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États-Unis : 250 ans d'existence

Gianna-Carina Grün | Peter Hille | Carole Assignon
3 juillet 2026

Il y a 250 ans, les États-Unis proclamaient leur indépendance de la Grande-Bretagne. Voici comment leurs relations avec les autres nations et leur image ont évolué depuis.

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USA Washington D.C. 2026 | Rodeo-Performer bei der Great American State Fair zum 250. Jahrestag der USA
Image : Allison Bailey/NurPhoto/picture alliance

" La vie, la liberté et la recherche du bonheur " étaient les " droits inaliénables" au cœur de la déclaration d'indépendance des États-Unis, proclamée le 4 juillet 1776.

Depuis 250 ans, les gouvernements américains affirment que la préservation des idéaux de démocratie, des droits de l'homme et des libertés fondamentales est le principal moteur de leur politique étrangère.Cependant, les Américains doutent de plus en plus que les États-Unis aient respecté leurs valeurs fondatrices.

En 2024, 72 % des Américains interrogés estimaient que la démocratie aux États-Unis "était autrefois un bon exemple, mais ne l'est plus ces dernières années".

La DW a analysé l'évolution des objectifs et des tactiques de la politique étrangère américaine sur 250 ans, démontrant que les gouvernements américains ont de plus en plus privilégié la force militaire à la diplomatie pour atteindre leurs objectifs. Les États-Unis privilégient la puissance militaire à la diplomatie.

Les politologues Monica Duffy Toft et Sidita Kushi ont recensé plus de 500 interventions militaires américaines au cours des 250 dernières années.

"Si, par le passé, les États-Unis supposaient la rationalité de nombre de leurs rivaux, cette croyance en la rationalité de leurs ennemis semble s'être dissipée après le 11 septembre", explique Sidita Kushi, professeure adjointe au Mount Holyoke College, une université privée d'arts libéraux du Massachusetts.

" L'idée était alors : "Si nous ne pouvons ni raisonner avec nos ennemis, ni recourir à la diplomatie, il ne nous reste que la violence, la force" ", poursuit Sidita Kushi. "Or, avec un budget du département de la Défense en forte hausse et un budget du département d'État en relative diminution après le 11 septembre, le constat est le suivant : quand on n'a qu'un marteau, tout ressemble à un clou. "Bien que l'Amérique latine ait été le théâtre le plus constant des interventions américaines depuis le début du XIXe siècle, les pays d'Asie, notamment du Moyen-Orient, sont devenus une cible croissante d'interventions militaires ces dernières décennies.

"Nos données révèlent une nette évolution : les États-Unis concentrent désormais une grande partie de leurs interventions au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne", a déclaré Sidita Kushi. "On peut sans doute expliquer en grande partie ce phénomène par la guerre mondiale contre le terrorisme menée après le 11 septembre. Il s'explique également par la capacité de projection de puissance des États-Unis, puissance unipolaire. Après la fin de la Guerre froide, forts de leurs capacités militaires croissantes, les États-Unis ont pu étendre leur influence à travers le monde et, bien sûr, redéfinir leurs intérêts afin que le reste du monde soit lié aux leurs. "

Des soldats américains en train de marcher et tenant un drapeau américain
Les États-Unis concentrent désormais une grande partie de leurs interventions dans des régions spécifiquesImage : Natalia Dobryszycka/AFP

Objectifs américains : consolidation de la nation, changement de régime

Non seulement les intérêts régionaux ont évolué, mais les objectifs ont également changé au fil du temps.

Les années 1990 ont été marquées par " l'interventionnisme humanitaire dans la politique étrangère américaine : l'élargissement de la notion d'intérêt national pour inclure la lutte des États-Unis contre les pires atrocités humanitaires à travers le monde – Balkans, Somalie, etc. ", explique Sidita Kushi qui précise que « nombre de ces interventions, recensées dans les données, illustrent bien le fait que d'autres pays appellent les États-Unis à intervenir militairement.»

Depuis 2001, " le maintien ou le renforcement de l'autorité d'un régime étranger " est une motivation majeure des interventions militaires américaines, selon les données compilées par Monica Duffy Toft et Sidita Kushi.

Rien que cette année, on compte deux exemples d'interventions militaires américaines visant à renverser un régime étranger : l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier et le déclenchement de la guerre contre l'Iran en février. Un autre objectif illustre la tendance inverse : bien que la " protection économique " ait été autrefois l'objectif principal des interventions militaires, son importance a diminué depuis la Seconde Guerre mondiale.

La diplomatie au service des objectifs économiques

Ce n'est pas que les intérêts économiques aient perdu leur pertinence ou leur intérêt, mais la stratégie pour atteindre cet objectif semble avoir évolué : des années 1960 aux années 1980 en particulier, le gouvernement américain a signé un nombre croissant d'accords commerciaux, selon le projet " Measuring American Diplomacy " des politologues Calvin Thrall et Matt Malis.

