La construction de ″La mère de l′humanité″ prend du retard | Afrique | DW | 29.06.2020
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Afrique

La construction de "La mère de l'humanité" prend du retard

"La mère de l'humanité" est le monument prévu au Cameroun en mémoire des victimes de la traite des esclaves. Mais la mise en œuvre du projet n'avance pas.

Le monument en mémoire de Charles Atangana à Yaoundé (DW/A. Bach)

Le monument en mémoire de Charles Atangana à Yaoundé

Sur un terrain de 80 hectares, le monument sculpté par l’artiste afro-américain Nijel Binns mesurera 80 mètres de haut, comptera 29 étages et sera placé au cœur de 54 pavillons représentant les nations africaines, dans le sud du Cameroun.  Avec le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis, le projet "La mère de l'humanité" prend une autre dimension.

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À Kribi, en bordure de l'océan Atlantique, dans le sud du Cameroun, le projet est connu des habitants depuis 2016. Cependant, ceux-ci commencent par s’impatienter au sujet de la matérialisation dudit projet.

"Ici on conjugue toujours au futur. On a eu tellement des projets qui sont morts tôt. Donc, ce n'est que quand je serai vraiment assuré que ça vient que je serai plus tranquille", déclare, sceptique, Joseph, habitant de Kribi.

Les initiateurs du projet attendent beaucoup du président Paul Biya (picture-alliance/AP Photo/S. Alamba)

Les initiateurs du projet attendent beaucoup du président Paul Biya

Un arrêté du ministère des Domaines du Cameroun indique le site du projet et une commission travaille en ce moment pour sa matérialisation.

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"La mère de l'humanité" est un projet de l'ONG américaine ARK Jammers basée à Baltimore. Son président d'origine camerounaise, Christophe Ava, confirme travailler effectivement avec les autorités camerounaises. Mais il déplore les lenteurs, pour ne pas dire les tracasseries administratives.

"Nous sommes désolé de constater que l'administration est un peu tatillonne par rapport aux procédures. Mais l'engagement que le président du Cameroun a pris pour faire avancer ce projet, je pense que cet engagement sera tenu", soutient-il.

La mort de George Floyd a fait rejaillir les manifestations contre le racisme (picture-alliance/Zuma/A. Dinner)

La mort de George Floyd a fait rejaillir les manifestations contre le racisme

Aux origines du projet

L'idée de ce monument est née des brutalités policières contre les noirs en Californie en 2014, pour rappeler et magnifier la place de l'Afrique dans le monde.

"Les financements, ce sont les dons. Mais nous ne pouvons pas avoir accès à ces dons tant que nous n'avons pas encore officiellement les papiers du terrain. Donc, nous allons nous rapprocher des donateurs dès que nous aurons les papiers officiels du gouvernement pour construire le monument. Et au bout de deux ou trois mois, je pense qu'on pourra répondre plus concrètement. Mais en tout cas, pour ce qui nous concerne, les promesses restent fermes pour construire ce monument, et même au-delà du montant attendu. Donc, nous ne sommes pas inquiets pour cela", précise Christophe Ava au sujet des financements.

Expropriation des terres 

Selon Landry Tsiaga, habitant de la ville, le monument est le bienvenu à Kribi. Mais les populations du secteur concerné, notamment de Grand Batanga, à l'est de la ville, se plaignent de l'expropriation de leurs terres.

Écouter l'audio 03:23

Ecoutez les explications de notre correspondant à Douala, Henri Fotso

''Ce projet apporte une nouvelle vision à la cité de Kribi qui est une ville touristique par excellence. Et donc cela motive, le fait que les touristes viennent dans la ville parce que c'était plutôt un secteur sinistré jusqu'ici. D'autre part, nous sommes un peu frustrés parce que la déclaration d'utilité publique a pris beaucoup d'espace aux villageois de ce côté qui n'ont déjà plus assez de terres. Il faut avouer que le port en lui-même en avait déjà pris 26.000 hectares. Donc les populations se sentent un peu à l'étroit'', affirme Landry Tsiaga

Le projet du monument "La mère de l'humanité" est une réaction aux traumatismes d'afro-descendants aux Etats-Unis.  Parmi eux, certains ont déjà pu par des tests ADN retrouver leurs différentes ethnies d'origine au Cameroun, où leurs ancêtres avaient été arrachés par l'esclavage à partir de 1441, voici  580 ans.