Tchad : problème de laïcité autour de la nouvelle constitution | Afrique | DW | 11.05.2018
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Afrique

Tchad : problème de laïcité autour de la nouvelle constitution

Promulguée il y a tout juste une semaine, la nouvelle constitution du Tchad pose un problème de laïcité. Le débat enfle après le limogeage d'une ministre pendant la prestation de serment jeudi.

À peine promulguée, et alors que la quatrième République fait toujours débat, la nouvelle constitution du Tchad pose déjà un problème de laïcité. Lors de la prestation des nouveaux membres du gouvernement, ce jeudi 10 mai, conformément à l'article 106 de  la nouvelle loi fondamentale, la cour suprême a obligé ces derniers à jurer sur le Coran ou sur la Bible, au nom d'Allah, et non de Dieu. Un membre du gouvernement, Djibergui Amane Rosine, ministre de l'Aviation civile, a refusé cette formule et n'a donc pas prêté serment. 

Limogeage immédiat

Tout est donc parti de l'obligation faite aux nouveaux membres du gouvernement de prononcer la formule de prestation de serment "au nom d'Allah". Dans un premier temps, c'est la ministre de la Communication, Madeleine Alingué, qui a récusé la formule, obligeant le président de la cour à finalement accepter son serment au nom de Dieu, et non d'Allah en arabe, comme l'exige la cour. 

Mais la ministre de l'Aviation civile, Rosine Djibergui Amane, a pour sa part refusé de prêter serment sur un livre saint, expliquant que les chrétiens n'ont pas le droit de jurer sur la Bible. Elle a donc été démie de ses fonctions et remplacée immédiatement par le  général Mahamat Rozi, un proche du président Deby. 

Pour le politologue Évariste Ngarlem Toldé, cette disposition de la constitution viole le principe de laïcité au Tchad. La ministre a été sanctionnée pour ses croyances religieuses et ceci est déjà un précédent dangereux pour notre pays", selon lui. "Lorsque la République renvoie un de ses membres pour refus de prêter serment sur la Bible, cela pose un problème de laïcité pour ce beau pays qui est le Tchad", poursuit-il.Se pose aussi la question de la séparation de l'Eglise et l'Etat. "La gestion des affaires publiques ne s'improvise pas à partir de la prestation de serment sur un livre saint."

Islamisation du Tchad ?

Un avis partagé par le juriste et Pasteur Sitack Yombatina Beni. Selon lui, il est strictement interdit à un chrétien de jurer sur la Bible. "Nous n'avons pas besoin dans un État laïque de mettre une telle formule dans un texte si important, parce que c'est une source de division", assure-t-il. "Pour ce qui est des chrétiens, la bible dit clairement : Pas de parjure.Certains disent qu'aux États-Unis les gens prêtent serment sur la bible, mais les États-Unis ne sont pas une référence. La référence c'est la Bible et pour un vrai chrétien il est interdit de jurer."

Lors d'une audience que le président Deby avait accordée aux leaders religieux la veille de cette cérémonie de prestation de serment, les représentants chrétiens avaient déjà opposé leur refus à cette formule qu'ils jugent blasphématoires. Sur les réseaux sociaux, certains internautes vont jusqu'à s'interroger si, en exigeant des chrétiens de jurer au nom d'Allah, le président Deby ne chercherait pas à islamiser le Tchad.

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