"Les diplomates excellent dans la promotion des exportations à l'étranger lorsqu'ils disposent des ressources et du personnel nécessaires ", explique Calvin Thrall, professeur de sciences politiques à l'université Columbia." Ils sont très efficaces pour négocier des accords d'investissement et résoudre les différends commerciaux."

Calvin Thrall ajoute que les États-Unis ont tendance à moins s'engager auprès des pays où le gouvernement américain n'a pas identifié d'intérêts commerciaux significatifs.

" Actuellement, nous n'avons pas d'ambassadeurs dans des pays comme la Bolivie, le Pakistan ou le Malawi ", conclut Calvin Thrall. " Si l'on considère le continent africain en particulier, on constate que ces relations sont souvent traitées de manière incohérente par les États-Unis. En revanche, les régions qui constituent d'importantes destinations pour les exportations américaines, celles qui sont cruciales pour les multinationales américaines, bénéficieront d'une attention constante, quelle que soit l'administration en place. "

Selon les données compilées par Calvin Thrall et Matt Malis, le nombre de nouveaux traités conclus par les États-Unis a diminué depuis les années 1980, sous les administrations républicaines comme démocrates.

Les présidents américains privilégient de plus en plus les accords exécutifs avec d'autres chefs d'État aux traités, qui doivent être ratifiés par le Congrès. Toutefois, ces accords sont eux aussi en baisse d'une administration à l'autre, et plus particulièrement au cours de la dernière décennie.

USA Washington D.C. 2026 | le président américain Donald Trump pointe le doigt vers une direction
Les États-Unis tournent de plus en plus le dos aux accords multilatérauxImage : Evan Vucci/REUTERS

Les États-Unis préfèrent de plus en plus les accords bilatéraux 

Cela coïncide avec une autre tendance : les États-Unis se retirent de plus en plus des accords multilatéraux. Calvin Thrall et ses collègues ont observé que les gouvernements américains, depuis les années 1980, ont préféré conclure des accords bilatéraux – souvent commerciaux.

"Dans les accords bilatéraux, l'État le plus puissant du partenariat, qui, pour les États-Unis, est presque toujours les États-Unis, peut dicter les termes de l'accord ", explique Calvin Thrall.

"La chose vraiment remarquable que nous voyons faire par cette administration, en rupture avec les précédentes, c'est qu'elle ne fait même pas un discours du bout des lèvres en faveur du soi-disant ordre international libéral ou de l'ordre fondé sur des valeurs", rappelle Calvin Thrall. "Le président Trump est plus enclin à dire : Nous sommes là pour nos intérêts financiers. Il ne s'agit pas de valeurs ou de soutien d'un ordre international. "

Calvin Thrall et Matt Malis ont constaté qu'il n'y a jamais eu autant de postes d'ambassadeurs américains vacants qu'aujourd'hui. Cela pourrait désavantager les États-Unis et leurs intérêts.

"Il existe un nombre croissant d'ouvrages universitaires qui démontrent à quel point non seulement les ambassadeurs mais aussi les diplomates de base sont importants pour obtenir les résultats que les États souhaitent obtenir. Ce que nous constatons dans le cas des États-Unis est un sous-investissement historique dans la capacité bureaucratique réelle de faire avancer les choses qu'ils pourraient vouloir faire au niveau international."

Plus encore, cela pourrait également conduire à davantage de conflits. Matt Malis a constaté que les États-Unis sont plus susceptibles d'entrer dans des conflits militaires avec des pays où ils n'ont pas d'ambassadeur.

Selon Sidita Kushi y avait eu une transition claire de la diplomatie vers la force dans les relations des États-Unis avec de nombreux gouvernements.

"Il semble que l'équilibre entre les outils de gouvernance des Etats-Unis s'est déplacé en faveur des outils militaristes " estime Sidita Kushi pour qui "cela ne constitue pas nécessairement un avantage pour la sécurité américaine et pour la sécurité mondiale."

Détérioration de l'image des États-Unis

Soixante-deux pour cent des personnes interrogées aux États-Unis lors d'une enquête menée par Pew Research en avril ont déclaré qu'elles n'étaient pas convaincues que le président Donald Trump utilisait la force militaire à bon escient ou prenait de bonnes décisions en matière de politique étrangère. 

Cela correspond à une tendance à plus long terme : depuis le début des années 1960, la société d'analyse du marché Gallup demande aux Américains dans quelle mesure ils sont satisfaits de la position des États-Unis dans le monde. Après un niveau record de 71 % en 2002, la part des adultes américains satisfaits de la situation des États-Unis n'est plus que de 38 %.

L'histoire récente semble également avoir changé la manière dont les autres pays perçoivent les États-Unis. Des enquêtes menées par Pew Research en 2025, par l'organisation danoise Alliance of Democracies et par la société de sondage Nira Data cette année montrent à quel point l'image des États-Unis à l'étranger s'est détériorée par rapport aux années précédentes.

Selon l'Alliance des Démocraties, l'image des États-Unis s'est améliorée dans seulement trois des 48 pays étudiés : Israël, la Russie et la Chine.

DW Französisch Carole Assignon
Carole Assignon Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welledw_afrique