L'opposition, ça sert à quoi?
17 septembre 2025
Être dans l’opposition, cela ne signifie pas la même chose dans tous les pays d’Afrique. Dans les démocraties, comme le Ghana ou le Bénin, les partis d’opposition sont partie prenante au jeu électoral. Les partis alternent d'ailleurs à la tête du pays.
Mais dans d’autres cas, l’opposition reste marginalisée. Parfois réprimée. Alors, quand la confiance dans les processus électoraux s’émousse, il peut arriver que l’opposition appelle au boycott des scrutins, ce qui réduit, dans les faits, ses capacités d’action institutionnelle.
Pour en savoir plus, suivez l'entretien avec Patrick Belinga, chercheur post-doctorant au Ceri, à Sciences Po Paris
L'interview de Patrick Belinga
DW : Patrick Belinga, à quoi ça sert, l'opposition ?
Patrick Belinga : L'opposition dans un État enfin, du point de vue institutionnel, ça sert précisément à éviter le triomphe des idées d'un petit groupuscule de gens sur des sociétés autrement beaucoup plus complexes et hétérogènes.
DW : En Guinée, le parti de Cellou Dalein Diallo a appelé au boycott du référendum constitutionnel. Au Tchad, la quasi totalité des députés de l'opposition n'est pas venue en début de semaine lors de l'examen du projet de loi sur la révision technique de la Constitution 2023. Est-ce que le boycott est un instrument efficace pour l'opposition ? Ou est ce qu'au contraire ça ne facilite pas les choses en quelque sorte aux partis au pouvoir puisqu'il n'y a plus de contradicteurs ?
Quand on a l'impression qu'on ne compte pas, que tout est bloqué, que rien ne change, la tentation du boycott devient évidente.
Mais au fond - et c'est un avis personnel - je pense que la politique du boycott ne sert pas à grand chose. Ce que je veux dire, c'est que simplement, la politique de la chaise vide participe a contrario à renforcer les instruments légaux d'un pouvoir autoritaire qui finalement peut faire ce qu'il veut comme il l'entend.
DW : Est-ce qu'une opposition politique reste possible dans un pays, comme ceux de l'AES ou en Guinée, où les structures que sont les partis politiques n'ont plus ou seulement très peu la possibilité d'exister ?
Évidemment, il existe, depuis fort longtemps, plusieurs solutions alternatives.
Ça a déjà été testé un peu partout : la société civile, la presse critique, la diaspora et aujourd'hui, de plus en plus, les réseaux sociaux.
Mais je pense qu'au fond, il y a encore des pistes soit à renforcer, soit même à essayer.
Je pense notamment à une éducation citoyenne, à la connaissance profonde des droits, des libertés et des institutions et à la résistance.
C'est très important et ça commence au sein des familles.
Mais je pense aussi à la recherche académique et scientifique, libre et indépendante. Et un dernier point, peut être, une dernière piste, ce serait la culture.
Pour des "modes populaires d'action politique", pour contourner l'exercice autoritaire du pouvoir un peu partout en Afrique.