Chute d′el-Béchir : quelles répercussions au Tchad ? | Afrique | DW | 12.04.2019
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Afrique

Chute d'el-Béchir : quelles répercussions au Tchad ?

La chute du président Soudanais Omar El-Bechir, au pouvoir depuis 30 ans, suscite des réactions au Tchad voisin. On se demande à N'Djamena si cela ne pourrait pas donner des idées aux Tchadiens ...

Tschad Idriss Deby (Getty Images/AFP/L. Marin)

Idriss Déby est au pouvoir depuis 1990

Le Soudan et le Tchad entretiennent de longues relations, souvent conflictuelles, depuis plusieurs dizaines d'années. Depuis les indépendances du Soudan, en 1956, et du Tchad, en 1960, les deux pays ont toujours entretenu des relations étroites. Mais celles-ci ont subi un revers en 2003 avec le déclenchement du conflit au Darfour. Le Soudan a alors accusé le Tchad de soutenir des mouvements rebelles opposés au régime d'Omar el-Bechir. Le Tchad, en réponse, accusait le Soudan d'abriter des dissidents au régime d'Idriss Deby Itno. Il a fallu presque sept ans pour qu'en 2010, les deux pays normalisent leurs relations diplomatiques.

Des répercussions au Tchad ?

Pour le politologue Évariste Ngarlem Toldé, la chute d'Omar el-Béchir ne sera pas sans conséquence au Tchad. "Le départ du président Omar el-Béchir aura sans nul doute des répercussions sur le plan social, économique, culturel ou politique", estime-t-il. "La frontière du Soudan héberge des éléments incontrôlés qui sont opposés, soit au président el-Béchir, soit au président du Tchad. Le départ du président soudanais avec son chef du service des renseignements laissera peut être le champ libre à ses mouvements qui vont s'activer pour ne pas se laisser surprendre".

Le politologue évoque aussi de futurs mouvements de populations. "Ceux qui sont favorables au président el -Béchir vont chercher à se réfugier dans les pays voisin et notamment au Tchad", selon Évariste Ngarlem Toldé. En raison de la proximité des deux pays, certains évoquent une possible contagion de la contestation au Tchad, dirigé par le président Idriss Deby Itno arrivé au pouvoir par les armes, via le Soudan, en 1990.

Deux contextes différents

Mais, si certains évoquent un éventuel soulèvement, Sosthène Mbernodji, secrétaire général du mouvement citoyen pour la préservation des libertés, est sceptique. "C'est vrai, aujourd'hui les Africains s'inspirent des autres par rapport à ce qui se passe dans leurs pays, des gens sur les réseaux font une similitude et une corrélation entre ce qui s'est passé au Soudan et pensent que ça pourrait peut-être arriver au Tchad", déclare-t-il. "Mais ici le contexte est différent car l'armée n'est pas républicaine, l'armée est au service d'un homme. Si l'armée était républicaine ce cas de figure pourrait arriver", estime-t-il

Tschad Armee Soldaten Zeremonie (picture-alliance/AP Photo/J. Delay)

Les armées saoudiennes et tchadiennes sont complètement différentes dans leur comportement vis-à-vis du pouvoir

Un autre citoyen tchadien confie lui aussi son scepticisme à la DW : "Chez moi l’armée est fidèle à son chef et je ne pense pas que la prise du pouvoir par l’armée au Soudan puisse se produire au Tchad", explique-t-il. "Mais les gens veulent le changement, veulent l'alternance. La monotonie est l'ennemi de l'homme, les gens ne veulent pas qu'un dirigeant s'éternise au pouvoir. C'est pourquoi les dictateurs finissent toujours mal", dit encore Sosthène Mbernodji.

Contacté, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement tchadien, Oumar Yaya, a déclaré qu'il attend la décision du sommet des chefs d'Etats et de gouvernement de la Cen-sad, la Communauté des États Sahélo-Sahariens, qui s'ouvre ce samedi 13 avril à N'Djamena pour se prononcer sur le sujet. Un sommet auquel le Soudan ne prendra pas part mais durant lequel la destitution d'Omar el-Béchir sera au centre des discussions.

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