1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

En RDC, des veuves debout malgré tout

23 juin 2025

Chaque 23 juin, le monde célèbre la Journée des veuves. Cette commémoration prend une résonance particulière en RDC, marquée par plus de trois décennies de conflits et de violences.

https://p.dw.com/p/4wLvI
Une veuve dans sa maison
Trois décennies de conflits ont fait d’innombrables victimes, laissant derrière elles une population féminine souvent marginalisée (des veuves).Image : Jerome Delay/AP Photo/picture alliance

Derrière les chiffres et les bilans, ce sont des femmes qui survivent. Seules. Mais debout.

À Kinshasa, la commune de Makala a vibré au rythme des chants, des danses et des prières de près d’un millier de veuves réunies, samedi 21 juin, pour marquer cette journée symbolique avec un peu d’avance.

C’est à l’appel de l’ONG Espoir et Avenir du Congo que ce rassemblement a eu lieu, sur le terrain Missioni, au lever du soleil. Toutes habillées en pagnes, foulards blancs noués autour de la tête et petits drapeaux de la RDC à la main, ces femmes brandissaient balais et malaxeurs, des objets devenus symboles de purification et de reconstruction de soi.

Témoignages bouleversants

Parmi ces femmes, Madeleine Kayisato, veuve depuis treize ans, livre un témoignage bouleversant. Son mari est décédé dans un accident de la route, mais sa belle-famille l’a aussitôt accusée de sorcellerie et chassée de leur maison avec ses cinq enfants. "Ces mots vous brisent le cœur, surtout quand vous venez de perdre l’homme de votre vie", confie-t-elle.

Une veuve à la maison. Image/Archives.
Alors que le monde célèbre ce 23 juin la Journée internationale des veuves, en République Démocratique du Congo, cette date met en lumière la résilience de milliers de femmes laissées pour compte après la perte de leur époux. Image : Jerome Delay/AP Photo/picture alliance

Aujourd’hui, après des années de labeur comme femme de ménage, elle a réussi à construire une modeste maison à Mont Ngafula. "Elle n’est pas grande, mais elle nous appartient. J’aimerais que les veuves n’inspirent plus la pitié, mais le respect."

Des récits comme celui de Madeleine sont nombreux. Et derrière chacun, une même revendication : la justice, l'accompagnement et la reconnaissance.

Denise Ngalula, présidente de la section Funa de l’ONG Espoir et Avenir du Congo, souligne les défis persistants. Depuis cinq ans, l’organisation milite pour l’autonomisation des veuves à travers des formations, du plaidoyer et une assistance de base. "Plusieurs veuves n’ont rien : ni toit, ni revenu, parfois même pas de quoi nourrir leurs enfants. Nous demandons aux autorités de restaurer nos droits et de nous aider à reconstruire nos vies."

Les veuves sont aussi des mères

Deborah Nyamabo, 46 ans, mère de six enfants, rappelle de son côté que la majorité des veuves sont aussi des mères, souvent seules à assumer la charge familiale. "Nous voulons la paix. Que notre président pense à chaque Congolais. Il faut créer des emplois et permettre aux jeunes de bâtir leur avenir."

En théorie, la RDC reconnaît des droits aux veuves : droit à l’héritage, droits liés au mariage, protection sociale et familiale. Mais dans la pratique, surtout en milieu rural, ces droits sont souvent bafoués, entravés par le poids des traditions et du droit coutumier.

En ce 23 juin, les veuves de la RDC élèvent la voix pour rappeler qu’au-delà de leur douleur, elles restent des actrices résilientes de la société congolaise. Elles ne demandent pas la charité, mais la dignité.

 Auteur : Nancy Tshimueneka