Achille Mbembe : ″Quelque chose de puissant est en train d′émerger″ | ACTUALITÉS | DW | 06.10.2021
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ACTUALITÉS

Achille Mbembe : "Quelque chose de puissant est en train d'émerger"

La DW s'est entretenu avec le Camerounais Achille Mbembe, l'un des artisans du sommet Afrique-France de Montpellier.

Écouter l'audio 05:13

Cette année, les chefs d’Etat et de gouvernement africains n’ont pas été invités au sommet Afrique-France souvent perçue comme étant une perpétuation de la Francafrique. Pour parler des enjeux du sommet de cette année, Eric Topona s’est entretenu avec l’intellectuel et universitaire camerounais, Achille Mbembe. Il a été désigné par le président Emmanuel Macron pour préparer le sommet de Montpellier.

 

DW : le 21ème sommet Afrique-France va se tenir à Montpellier le 8 octobre prochain. Est ce que tout est fin prêt ?

Oui, tout est fin prêt. On attend 3000 invités, pas seulement des pays francophones, mais aussi des Etats anglophones, lusophones, de la diaspora aussi, bien entendu, et de la France elle-même. Le sommet est le point culminant de toute une série de débats, de conversations, de controverses. Débat qui aura réuni à peu près 5 000 personnes sur le continent. On aura tenu 66 sessions de ce genre, des contributions seront arrivées de plusieurs autres canaux informels. Et nous allons à Montpellier avec la ferme détermination de remettre sur les rails cette vieille relation dont on sait le poids dans l'histoire passée et récente de notre continent.

Achille Mbembe (photo) a été désigné par le président Emmanuel Macron pour préparer le sommet de Montpellier.

Achille Mbembe (photo) a été désigné par le président Emmanuel Macron pour préparer le sommet de Montpellier.

 

DW : aucun chef d'Etat et de gouvernement du continent africain n'a été invité, n'a été convié à ce sommet. C'était pourtant le cas depuis l'institution de cette grand-messe franco africaine. C'est vraiment une nouveauté ?

C’est une nouveauté, mais cela ne veut pas dire que la France ne dialogue plus avec les chefs d'Etat africains. Et les chefs d'Etat africains ont toujours la part belle dans la discussion entre la France et notre continent. La nouveauté, c'est que cette fois ci, on veut élargir le cercle et donc on a invité les forces vives du continent pour qu'elles disent à haute voix ce qu'elles veulent.

 

DW : Emmanuel Macron veut redéfinir, les relations entre la France et l'Afrique. Est ce que vous pensez que sa démarche est empreinte de sincérité ?

Non, là n'est pas le problème. Le problème, c'est, en ce qui nous concerne de construire un rapport de force suffisamment crédible pour être entendu, pas seulement pour être entendu, pour définir avec la France ce que nous voulons faire ensemble. Cet aspect de co-décision, de co-construction de quelque chose de nouveau, c'est bien plus important que les critiques. Ou alors les doutes sur la sincérité des acteurs… la politique internationale ne se joue pas à ce niveau-là.

 

DW : quelques mois après son arrivée à l'Élysée, précisément le 28 novembre 2017, le président français, lors de son séjour à Ouagadougou, a fait la promesse aux Africains de renouveler la relation entre la France et l'Afrique à travers des engagements. Est-ce que les fruits ont tenu la promesse des fleurs ?

Je pense qu'il y a quelque chose de nouveau et de puissant qui était en train d'émerger après avoir passé sept mois à examiner tout cela de très près. Je pense qu'il n'est pas là pour reproduire ce que l'on a appelé la Françafrique. Ceci dit, et malgré les inflexions qu'il y a eu dans sa politique à l'égard de l'Afrique, il reste un certain nombre de différends, d'antagonisme d'ailleurs, qui exigent d’être apurés et donc sa vision de l'Afrique de manière générale, n'a rien à voir avec la vision gaulliste ou la vision pompidolienne ou giscardienne, ou même mitterranienne ou chiraquienne ou hollandiste. Ça n'a rien à voir avec ça. Il a des idées qui méritent d'être discutées. On peut ne pas être entièrement d'accord avec toutes ces idées. C'est mon cas, mais je pense qu'il y a des idées raisonnables qui méritent d'être examinées.

Selon Achille Mbembe, Emmanuel Macron a des idées raisonnables qui méritent d'être examinées.

Selon Achille Mbembe, Emmanuel Macron a des idées raisonnables qui méritent d'être examinées.

 

DW : Et pensez-vous, par exemple, que la remise au Bénin de 26 œuvres du trésor d'Abomey, la reconnaissance des crimes de la colonisation par la France ou encore la publication et la remise en avril dernier au président Emmanuel Macron du rapport Duclert relatif au génocide au Rwanda de 1994… Tout ceci est à mettre à l'actif du président Macron ?

Le rapport de mon ami Felwine Sarr  et de Bénédicte Savoy sur la restitution est un rapport d'une extraordinaire qualité. Même chose pour celui de Benjamin Stora au sujet du Rwanda. Le rapport de Vincent Duclert et d'ailleurs, le discours de monsieur Macron lui-même au mémorial du génocide des Tutsis à Kigali, ce sont deux textes remarquables sur tous ces plans. Il reste beaucoup de choses à faire. Il reste des choses à faire du point de vue des restitutions. Il reste beaucoup de choses à faire du point de vue de l'avenir du franc CFA. Sur le front du CFA par exemple, il y a une société civile qui pose des exigences et il y a une société officielle qui dit surtout n’y touché pas. Et donc, là aussi, les Africains doivent se mettre d'accord entre eux sur ce qu'ils veulent faire. Même chose en termes de politique de restitution, il y a très peu de pays ou de gouvernements africains qui ont réclamé le retour de leur objet. Cela pose problème, évidemment.

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