Blocus du Jnim : l’angoisse des Maliens de Côte d’Ivoire
8 mai 2026
Sur le boulevard principal de la zone portuaire de Vridi, dans la commune de Port-Bouët, à quelques encablures de la société de raffinage, de nombreux camions en provenance de la sous-région, y compris du Mali, attendent leur tour pour charger du carburant.
A deux rues de là, devant des entrepôts de riz, certains camions sont à l'arrêt, par précaution. Ousmane Diarra, le chauffeur de l'un de ces camions, explique pourquoi. "On a préféré garer le camion parce que la route est vraiment difficile. Si le camion est bloqué, ça ne nous arrange pas. Mais on est obligé de le faire parce qu'on a trop peur actuellement d'aller au Mali.''
A quelques centaines de mètres de là, dans une gare de fret, Diaby Ibrahim, le directeur général du Haut-conseil du patronat des transporteurs de Côte d'Ivoire, effectue sa ronde journalière.
Aucune route n'est fermée
Car c'est ici que tout se joue avant le départ. Sur l'axe Abidjan-Bamako, rien n'est officiellement fermé. Mais, désormais, chaque départ se prépare et se discute. Objectif : continuer de livrer sans être pris de court. Diaby Ibrahim. "Les dispositions sont prises avec les autorités compétentes pour que les questions d'exploitation du corridor Abidjan-Bamako soient réglées en amont, pour éviter de nous retrouver devant des situations désagréables. En clair, nous évitons d'être surpris par des situations malheureuses."
A la gare de fret de l'Office ivoirien de chargement (OIC), les camions partent pour le Mali en convoi, parfois sous escorte jusqu'à la frontière. Résultat : les camions ont gardé les mêmes rotations, selon Ousmane Sylla, le responsable de cette gare de fret. "En moyenne, par jour, on a 53 véhicules à destination du Mali, avec diverses marchandises : le sucre, le riz, comme le blé. Depuis les attaques au Mali, il n'y a pas eu de changement, ce sont les mêmes fréquences."
L'appel de l'ONU
Malgré l'incertitude, certains routiers continuent de prendre la route. Oumar Sako fait partie de ceux qui poursuivent le trajet. À peine rentré de Bamako, il y a quelques heures, il se prépare déjà à repartir. Son problème n'est pas la sécurité au Mali, mais plutôt le racket aux différents postes de contrôle, en Côte d'Ivoire. "Abidjan-Bamako, j'ai fait trois jours. J'ai roulé jusqu'à Bamako et je n'ai pas rencontré de problème majeur sur la route. Le problème des policiers au poste de contrôle, c'est sur le territoire de la Côte d'Ivoire qu'il y a de vrais soucis. De Pôgô jusqu'à Abidjan, ce n'est pas facile. Les agents qui sont sur la route, c'est trop. Même si on t'a contrôlé et que tes papiers sont en règle, tu vas payer. A tous les postes, on paie avant de partir.''
Malgré le contexte sécuritaire actuel au Mali, le corridor Abidjan-Bamako-Abidjan reste donc, pour l'instant, encore actif.