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Cameroun : Une unité nationale à l'épreuve des fractures

20 mai 2026

La fête de l’unité sur fond de crise anglophone au Cameroun. Experts et acteurs politiques interrogent un contrat social fragilisé et des divisions persistantes.

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Cameroun – Parlement à Yaoundé
La réforme de la Constitution du Cameroun, qui réintroduit le poste de vice-président, a été approuvée en avril par le Parlement dominé par la majorité présidentielle, une décision dénoncée par le principal opposant comme une "violation des principes démocratiques" Image : AFP/Getty Images

Pendant que les sites officiels vibrent au rythme des défilés de la 54e Fête de l'Unité nationale, loin des protocoles, Grace Ngwafor constate une fracture dans la société camerounaise. Selon elle, le pays reste paralysé par la crise qui sévit toujours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

"On ne peut pas parler d'unité nationale alors qu'il y a des bouleversements majeurs dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. À la veille de cette célébration, ici, c'est l'opération "ville morte". Les gens ont peur de l'inconnu. Nos enfants de 10 à 15 ans n'ont plus aucun sentiment d'appartenance", déplore Ngwafor.

Une détresse humaine et identitaire que l'homme politique Louis Marie Kakdeu traduit en chiffres implacables, rappelant que derrière les apparats de la fête se cache une précarité systémique.

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"On a estimé à environ 15 millions de personnes qui vivent sans citoyenneté au Cameroun, et la crise anglophone vient accentuer cette situation qui justifie l'extrême pauvreté au Cameroun aujourd'hui."

Pour nos deux intervenants, la communion nationale ne peut plus se nourrir de simples discours. Sept ans après le Grand Dialogue National de 2019, le bilan en ce 20 mai 2026 exige un changement radical de méthode. 

"Le Grand Dialogue en 2019 n'a pas marché parce que les résolutions n'étaient pas contraignantes. Et il faut passer à une conférence nationale où les résolutions sont contraignantes. [...] L'État du Cameroun, sur le plan politique, n'a pas montré la volonté, la volonté politique de respecter ses engagements.", estime Kakdeu.

"Il est nécessaire de retourner à la table des négociations"

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L'armée affronte au Cameroun anglophone des groupes armés séparatistes qualifiés de "terroristes" par le pouvoir centralImage : Etienne Mainimo/Matrix Images/IMAGO

Un manque de volonté politique qui, selon la voix anglophone Grace Ngwafor, a fini par dénaturer le sens même du projet national.

"Par conséquent, parler de la célébration du 20 mai aujourd'hui est totalement tiré par les cheveux. Pour que les gens considèrent à nouveau ce jour, il faut d'abord réparer les fissures sur le mur. Il est nécessaire de retourner à la table des négociations et de reconnaître que ce sont deux peuples distincts qui se sont mis ensemble", pense Ngwafor.

Redonner du sens au vivre-ensemble exige de rebâtir le contrat sur des fondations juridiques indiscutables, selon Louis Marie Kakdeu.

"Sur le plan politique, il faut des garanties. Quand vous avez été dans une situation de tromperie [...] vous avez besoin de garanties. Et ces garanties-là sont constitutionnelles. On ne peut pas, par exemple, aujourd'hui, dans une situation où on crée un poste de vice-président, ne pas penser qu'il y a eu un mariage et que si le président est francophone, le vice-président est anglophone, et que cela soit constitutionnellement marqué et assuré."

En ce 20 mai 2026, Grace Ngwafor et Louis Marie Kakdeu rappellent que l'unité ne s'impose pas par la force, elle se négocie dans le respect et la justice pour tous.

Vue arienne sur un carrefour de Douala la nuit
Henri Fotso Correspondant au Cameroun pour le programme francophone de la Deutsche Welledwfrancais