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RDC : Félix Tshisekedi n’exclut pas de briguer un 3è mandat

7 mai 2026

Le président congolais est revenu aussi mercredi sur un éventuel report de la présidentielle prévue en 2028 si le conflit dans l'est de la RDC devait se poursuivre.

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États-Unis, Washington D.C., 2025 | Félix Tshisekedi lors de la signature de l'accord de paix avec le Rwanda (04.12.25)
Félix Tshisekedi a longuement mis en avant son bilan lors de cette conférence de presse diffusée à la télévision nationale, affirmant avoir "réussi à sortir le Congo du trou noir dans lequel il était" (photo d'illustration)Image : Andrew Caballero-Reynolds/AFP

Devant une salle comble, réunissant près de 200 journalistes, des responsables de la communication présidentielle et plusieurs membres du gouvernement, Félix Tshisekedi s’est exprimé pendant plus de deux heures.

Brésil Belém 2025 | Le président congolais Félix Tshisekedi au Sommet COP30 sur les forêts tropicales (06.11.25)
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi, 62 ans, arrivera au terme de son second mandat de cinq ans en 2028 (photo d'illustration)Image : Mauro Pimentel/AFP

Un exercice de communication marqué par des prises de position sur plusieurs sujets sensibles. " Je n’ai pas sollicité de troisième mandat. Mais si le peuple le souhaite, j’accepterai." 

Elu une première fois en 2018 puis réélu en 2023, le chef de l’Etat s’est ainsi exprimé, sans détour, sur une question pourtant tranchée par la Constitution congolaise, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Des propos qui ont rapidement suscité des réactions, notamment du politologue Jean-Claude Mputu. Selon lui, au-delà même du cadre constitutionnel, il existe en République démocratique du Congo un consensus national intangible.

"L’homme Tshisekedi que je connais, pour moi, ne pouvait pas tenir un tel discours, au regard de son combat, de celui de son père et de celui de son parti. C’était, à mes yeux, inimaginable. Je ne comprends pas qu’il puisse déclarer : si le peuple le veut. Mais de quel peuple parle-t-on ? Et que veut réellement le peuple ? Il sest engagé, il a prêté serment sur une Constitution. Et au-delà même de la Constitution, il existe un consensus national : chaque président a droit à deux mandats. Il ny a pas de troisième mandat."

Constitution et référendum : une ligne de crête

Autre sujet sensible évoqué : la possible révision de la Constitution.

"La Constitution n’est ni un objet de circonstance ni un objet de convenance. Elle est le pacte fondamental qui organise notre vie commune, garantit l’équilibre de nos institutions et protège la stabilité de la Nation. Y toucher ou même en débattre, nécessite de l’écoute, de la rigueur, de la responsabilité et un sens élevé de l’intérêt national", a déclaré le président congolais tout en appelant à la prudence et  soulignant la portée fondamentale du texte.

Pour le politologue Jean-Claude Mputu, même l’organisation d’un référendum ne permettrait pas au président Tshisekedi de remettre les compteurs à zéro, donc de briguer un troisième mandat.

"Le président doit savoir qu’il s’est engagé devant la nation pour deux mandats, et pas davantage. Et quand bien même il souhaiterait organiser un référendum pour changer la Constitution, qu’il le fasse ; ce référendum ne saurait toutefois interrompre le mandat en cours. Il doit aller au terme de son mandat. Sil souhaite laisser en héritage à la nation une nouvelle Constitution digne de ce nom, cela relèvera de son legs politique. Mais cette nouvelle Constitution ne lengagera plus personnellement, puisqu’il aura déjà accompli ses deux mandats ; ce sera alors un héritage."

Partenariat minier avec les Etats‑Unis : accord stratégique ou bradage ?

Autre point abordé : le partenariat minier conclu avec les Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump serre la main du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi (à gauche), lors de la cérémonie de signature d'un accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo à l'Institut américain pour la paix, à Washington, le 4 décembre 2025
Félix Tshisekedi a défendu le partenariat avec les Etats-Unis (photo d'illustration)Image : Andrew Caballero-Reynolds/AFP

Le président congolais a tenu à défendre cet accord, rejetant toute accusation de bradage des ressources naturelles. Selon lui, ce partenariat vise notamment à favoriser la création d’emplois et le développement d’unités locales de transformation.

