La Birmanie confrontée à des défis humanitaires gigantesques
4 avril 2025
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, est arrivé jeudi (03.04.2025) à Bangkok, en Thaïlande, pour un sommet régional. Objectif : discuter de la réponse au séisme avec, en toile de fond, l'avenir politique de la Birmanie.
C'est l'un des très rares déplacements de Min Aung Hlaing depuis qu'il a chassé du pouvoir le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi lors d'un coup d'État en 2021. Un putsch qui a plongé la Birmanie dans une guerre civile toujours en cours et qui oppose les militaires à une multitude de groupes armés prodémocratie et de minorités ethniques.
Dîner de gala somptueux, hôtel de luxe… la Thaïlande lui déroule le tapis rouge et lui offre une occasion inespérée d'assister à un sommet régional avec des possibilités d'échanges bilatéraux cruciaux pour l'avenir de son pays.
Un hôte encombrant
Pourtant, le général Min Aung Hlaing n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un invité recommandable. Visé par de nombreuses sanctions mondiales, il est accusé de crimes de guerre et de graves violations des droits humains. Il est également dans le viseur de la Cour pénale internationale qui a demandé un mandat d'arrêt à son encontre pour des crimes contre l'humanité présumés, commis envers le Rohingyas, groupe ethnique majoritairement musulman de Birmanie.
L'invitation au sommet régional de l'Initiative du Golfe du Bengale fait d'ailleurs grincer des dents : "Nous n'accueillons pas le meurtrier Min Aung Hlaing" pouvait-on lire ce matin sur une bannière accroché non loin de l'endroit où le chef de la junte a passé la nuit. L'opposition clandestine a, elle, qualifié d'"affront" la présence du général à ce sommet, sachant "la souffrance immense infligée au peuple de Birmanie".
Un peuple qui a plus que jamais besoin de soutien. Une semaine après le tremblement de terre, des répliques sismiques se font toujours sentir provoquant à chaque fois un vent de panique parmi les habitants, également confrontée à la chaleur et au manque d'eau portable. Les défis sont gigantesques et l'étaient déjà bien avant le tremblement de terre, en raison du conflit.
Conditions de secours très difficiles
Les ONG locales et internationales font ce qu'elles peuvent mais avec des routes parfois impraticables et des réseaux de téléphonie qui ne fonctionnent plus ou mal, leur travail est rendu particulièrement difficile.
Sans compter les lenteurs administratives : même si la junte a lancé, dès le 28 mars, un appel au secours inédit auprès de la communauté internationale, les ONG ne constatent pas d'avancée sur le terrain : les demandes de visa traînent. Les autorisations d'importations aussi. Et sur le terrain, les combats se poursuivent : alors que la junte a annoncé un cessez-le-feu temporaire pour faciliter l'acheminement de l'aide, le Haut-Commissariat de l'Onu aux droits de l'homme a accusé ce matin l'armée birmane de poursuivre ses attaques.