Allemagne en disant : "Regardez, moi, je ne peux pas. Moi, la France, je n’ai que 200 chars, mais l’Allemagne, elle, en a 2.000 donc ce serait à elle en priorité de les livrer"."

Par ailleurs, selon lui, outre la dimension purement opérationnelle de ces livraisons (augmenter la puissance de feu de l’armée ukrainienne), celles-ci revêtent également "une dimension politique importante : pour l’Allemagne, si elle ne livre pas ses chars, il y a un risque important d’isolement en Europe, alors qu’on parle de plus en plus d’un pivot progressif du centre de gravité de l’Europe vers l’Est avec les élargissements à venir. Et donc l’Allemagne n’a pas du tout intérêt à avoir mauvaise réputation auprès de ces pays [d’Europe orientale]. Et puis, un autre enjeu pour l’industrie allemande, c’est la perte d’attractivité que risquerait d’engendrer une non-livraison."

Selon Gaspard Schnitzler, cette question des chars Leopard est donc cruciale pour l'industrie de l'armement en Allemagne, pour sa place en Europe et, plus généralement, pour la politique de défense européenne en cours de renforcement.

Reactions positives de l'opposition

Le chef du parti CDU d'opposition, Friedrich Merz, est satisfait de la décision du gouvernement fédéral mais regrette les "hésitations" du chancelier. "S'il avait annoncé sa décision aux côtés du président Emmanuel Macron lors des cérémonies d'anniversaire du Traité de l'Elysée [dimanche dernier], cela aurait été le signe d'un leadership politique commun."

Le vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Bundestag, Thomas Erndl (CSU) salue lui aussi la décision des autorités allemandes. Selon lui, la livraison de chars était devenue "inévitable". Il appelle à ce que l'Allemagne prenne désormais la tête d'une "alliance européenne pour que l'Ukraine obtienne un nombre conséquent de chars Leopard 2 et que la formation [de ses soldats] commence dès maintenant."

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