Une forte femme à la tête de l′UA | Afro-presse (hebdomadaire) | DW | 20.07.2012
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Afro-presse (hebdomadaire)

Une forte femme à la tête de l'UA

Le grand sujet africain cette semaine dans la presse allemande, c'est l'élection de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma, à la présidence de la Commission de l'Union africaine.

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Nkosazana Dlamini-Zuma

Médecin de profession, ministre, et première femme à la tête de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma est aux yeux de die tageszeitung la "dame de fer" de l'Afrique. Au sein de l'UA, il lui aura fallu surmonter une campagne électorale détestable, estime le journal. Ses adversaires, regroupés autour du président sortant, le Gabonais Jean Ping, affirmaient qu'elle n'était qu'un "cheval de Troie" du président Zuma, visant à accélérer le "bradage du continent".

Ils en voulaient pour preuve la présence de Mme Dlamini-Zuma dans le conseil d'administration d'une banque. Cela attestait à leurs yeux que le grand capital l'avait dans sa poche. Il est tout à l'honneur de Mme Dlamini-Zuma, poursuit le journal, de ne pas s'être abaissée à ce niveau. Reste à savoir si elle pourra aussi rehausser le niveau de l'Union africaine.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung voit en Nkosazana Dlamini-Zuma l'une des femmes politiques les plus incommodes du continent. À 63 ans, cette Zoulou est le contraire de son prédécesseur Jean Ping, dont on dit qu'il aime plus le protocole que les résultats. Nkosazana Dlamini Zuma est une femme qui veut des résultats, son impatience est légendaire.

Mais tout ce qu'elle touche ne s'est pas non plus transformé en or, estime le journal. La "diplomatie discrète" de l'Afrique du sud envers le dictateur zimbabwéen Robert Mugabe a été son invention. Cela a valu de nombreuses critiques internationales à Pretoria, ce qui aurait pu laisser l'Afrique du Sud indifférente si cette diplomatie avait été couronnée de succès. Or tel n'a pas été le cas.

Kommission der Afrikanischen Union

La commission de l'UA avant l'élection de sa nouvelle présidente

Tous les journaux bien sûr retracent la carrière de Nkosazana Dlamini-Zuma, une forte femme donc, combattante de la lutte anti-apartheid, membre de l'ANC et ancienne épouse de Jacob Zuma, dont elle est divorcée depuis 1998. Mais la presse évoque aussi les défis qui l'attendent. La Süddeutsche Zeitung relate qu'avec son élection Nkosazana Dlamini-Zuma s'est vu poser la question suivante : comment procéderez-vous à la tête de l'UA si vous l'emportez ?

Réponse : « Comme un docteur, d'abord poser le diagnostic, puis agir. » Mais, poursuit le journal, la liste des patients est longue : le chaos au Mali après le coup d'État militaire et la rébellion touarègue, la violence continue dans l'est du Congo, le conflit entre les deux Soudan. C'est précisément sur ces dossiers, souligne Die Welt, que la nouvelle chef de l'UA devra imprimer de nouvelles impulsions, ce qui ne sera pas simple.

Outre les pays francophones, le Nigeria, le Kenya et l'Éthiopie ont voté contre la candidate de la première économie du continent. Mais dans l'immédiat, Nkosazana Dlamini-Zuma analysera la structure de son organisation. En janvier, précise Die Welt, l'UA a publié des chiffres affligeants : 324 postes, soit près de la moitié, étaient alors vacants au sein de l'organisation.

Proteste in Banako Mali

Manifestation à Bamako contre les islamistes

Nord-Mali ou Africanistan?

Le Mali figure parmi les gros dossiers en attente sur le bureau de la nouvelle présidente de la Commission de l'Union africaine. Et la presse allemande insiste sur l'urgence de faire quelque chose pour sauver le Nord de ce pays. Comme l'écrit la Süddeutsche Zeitung, avec chaque jour qui passe la crise s'aggrave dans le nord du Mali. Environ 300.000 enfants ne peuvent plus aller à l'école. 175 enfants mineurs, au moins, ont été recrutés pour des troupes de combat. Huit filles ont été violées - ces chiffres ont été présentés récemment par l'Unicef, et selon ses propres dires, ils ne sont qu'un mince aperçu de la réalité.

Toutes les grandes villes du Nord, poursuit le journal, sont maintenant sous le contrôle des islamistes. À Goundam, 90 personnes ont été fouettées après une manifestation contre la flagellation d'une femme non voilée. À la lumière de tels événements, la destruction de lieux saints à Tombouctou n'est qu'un crime parmi beaucoup d'autres ou, comme l'a formulé la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova, « une attaque contre la preuve physique que la paix et le dialogue sont possibles ». De fait, le Mali passait jusqu'à présent pour la patrie d'un islam pacifique et tolérant, rappelle le journal. Outre la responsabilité morale, il est donc dans l'intérêt de l'Europe et des États-Unis de stabiliser au plus vite la région.

Sudan Khartoum Proteste

Manifestation à Khartoum, fin juin 2012

"Lèche ton coude" au Soudan

La presse revient aussi cette semaine sur les manifestations au Soudan. Selon l'hebdomadaire Die Zeit, le pouvoir du dictateur Omar el-Béchir commence à vaciller. Omar el-Béchir qui passe pour le parfait voyou international, écrit Die Zeit : putschiste, islamiste, ancien protecteur d'Oussama Ben Laden et fauteur de guerre.

Il n'y aura pas de Printemps arabe au Soudan, n'a cessé de répéter ces derniers mois le président soudanais. « Renverser le régime est aussi impossible que lécher son propre coude. » Or poursuit le journal, voilà que depuis quatre semaines, les rues de la capitale soudanaise résonnent de slogans comme "à bas la dictature militaire, Béchir dégage". La répression n'y fait rien. Les manifestations se poursuivent, avec pour mot d'ordre "Lèche ton coude".

Subitement l'impossible est devenu imaginable. Après 23 ans de pouvoir, le régime s'effrite, et avec lui aussi le système d'un islamisme autoritaire, mais pendant longtemps très populaire. Un coup d'œil dans les caisses de l'État soudanais, souligne le journal, suffit pour comprendre les causes aigües de cet effritement du pouvoir : l'année budgétaire en cours affiche un déficit de 2,5 milliards. L'armée et l'appareil sécuritaire engloutissent 80% du budget et comme ils sont intouchables, le gouvernement a annoncé récemment à la population des mesures d'austérité draconiennes.

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