COP30: La jeunesse africaine se mobilise pour le climat
11 novembre 2025
Pour Anita Soina, la COP30, la conférence des Nations unies sur le climat qui se tient au Brésil, pourrait être "l'une des plus grandes victoires pour les pays du Sud". Anita Soina est une militante écologiste du Kenya. Elle compte plus de 100 000 followers sur Instagram.
Agée de 26 ans, elle est membre de la communauté Masaï. Elle constate de longue date que la déforestation alimente la sécheresse, la faim et la pénurie d'eau
Mais la jeune femme a l'optimisme prudent : "On nous a déjà fait de nombreuses promesses et, en fin de compte, la crise continue de s'aggraver. Le plus grand obstacle en Afrique est le manque de volonté politique. C'est pourquoi la plupart des ressources ne sont pas utilisées aux fins prévues".
Exigences de transparence et d'action
Représentant de Transparency International en Zambie, Maurice K. Nyambe s'est également rendu en Amazonie pour la COP30. Il espère que cette année, la conférence débouchera non seulement sur de nouveaux engagements, mais aussi sur des mécanismes de responsabilisation : "Que nous parlions de financement du climat ou d'échange de droits d'émission de carbone, il est important d'inclure la transparence [et] la responsabilité dans toutes ces discussions", rappelle-t-il.
Les enjeux de la COP30
La "Conférence des parties" qui a signé le traité climatique des Nations unies de 1992 réunit chaque année des représentants du monde entier pour qu'ils trouvent ensemble des réponses au changement climatique.
La conférence de cette année est la première à se tenir à la lisière de la forêt amazonienne.
Cette COP30 doit dresser un bilan de l'Accord de Paris de 2015 qui visait à freiner le changement climatique, en évaluant les progrès réalisés en matière d'objectifs d'émissions et de financement climatique pour les pays du Sud.
L'accord de Paris a réuni près de 200 pays qui se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à bien moins de 2 degrés Celsius (3,6 degrés Fahrenheit) et à poursuivre les efforts pour plafonner la hausse à 1,5 C.
Mais la réalité reste largement en-deçà des engagements, en particulier pour l'Afrique, alors même que ce continent est parmi les plus touchés par les affres du réchauffement de la planète.
Des voix en première ligne
Pour le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, "le changement climatique n'est plus une menace qui se profile à l'horizon, c'est une tragédie qui se déroule au présent".
Aider sa communauté, c'est ce qui motive Hilda Nakabuye. Cette militante ougandaise et membre de Fridays for Future Ouganda assiste à sa cinquième COP.
"Pour moi, la COP30 est un moment spécial car elle marque les 10 ans de l'Accord de Paris", dit-elle.
Son travail se concentre sur les jeunes et les femmes en Ouganda et sur l'opposition à l'East African Crude Oil Pipeline (EACOP). Il s'agit d'un projet d'oléoduc, soutenu par TotalEnergies et China National Offshore Oil Corporation, mais controversé car l'installation doit être chauffée sur ses 1 400 kilomètres de longueur.
Ce pipeline traverse des zones sensibles comme le parc national des chutes de Murchison et il longe le lac Victoria, le plus grand lac d'eau douce d'Afrique. Les écologistes mettent en garde contre les dommages irréversibles causés à la biodiversité et aux sources d'eau dont dépendent plus de 40 millions de personnes.
"En tant que jeune femme originaire d'Afrique, je suis ici pour faire entendre ma voix et représenter les communautés touchées par une crise qu'elles n'ont pas créée. Nous demandons une transition énergétique juste et équitable. J'attends des dirigeants présents à la COP30 qu'ils placent les voix des populations- en particulier celles des communautés marginalisées- au centre de leurs décisions."
Engager les communautés
Anita Soina et Hilda Nakabuye s'accordent à dire qu'il est essentiel de donner aux communautés locales les moyens de comprendre leurs droits. Selon elles, la meilleure stratégie consiste à impliquer ces communautés non seulement dans la lutte contre le changement climatique, mais aussi dans le développement communautaire.
Simon Peter Longoli, Ougandais, a justement participé à un événement sur la manière dont les communautés locales peuvent s'engager plus efficacement dans le processus de la convention-cadre de l'Onu sur le climat.
Il se réjouit par exemple du fait que les éleveurs sont désormais officiellement reconnus dans le cadre des Nations unies comme faisant partie de ce que l'on appelle les "communautés locales".
"Le temps presse en ce qui concerne le changement climatique. Pour les éleveurs, il est possible de s'adapter. Mais la COP doit produire des résultats qui peuvent être mis en œuvre."
Solidarité avec le Sud
Les mécanismes de financement climatique intéressent aussi les jeunes Africains. Leur revendication est claire : la justice climatique doit aller au-delà de la rhétorique et se traduire par des ressources pour ceux qui vivent en première ligne.
Ils appellent également à une coopération plus étroite entre les pays du Sud, de l'Amazonie à l'Afrique, afin de faire face ensemble à la crise mondiale.