Bénin : une présidentielle marquée par des irrégularités
13 avril 2026
Au lendemain de la huitième élection présidentielle de l’ère démocratique, le Bénin se réveille dans une atmosphère de grande quiétude. La journée de dimanche (12.04.26) a été marquée par une organisation fluide. Dans la Salle de Situation de la plateforme des Organisations de la société civile (OSC), le ton est au soulagement concernant le déroulement technique.
Le Général Naimi, membre de la chambre de décision explique ainsi que "le scrutin s'est déroulé sans interruption et sans problème d'identification".
"Les personnes vivant avec un handicap et les personnes vulnérables ont eu un accès facile au pôle de vote. Aucune manifestation publique n'a été constatée. La durée légale de 10 heures de temps pour le scrutin a été respectée."
Mais ce tableau presque parfait est nuancé par des remontées de terrain des observateurs des OSC. Si les électeurs ont voté dans la paix, la plateforme électorale de la société civile pointe du doigt des manquements inquiétants dans certaines localités. Des tentatives de fraude impliquant parfois des acteurs inattendus.
"S'agissant des incidents et alertes, lors du déroulement du scrutin, les incidents observés concernent notamment des tentatives et actes de bourrages d'urnes et de votes multiples par certains électeurs, certains agents électoraux, des leaders d'opinion et certaines autorités locales."
Une campagne électorale sobre
Au-delà de ces incidents, ce scrutin 2026 confirme une rupture totale avec les anciennes pratiques. Finies les campagnes fleuves et les distributions massives de gadgets. La réforme du système partisan a imposé un nouveau rythme, plus sobre, mais qui semble aussi avoir refroidi une partie de l'électorat, habituée aux grandes joutes à plusieurs candidats.
Pour l'expert électoral Rufin Godjo, ce changement de paradigme explique la sobriété du scrutin.
"La réforme est passée par là aujourd'hui pour limiter un peu l'impact de la préparation des élections sur le comportement des citoyens. Il n'y a plus de gadgets qu'on puisse sortir. Vous avez la campagne, ça fait deux semaines pile-poil. Le fait qu'il n'y ait que deux candidats alors qu'on sait qu'il y a plusieurs personnalités qui voulaient bien aller à l'assaut du pouvoir... tout ça mis ensemble peut justifier que les gens soient plus réticents."
Le principal parti d'opposition, Les Démcorates, auparavant dirigé par l'ex-chef de l'Etat Boni Yayi n’a pas participé au scrutin faute de parraines suffisants.
Alors que la CENA s'apprête à livrer les grandes tendances sous 48 heures, une question demeure : comment réconcilier rigueur administrative et ferveur démocratique ?
Pour l’expert électoral, Rufin Godjo, la réflexion doit déjà se tourner vers l'avenir pour que la paix retrouvée s'accompagne d'un regain d'intérêt citoyen.
"Le paradigme des élections a résolument et carrément changé au Bénin. Il faut maintenant aller plus en profondeur avec les chercheurs, les politologues, les experts électoraux pour expliquer et voir comment quand même, dans sept ans, recréer l'émulation que nous avons connue au Bénin."
Le calme de ce lundi matin à Cotonou est donc celui d'une démocratie en pleine mutation. Les chiffres de la participation diront si ce nouveau modèle a convaincu au-delà de la simple organisation technique.
Un éventuel second tour est fixé au 10 mai 2026. Le président sortant, Patrice Talon, quitte le pouvoir le 23 mai 2026 après dix années marquées par des réformes économiques, une modernisation des infrastructures mais aussi des critiques sur les atteintes aux libertés fondementales.