Un avis loin d’être partagé par l’expert et analyste Geraud Neema.

"Le contexte même de l’accord place le bradage des ressources à un autre niveau, dans la mesure où il soumet les décisions économiques congolaises à des considérations politiques et sécuritaires du régime de Kinshasa, en lien à la fois avec ses propres intérêts et ceux des Etats Unis. A la lecture et à l’analyse du texte, la conclusion s’impose d’elle-même : il est difficile, voire impossible, daboutir à une autre interprétation que celle dun bradage. "

Processus de Doha : progrès limités, selon Tshisekedi

Dans l’ensemble, cette sortie du président n’a pas dissipé les inquiétudes. Elle a plutôt renforcé certaines perceptions déjà présentes au sein de l’opinion congolaise, notamment en ce qui concerne son avenir politique. S’il s’est dit prêt, dans son discours, à quitter le pouvoir et à se mettre au service de son successeur, il laisse toutefois la porte entrouverte à un troisième mandat. L’évocation d’un référendum montre que le débat constitutionnel reste, à ses yeux, une option. "De mon point de vue, cela ne lève pas totalement le suspense sur la question", observe le politologue Christian Moleka.

République démocratique du Congo Sake 2024 | Soldats sur un véhicule dans la zone de conflit de l'est du Congo (11.02.24)
Felix Tshisekedi a rappelé que la guerre a été imposée à la RDC par le Rwanda voisin (photo d'illustration)Image : Alain Uyakani/Xinhua/dpa/picture alliance

Sur le plan militaire, le choix de la voie diplomatique, après l’échec de l’option armée, semble avoir été plus ou moins intégré. Le recours à l’infiltration au sein de l’armée traduit, sans équivoque, les limites de la solution militaire et consacre la diplomatie comme nouvel axe d’équilibre, notamment à travers l’accord de Washington.

Le président est revenu sur l’état d’avancement du processus de Doha, évoquant des progrès limités : un cessez-le-feu régulièrement violé par les parties, l’échange de prisonniers qui n’a toujours pas eu lieu et une ouverture encore fragile des corridors humanitaires. Il a lui-même reconnu le caractère laborieux du processus. A ce stade, les avancées diplomatiques restent donc peu concrètes et loin de répondre aux attentes, d’autant que l’horizon temporel n’a été évoqué que de manière très vague, renvoyant l’issue du processus à un avenir indéterminé.

Le négociateur en chef du Qatar, Mohammed al-Khulaifi (au centre), observe Sumbu Sita Mambu (à gauche), haut représentant du chef de l'Etat de la RDC, et Benjamin Mbonimpa (à droite), secrétaire exécutif du groupe armé M23 soutenu par le Rwanda, se serrent la main lors de la cérémonie de signature de l'Accord de paix global entre le gouvernement de la RDC et l'Alliance du fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) à l'hôtel Sheraton de Doha, le 15 novembre 2025
Le M23 et les autorités de la RDC s'accusent régulièrement de violer le cessez-le-feu (photo d'illustration)Image : Mahmud Hams/AFP

Tshisekedi ouvert au dialogue

Concernant la question du dialogue, le chef de l’Etat a réaffirmé son ouverture de principe, tout en rappelant que celui-ci ne devait pas être utilisé comme un instrument de pression. Il n’a toutefois pas infléchi sa position, notamment en rejetant l’option d’une inclusion plus large telle que proposée par l’ECC-CENCO. "Sur ce point également, il ny a pas d’évolution notable : le président reste globalement fidèle à ses positions antérieures", analyse le politologue Christian Moleka.

Enfin, Félix Tshisekedi a évoqué la tenue de l’élection présidentielle prévue en 2028. Selon lui, celle-ci pourrait être compromise si le conflit persistant dans l’est du pays n’est pas résolu. Le chef de l’Etat estime que l’organisation d’un scrutin, dans un contexte de guerre menée par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda serait extrêmement difficile. Il a toutefois précisé qu’il ne s’agirait pas d’un refus d’organiser les élections.

DW-Redaktion Afrika-Französisch
Wendy Bashi Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle@WenBash