"Il est aujourd'hui considéré à juste titre comme un précurseur de la démocratie, qui a pris ses responsabilités alors que l’Allemagne se trouvait dans une situation complexe."
Voici comment Peter Beule de la fondation Friedrich Ebert résume la vie politique de l’homme.
Pour comprendre comment Friedrich Ebert, mort le 28 février 1925, est encore considéré aujourd’hui comme le précurseur de la démocratie en Allemagne, eh bien, il faut remonter à fin 1918.
La Première Guerre mondiale s'est soldée par la défaite pour l’Empire allemand. Des soldats et des civils traumatisés et marqués par la guerre luttent pour trouver leur place dans la société. C'est à ce moment-là que fils de couturier, né le 4 février 1871, va jouer un rôle décisif dans cette période chaotique.
Friedrich Ebert- bourrelier de formation, puis hôtelier à Brême dans le nord de l’Allemagne - sera surtout président du parti social-démocrate dans lequel il fait son entrée en 1889.
Walter Mühlhausen, biographe de Friedrich Ebert, estime que "tout d'abord, il [Friedrich Ebert] était un homme de compromis. Une nouveauté dans la politique allemande de l'époque".
"Lorsque les partis ont commencé à assumer des responsabilités gouvernementales, c'est lui qui a toujours insisté sur le fait qu'il fallait tout de même trouver un accord pour servir la cause. Il a toujours prôné cela en tant que président du parti social-démocrate. Discuter en interne, mais se présenter ensemble à l'extérieur et défendre le compromis."
Friedrich Ebert affecté aussi par la Première Guerre mondiale
Friedrich Ebert est lui aussi marqué par la Première Guerre mondiale. Sur ses cinq enfants, deux fils sont morts au combat. Mais alors qu’il soutient une transition de la monarchie autoritaire vers une République, le gouvernement provisoire dont il est l’un des deux co-présidents à partir de novembre 1918 doit d’abord stabiliser un pays économiquement exsangue. D'autant qu'une partie de la population n’accepte pas la défaite de la guerre et s'accroche à un passé prétendument glorieux. Friedrich Ebert était la bonne personne pour gérer ce changement, estime l’historien Peter Beule.
Mais tout ne se passe pourtant toujours pas comme prévu : Friedrich Ebert s’attire la colère de la gauche radicale qui lui reproche la trahison du mouvement ouvrier. Car pour stabiliser la jeune démocratie, il coopère avec les anciennes élites de l’Empire. Le 5 janvier 1919, les communistes radicaux, les socialistes et la ligue spartakiste appellent au renversement du gouvernement. Une guerre civile couve en Allemagne quelques jours avant les premières élections démocratiques.
Des affrontements sanglants ont lieu pendant une semaine. Les insurgés sont réprimés de manière brutale. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, fondateurs du Parti communiste allemand (KPD), sont assassinés par des soldats peu après la répression de l'insurrection.
Les premières élections démocratiques allemandes
Le 19 janvier 1919, deux mois seulement après la fin de la guerre, les premières élections de la nouvelle république ont lieu. Des millions de femmes peuvent voter pour la première fois, la liberté d'expression et de la presse règne.
Friedrich Ebert avait déjà évoqué ce tournant historique dans l’histoire de l'Allemagne deux semaines plus tôt. C’était au cours de son discours à l’Assemblée nationale à Weimar dans l’est du pays : "Le peuple allemand est libre, reste libre et se gouverne lui-même à l'avenir. Cette liberté est la seule consolation qui reste au peuple allemand, le seul point d'appui qui lui permette de s'extirper du bourbier de la guerre et de la défaite."
Friedrich Ebert devient à la suite des élections le premier président allemand démocratiquement élu. Mais le président de la République de Weimar doit fait face à des tentatives de putsch. Il reste toutefois le garant de la sécurité, de la liberté et de l’ordre. Au cours de ses six années de présidence, neuf chanceliers et douze gouvernements se succèdent, mais Friedrich Ebert maintient la cohésion de l'Etat et la justice sociale.
Peter Beule de la fondation Friedrich Ebert note que “l'accès équitable à l'éducation, condition préalable à l'égalité des chances dans la société, est particulièrement lié au nom de Friedrich Ebert”.
Il suggère la création d'une fondation qui permettrait aux enfants d'ouvriers de s'élever socialement grâce à l'éducation. Aujourd'hui, la plus vielle fondation politique allemande fondée en 1925 et qui porte son nom est active dans plus de 100 pays dans le monde.
La mort de Friedrich Ebert à 54 ans laisse place à une république qui vacille jusqu'à ce qu'en 1933, un homme s'empare du pouvoir. Adolph Hitler détruira l'héritage de Friedrich Ebert.
Cent ans après la disparition de Friedrich Ebert, l'Allemagne est une démocratie consolidée, cela depuis des décennies. Mais le ton du débat politique s'est durci. Le parti d’extrême-droite, AfD, est devenu la deuxième force politique en Allemagne à l’issue des dernières législatives anticipées du 23 février.
Walter Mühlhausen, ancien responsable du Mémorial qui porte le nom de Friedrich Ebert, estime que la démocratie est vulnérable : "C'est pourquoi, tous les démocrates doivent défendre ce système, maintenant, aujourd'hui et à l'avenir. Car lorsque la démocratie compte trop peu de démocrates, elle court le risque d'être ensuite jetée aux oubliettes."
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Des Syriens se mobilisent pour la reconstruction du pays
Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, une grande partie des Syriens en exil hésitent encore à rentrer. En cause le manque de logements, de services de base, la situation sécuritaire sur place et les difficultés économiques, notamment le manque d’emplois. De nombreux Syriens évoquent aussi la peur de se voir retirer leur statut de réfugié dans leur pays d’accueil. Pourtant selon l’ONU, plus de 280 000 Syriens de l’étranger sont déjà retournés en Syrie depuis le 8 décembre dernier.
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