RDC : Félix Tshisekedi n’exclut pas de briguer un 3è mandat
7 mai 2026
Devant une salle comble, réunissant près de 200 journalistes, des responsables de la communication présidentielle et plusieurs membres du gouvernement, Félix Tshisekedi s’est exprimé pendant plus de deux heures.
Un exercice de communication marqué par des prises de position sur plusieurs sujets sensibles. " Je n’ai pas sollicité de troisième mandat. Mais si le peuple le souhaite, j’accepterai."
Elu une première fois en 2018 puis réélu en 2023, le chef de l’Etat s’est ainsi exprimé, sans détour, sur une question pourtant tranchée par la Constitution congolaise, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
Des propos qui ont rapidement suscité des réactions, notamment du politologue Jean-Claude Mputu. Selon lui, au-delà même du cadre constitutionnel, il existe en République démocratique du Congo un consensus national intangible.
"L’homme Tshisekedi que je connais, pour moi, ne pouvait pas tenir un tel discours, au regard de son combat, de celui de son père et de celui de son parti. C’était, à mes yeux, inimaginable. Je ne comprends pas qu’il puisse déclarer : “si le peuple le veut”. Mais de quel peuple parle-t-on ? Et que veut réellement le peuple ? Il s’est engagé, il a prêté serment sur une Constitution. Et au-delà même de la Constitution, il existe un consensus national : chaque président a droit à deux mandats. Il n’y a pas de troisième mandat."
Constitution et référendum : une ligne de crête
Autre sujet sensible évoqué : la possible révision de la Constitution.
"La Constitution n’est ni un objet de circonstance ni un objet de convenance. Elle est le pacte fondamental qui organise notre vie commune, garantit l’équilibre de nos institutions et protège la stabilité de la Nation. Y toucher ou même en débattre, nécessite de l’écoute, de la rigueur, de la responsabilité et un sens élevé de l’intérêt national", a déclaré le président congolais tout en appelant à la prudence et soulignant la portée fondamentale du texte.
Pour le politologue Jean-Claude Mputu, même l’organisation d’un référendum ne permettrait pas au président Tshisekedi de remettre les compteurs à zéro, donc de briguer un troisième mandat.
"Le président doit savoir qu’il s’est engagé devant la nation pour deux mandats, et pas davantage. Et quand bien même il souhaiterait organiser un référendum pour changer la Constitution, qu’il le fasse ; ce référendum ne saurait toutefois interrompre le mandat en cours. Il doit aller au terme de son mandat. S’il souhaite laisser en héritage à la nation une nouvelle Constitution digne de ce nom, cela relèvera de son legs politique. Mais cette nouvelle Constitution ne l’engagera plus personnellement, puisqu’il aura déjà accompli ses deux mandats ; ce sera alors un héritage."
Partenariat minier avec les Etats‑Unis : accord stratégique ou bradage ?
Autre point abordé : le partenariat minier conclu avec les Etats-Unis.
Le président congolais a tenu à défendre cet accord, rejetant toute accusation de bradage des ressources naturelles. Selon lui, ce partenariat vise notamment à favoriser la création d’emplois et le développement d’unités locales de transformation.
Un avis loin d’être partagé par l’expert et analyste Geraud Neema.
"Le contexte même de l’accord place le bradage des ressources à un autre niveau, dans la mesure où il soumet les décisions économiques congolaises à des considérations politiques et sécuritaires du régime de Kinshasa, en lien à la fois avec ses propres intérêts et ceux des Etats Unis. A la lecture et à l’analyse du texte, la conclusion s’impose d’elle-même : il est difficile, voire impossible, d’aboutir à une autre interprétation que celle d’un bradage. "
Processus de Doha : progrès limités, selon Tshisekedi
Dans l’ensemble, cette sortie du président n’a pas dissipé les inquiétudes. Elle a plutôt renforcé certaines perceptions déjà présentes au sein de l’opinion congolaise, notamment en ce qui concerne son avenir politique. S’il s’est dit prêt, dans son discours, à quitter le pouvoir et à se mettre au service de son successeur, il laisse toutefois la porte entrouverte à un troisième mandat. L’évocation d’un référendum montre que le débat constitutionnel reste, à ses yeux, une option. "De mon point de vue, cela ne lève pas totalement le suspense sur la question", observe le politologue Christian Moleka.
Sur le plan militaire, le choix de la voie diplomatique, après l’échec de l’option armée, semble avoir été plus ou moins intégré. Le recours à l’infiltration au sein de l’armée traduit, sans équivoque, les limites de la solution militaire et consacre la diplomatie comme nouvel axe d’équilibre, notamment à travers l’accord de Washington.
Le président est revenu sur l’état d’avancement du processus de Doha, évoquant des progrès limités : un cessez-le-feu régulièrement violé par les parties, l’échange de prisonniers qui n’a toujours pas eu lieu et une ouverture encore fragile des corridors humanitaires. Il a lui-même reconnu le caractère laborieux du processus. A ce stade, les avancées diplomatiques restent donc peu concrètes et loin de répondre aux attentes, d’autant que l’horizon temporel n’a été évoqué que de manière très vague, renvoyant l’issue du processus à un avenir indéterminé.
Tshisekedi ouvert au dialogue
Concernant la question du dialogue, le chef de l’Etat a réaffirmé son ouverture de principe, tout en rappelant que celui-ci ne devait pas être utilisé comme un instrument de pression. Il n’a toutefois pas infléchi sa position, notamment en rejetant l’option d’une inclusion plus large telle que proposée par l’ECC-CENCO. "Sur ce point également, il n’y a pas d’évolution notable : le président reste globalement fidèle à ses positions antérieures", analyse le politologue Christian Moleka.
Enfin, Félix Tshisekedi a évoqué la tenue de l’élection présidentielle prévue en 2028. Selon lui, celle-ci pourrait être compromise si le conflit persistant dans l’est du pays n’est pas résolu. Le chef de l’Etat estime que l’organisation d’un scrutin, dans un contexte de guerre menée par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda serait extrêmement difficile. Il a toutefois précisé qu’il ne s’agirait pas d’un refus d’organiser les élections.