Crises en Afrique : Dakar en faveur de solutions africaines
21 avril 2026
L'Afrique face aux défis de stabilité, d'intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? C’est le thème de cette 10è édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, créé par l’ancien président Macky Sall.
Le Mali voisin, le Burkina Faso et le Niger peinent, depuis des années, à enrayer l’emprise des groupes djihadistes sur leur territoire. Dans son Indice mondial du terrorisme 2026, l'Institut pour l’économie et la paix (IEP) notait que six des dix pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde se trouvent en Afrique subsaharienne, qui est désormais l'épicentre mondial de ce phénomène. 70 % des décès liés au terrorisme en 2025 ont ainsi eu lieu au Pakistan, au Niger, au Burkina Faso, au Nigeria et en République démocratique du Congo.
Les participants au Forum de Dakar ont prôné des solutions africaines. Mais pour Ahmed Ould Abdallah, spécialiste des questions sécuritaires et président du Centre 4S (Stratégie, Sécurité, Sahel, Sahara), il faut plutôt des solutions sous-régionales.
"Il est temps que nous acceptions que le continent africain est immense. Et on ne peut pas le gérer comme s’il s’agit d’une seule région, ou d’un seul pays. Dans certaines régions, il s’agit du trafic de migrants. Dans d’autres, il s’agit de trafic de cigarettes ou de drogue. Dans tous les cas, il faut tenir compte de la corruption qui est le lubrifiant du mécontentement populaire."
Organisations sous-régionales en crise
"Les défis sécuritaires sont non seulement transfrontaliers, mais il y en a certains qui dépassent le cap du continent", constate Abdoulaye Sounaye, directeur de recherche au Leibniz-Zentrum Moderner Orient de Berlin.
Même s’il souligne que, "malheureusement, les entités régionales ont du mal à mobiliser et parfois même, elles sont rejetées", comme c’est "le cas du conflit entre l’AES et la Cédéao", le spécialiste des questions de sécurité pense que "ces organisations régionales pourraient pousser à une prise en charge commune de ces questions sécuritaires".
Au lancement du forum le lundi (20.04.26), le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a indiqué que "nous ne devons plus accepter que notre agenda sécuritaire soit défini ailleurs, que nos priorités soient dictées par des intérêts étrangers, que notre espace stratégique soit occupé sans notre consentement".
Car dans certaines crises, des acteurs externes sont impliqués, parfois pour accéder aux ressources du continent : les Emirats arabes unis soutiennent les paramilitaires des FSR au Soudan, tandis qu’en Libye, la Turquie et la Russie font avancer leurs intérêts.
Pour Abdoulaye Sounaye, "l’Afrique est prise dans une configuration géostratégique qui la dépasse. Ces pays-là sont très dépendants de l’extérieur. Du point de vue économique, politique, sécuritaire".
Et Abdoulaye Sounaye d'ajouter : "Quand on regarde un peu ce qui se passe au Soudan, avant qu’il ne soit un conflit armé, le conflit est d’abord politique. Et ce conflit politique mobilise des intérêts non seulement soudanais, mais aussi des intérêts qui dépassent le Soudan."
Amélioration de la gouvernance
Selon Ahmed Ould Abdallah, du Centre 4S, "il n’y a d’intervention extérieure que si elle est appuyée sur des mécontentements intérieurs et des appels de l’intérieur".
Autres leviers pour une paix durable en Afrique : la lutte contre le changement climatique, les ruptures institutionnelles, ou même la tenue d’élections transparentes, l’amélioration de la gouvernance et enfin, l’investissement dans la formation et l’emploi des jeunes.
D'après les participants, le tout-militaire ne suffit pas à faire régner la paix en Afrique. Le président sierra-léonais a ainsi déclaré que si la bonne gouvernance et l’Etat de droit sont respectés, l’insécurité peut être réduite. Julius Maada Bio a ainsi demandé d’anticiper les crises et de mettre la prévention avant l’intervention militaire.