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EconomieEurope

Guerre en Iran : la crise du kérosène s’aggrave

23 avril 2026

La fermeture du détroit d’Ormuz frappe un secteur aérien déjà vulnérable, notamment en Europe, qui importe une grande partie de son kérosène.

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Un avion de la Lufthansa à l'aéroport de Cologne/Bonn
La Lufthansa a déjà annulé des milliers de vols pour les mois à venir.Image : Jochen Tack/picture alliance

Le manque de kérosène et la hausse des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient perturbent le secteur aérien. La principale compagnie allemande, Lufthansa, a ainsi déjà annulé 20.000 vols prévus entre mai et octobre pour réduire sa consommation de carburant.

Selon la compagnie, ces annulations représentent environ 40.000 tonnes de kérosène économisées, dont le prix a doublé depuis le début du conflit.

La compagnie néerlandaise KLM a aussi annulé 160 vols la semaine dernière pour le mois à venir. En Europe et en Asie-Pacifique, d'autres compagnies augmentent leurs prix et envisagent de réduire leurs vols à l'approche de l'été.

Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, a indiqué que l'Europe disposait d'environ six semaines de réserves de kérosène. Le commissaire européen à l'Energie, Dan Jorgensen, estime que la situation passe d'un problème de prix à un problème d'approvisionnement. Il a ajouté que les États membres réfléchissent à partager leurs stocks pour maintenir le trafic aérien.

La fermeture du détroit d'Ormuz perturbe les flux mondiaux de pétrole et de gaz. L'aviation européenne est particulièrement concernée, car une grande partie du kérosène importé passe par le Moyen-Orient.

Les réserves en Europe

La durée des réserves de kérosène en Europe reste incertaine.

Les autorités néerlandaises estiment que l'Union européenne (UE) dispose d'au moins cinq mois de stocks de kérosène, pour l'aviation mais aussi pour d'autres usages comme le chauffage. D'autres évaluations suggèrent toutefois que les stocks pourraient s'épuiser plus rapidement.

Un tableau d'affichage de vols dans un aéroport.
La guerre menée et ses répercussions dans toute la région ont gravement perturbé le trafic aérien au-dessus des pays du Golfe.Image : Tobias Steinmaurer/APA/picturedesk.com/picture alliance

L'UE produit la majorité de son carburant aérien, soit environ 60 % à 70 %, mais dépend des importations pour le reste. Environ la moitié de ces importations transitent par le détroit d'Ormuz, actuellement perturbé.

Certains experts estiment que la situation pourrait conduire à un partage des stocks entre les principaux hubs et entre pays afin de maintenir le trafic aérien. D'autres adoptent une position plus prudente, soulignant que la situation n'est pas encore critique et que de nombreux vols annulés jusqu'à présent concernent des liaisons pour lesquelles il existe des alternatives.

Gestion collective des stocks

Les ministres européens des Transports se sont réunis mardi (21.04) pour coordonner leur réponse et fournir des orientations aux compagnies aériennes.

Apostolos Tzitzikostas, commissaire européen aux Transports, a averti qu'une perturbation prolongée au détroit d'Ormuz aurait de lourdes conséquences pour l'Europe et l'économie mondiale.

La Commission européenne a présenté le 22 avril un ensemble de mesures dans les domaines de l'énergie et des transports, dont la gestion collective des stocks de kérosène et la possibilité de les répartir entre États membres si nécessaire.

Une autre option envisagée consiste à augmenter les importations de carburant aérien en provenance des États-Unis.

"Nous sommes prêts à intervenir et à offrir davantage de flexibilité aux compagnies aériennes si la situation se prolonge", a déclaré Tzitzikostas.

Les alternatives sont limitées

La situation met en évidence la vulnérabilité du secteur aérien face aux perturbations d'approvisionnement, en particulier en Europe et en Asie, où la dépendance au kérosène en provenance du Moyen-Orient reste élevée.

Un rapport de l'Association du transport aérien international (IATA) souligne que la résilience de l'approvisionnement en carburant aérien en Europe s'est affaiblie avec l'augmentation des importations.

Le porte-avion USS Abraham Lincoln participant au blocus américain dans le détroit d'Ormuz.
Un cinquième du pétrole et du GNL dans le monde passe par le détroit d'Ormuz.Image : Us Navy/U.S. Navy/Planet Pix/ZUMA/picture alliance

Mais une alternative existe avec les carburants d'aviation durables (SAF), produits à partir de biomasse comme les plantes ou les déchets. Le règlement européen ReFuelEU Aviation Regulation prévoit une hausse progressive de leur utilisation dans les aéroports de 2 % à partir de 2026, de 6 % d'ici 2030 et de 70 % d'ici 2050.

Mais l'offre reste limitée et les coûts élevés. "Il existe peu d'alternatives pour l'industrie aérienne", explique Rico Luman, économiste des transports chez ING. "Une transition vers les SAF n'est pas réaliste à court terme, compte tenu des volumes disponibles, et leurs prix ont augmenté en parallèle du kérosène."

Prix élevés et incertitude durable

Même si l'approvisionnement en kérosène ne venait pas à s'interrompre, la hausse des prix devrait se maintenir, avec des répercussions directes sur le coût des billets pour les passagers.

À court terme, les marges de manœuvre restent limitées. D'après Rico Luman, la principale solution consiste à réduire la consommation de carburant, ce qui pourrait se traduire par davantage d'annulations. Une hausse des prix semble, selon lui, inévitable. "Il s'agit d'un marché mondial. Si l'offre se resserre davantage, la concurrence pour le kérosène va s'intensifier", précise-t-il.

Cette situation met une nouvelle fois en évidence la vulnérabilité du secteur aérien face aux tensions géopolitiques et pourrait affecter la confiance des consommateurs.