Cessez‑le‑feu en RDC : la médiation angolaise tiendra-elle ?
18 février 2026
Un cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 entre en vigueur ce 18 février, une trêve proposée et portée par l’Angola dans le cadre de ses efforts de médiation régionale.
Kinshasa a officiellement accepté cette initiative, affirmant vouloir favoriser l’apaisement dans l’est du pays. Mais l’incertitude reste forte, notamment du côté du M23, qui n’a pas clairement confirmé son adhésion, évoquant un manque de notification officielle. Sur le terrain, la situation demeure volatile.
L’Onu prépare déjà le déploiement de moyens de surveillance, tandis que l’Union africaine soutient la mise en place d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu.
Après plusieurs trêves avortées depuis 2021, une question domine aujourd’hui : cette fois, le cessez-le-feu tiendra-t-il réellement dans l’est de la RDC ? C’est l’objet de l’échange que nous avons eu avec Christian Geraud Neema, analyste, expert des questions Chine-Afrique qui était invité à témoigner le 11 fevrier à la chambre des représentants américaine.
DW : C’est ce 18 février qu’est censé entrer en vigueur le cessez-le-feu initié par l’Angola dans le cadre de sa médiation pour le retour de la paix dans l’Est de la RDC. Pensez-vous que celui-ci sera réellement respecter ?
Christian Géraud Neema : Même si le processus dans lequel l’Angola s’engage n’est pas clairement défini en termes de responsabilités politiques ou de mandat — notamment sur la question de savoir de qui il a reçu ce mandat, de manière claire et formelle — on constate néanmoins une forme de soutien, une adhésion politique des différents acteurs à ce processus. Certes, le M23 a exprimé ses réticences quant au manque de clarté du processus, et l’on voit également Kinshasa traîner les pieds à certains moments.
DW : Mais le cessez‑le‑feu peut‑il fonctionner ?
Christian Geraud Neema : Il pourrait fonctionner, non pas parce que c’est l’Angola qui le porte, mais parce qu’il semble que ceux qui ont mandaté l’Angola jouent un rôle prépondérant dans ce processus. Il faut donc laisser une chance à ce cessez‑le‑feu, même si je demeure assez sceptique quant à son succès : il est indispensable qu’un mandat clair définisse qui fait quoi et qui est responsable de quoi, afin que tous les acteurs puissent y adhérer. Jusqu’ici, cela reste flou, même si l’Angola semble aujourd’hui avoir le vent en poupe dans ce dossier.
DW : Il y a toute une série de mécanismes mis en place pour surveiller ce cessez‑le‑feu, et parmi les acteurs impliqués, il y a la MONUSCO. Est‑ce que vous pensez qu’ils partent faibles sur ce terrain‑là ?
Christian Géraud Neema : Ils ne partent pas faibles, mais ils ne partent pas forts non plus. Il ne faut pas oublier que la MONUSCO d’aujourd’hui n’est plus celle d’il y a quelques années : c’est une mission réduite, avec un contingent plus limité, des équipements restreints, et elle devra compter sur la coopération des pays de la région pour mener à bien son travail. Si le cessez‑le‑feu n’est pas respecté, que pourra réellement faire la MONUSCO ? Il faut reconnaître que l’Angola n’a pas formellement de mandat émanant d’une organisation régionale ou internationale pour conduire ce processus. Aujourd’hui, on a le président Faure Gnassingbé et un panel de cinq chefs d’État, le Burundi qui préside l’Union africaine, sans oublier le processus de Doha qui se poursuit. Ces multiples démarches parallèles créent une ambiguïté quant au rôle de l’Angola, à sa responsabilité, à sa capacité d’agir et à celle de faire respecter le cessez‑le‑feu, même si le pays travaille actuellement avec la MONUSCO, qui soutient l’initiative.