Les frappes françaises au Tchad contredisent Macron à Ouaga | Afrique | DW | 13.02.2019
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Afrique

Les frappes françaises au Tchad contredisent Macron à Ouaga

Les frappes de l'armée française au Tchad contre l'UFR contredisent la volonté affichée par le président Emmanuel Macron, de mettre fin à la Françafrique. Cela ressort dans les réactions en France comme en Allemagne.

Écouter l'audio 02:36

Uwe Kekeritz : "La France domine ces pays et ne laisse aucune possibilité de consultation"

C'était précisément le 28 novembre 2017. Dans un amphithéâtre de l'Université de Ouagadougou au Burkina Faso où il était en visite, Emmanuel Macron devant les étudiants se voulait le défenseur d'une nouvelle ère post-Françafrique. Un discours censé s'adresser à toute la jeunesse africaine.

"Je suis d'une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire", avait déclaré le Chef de l'Etat français lors de son discours très applaudi. "Je suis d'une génération où on ne vient pas dire à l'Afrique, ce qu'elle doit faire, quelles sont les règles de l'Etat de droit", avait-il surtout insisté, laissant apparaître l'espoir que certaines interventions de la France empreintes du lien colonial n'étaient plus que du passé.

Or en frappant en trois temps les rebelles considérés comme des terroristes par le pouvoir tchadien, le gouvernement français donne l'impression de contredire les déclarations du président Macron.

 

Du soutien pour un "drôle de régime"

Pour Roland Marchal, spécialiste de l'Afrique au Centre national de la recherche scientifique à Paris, "l'intervention au Tchad et puis aussi ce qui se passe avec les forces spéciales en Libye aujourd'hui, et qui est beaucoup moins public, ce n'est pas exactement ce qu'il (Macron) racontait devant les étudiants au Burkina Faso."

Mais l'expert préfère rester prudent quant à lier les frappes au Tchad à la Françafrique. Selon lui, il s'agit beaucoup plus d'un intérêt militaire vu les aptitudes de l'armée tchadienne sur le front anti-terroriste.

 

Écouter l'audio 05:19

Roland Marchal : "Les raisons du soutien de la France pourraient être discutées plus au fond et c'est ça qui manque dans le débat politique français"

"On défend un régime qui est un drôle de régime mais on ne fait pas d'affaires particulièrement", pense Roland Marchal.

D'autres mobiles derrière les frappes

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est expliqué devant l'Assemblée nationale et a parlé d'une action conforme au droit international.

Mais outre certains intérêts liés aux ressources stratégiques, la dangerosité de la région du Sahel du fait de la présence des groupes terroristes et des réseaux de passeurs de migrants amène les pays européens à y agir de plus en plus. Seulement, la légitimité d'une telle aide à un régime considéré comme une dictature est contestée, aussi au delà de la France.

 

Le Député allemand du parti des Verts (opposition), Uwe Kekeritz pense que "cette démarche unilatérale de la France ne rentre pas dans la logique européenne d'aujourd'hui. Surtout maintenant qu'un grand traité de coopération est signé à Aix-la-Chapelle entre l'Allemagne et la France. Ceci devrait servir de base pour que l'Allemagne, la France et l'Union européenne se mettent vraiment ensemble et agissent de commun accord. Ca ne semble pas encore être le cas. La France domine ces pays et ne laisse aucune possibilité de consultation."

Aucun gouvernement européen n'avait encore réagi aux frappes françaises au Tchad. Le député allemand Uwe Kekeritz souhaite que le gouvernement de Berlin s'investisse davantage dans le développement des pays en Afrique plutôt que d'attendre d'être confronté à des situations d'insurrection.

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