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Au Niger, des hommes modèles formés à l'école des maris

Ali Abdou
9 mars 2026

Des assemblées d'hommes voient le jour au Niger pour dire non et trouver des solutions ensemble aux violences faites aux femmes et aux problèmes de santé typiquement féminins.

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Un homme regarde du sable dans une calebasse à la recherche de pépites d'or, près de la mine de Kafa-Koira, au Niger (archive de 2017)
Une école pas comme les autres qui transforme les maris en pépitesImage : BOUREIMA HAMA/AFP

Hier dimanche, 8 mars, c'était la journée internationale des droits des femmes. Une journée dont l'objectif est notamment de rappeler les combats des femmes en vue du respect de leurs droits. C'est aussi l'occasion de dénoncer les inégalités entre femmes et hommes à travers le monde.

Au Niger par exemple, une enquête menée par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a montré que la domination et le comportement des hommes constituent l'un des plus grands obstacles à l'accès des femmes aux soins de santé reproductive.

Pour amener les femmes à plus fréquenter les centres de santé, l'UNFPA/Niger a lancé un projet dénommé "l'école des maris" dans les régions de Zinder et de Maradi. Voici comment cette école fonctionne :

Niger | Le village de Tadress, proche de Tillabéri, et un arbre (illustration, 2020)
Les écoles des maris s'implantent en zone ruraleImage : Marou I. Madougou/DW

Assemblées en zone rurale

Implantée en zone rurale, l'"école des maris" est une sorte d'assemblée qui regroupe entre 8 et 10 hommes, âgés d'au moins 25 ans et dont les épouses doivent fréquenter le centre de santé local. Dans le village de Maiki, le taux de fréquentation du centre de santé par les femmes ne dépassait pas 4%.

Cinq "écoles de maris" ont été créées. Les membres de chaque école discutent des problèmes liés à la santé des femmes et envisagent des solutions.

Maazou Illiaou membre d'une des "écoles des maris" du village, salue les progrès enregistrés en matière de santé et de bien-être familial dans son village, depuis le lancement du projet il y a quinze ans. 

"Avant l'arrivée de l'école des maris dans notre village, nous étions cernés par les problèmes et nous ne savions pas comment les solutionner, témoigne-t-il. A l'époque, si tu vois une femme accoucher au centre de santé, c'est que l'accouchement n'a pas pu se faire à domicile. Et c'est quand il n'y a plus aucune solution à la maison on se résout à partir au centre de santé. Très peu de femmes allaient pour les consultations pré natales. Et même dans ce cas, elles partaient le plus tard possible, au 8ème ou 9ème mois de grossesse."

Des hommes modèles

L'idée derrière le projet est d'avoir des hommes modèles, qui permettent à leurs épouses de fréquenter les centres de santé. Des femmes qui respectent donc les quatre consultations à savoir les consultations post et prénatales, les vaccinations du nourrisson et le planning familial. Ces volontaires vont à leur tour sensibiliser d'autres hommes pour que toutes les femmes dans la zone de couverture du centre de santé le fréquentent régulièrement.

Tsahirou Ousmane, mari modèle à Maiki, raconte : "Nous avons sillonné l'ensemble des villages que couvre notre centre de santé. Nous avons réuni les hommes et leur avons expliqué le problème de fréquentation des femmes qui ne vont pas en consultation, n'amènent pas leurs enfants pour la vaccination et qui n'utilisent pas de méthodes contraceptives. Tous les hommes réunis se sont engagés à ce que leurs épouses fréquentent le centre de santé pour accoucher, faire de la contraception ou pour faire vacciner leurs nourrissons."

Niger 2020 | Quatre femmes d'un certain âge regroupées autour des portables de deux d'entre elles (illustration)
Les femmes aussi tirent profit des assemblées de marisImage : Nicolas Remene/Le Pictorium/dpa/picture alliance

Pour s'assurer des résultats de la démarche, les épouses des membres de chaque "école des maris" participent aux réunions, qui se tiennent deux fois par mois, afin de sensibiliser à leur tour les autres femmes sur les objectifs visés.

Satisfaction des femmes

Zouley Ibrahim participe aux réunions aux côtés de son époux et elle s'en félicite  : "Depuis l'arrivée de l' « école des maris », nous avons constaté les changements. Nous allons au centre de santé dès que les premières contractions de l'accouchement commencent. On n'attend pas que quelqu'un nous y amène. L'accouchement se passe toujours très bien. Nous respectons le calendrier des consultations et les nouveaux nés reçoivent tous leurs vaccins à temps. Avec nos maris, nous n'avons aucun problème. Nous nous concertons sur tous les sujets. Ils n'exercent aucune violence sur nous et nous laissent participer aux activités de la communauté."

Grace au succès du projet, plus aucune femme n'accouche à domicile dans le village de Maiki et le taux de mortalité maternelle dans la zone du centre de santé est pratiquement passé à zéro.