Ces derniers mois, le Ghana vit un paradoxe économique. La monnaie nationale, le cedi, a connu une appréciation spectaculaire, au point d’être désignée début juin par Bloomberg comme la devise la plus performante du continent africain. Ce rebond, porté par l’action de la Banque centrale et par la hausse des ventes d’or artisanal à l’international, a redonné confiance aux ménages, avec un léger recul du prix du pétrole et de certains biens de consommation.
Mais si les consommateurs sourient, les entreprises exportatrices, elles, accusent le coup. À Asutsuare, à une centaine de kilomètres d’Accra, la société Golden Exotics Limited, premier producteur de bananes du pays et filiale du groupe français ‘’La Compagnie Fruitière’’, voit ses marges s’effondrer. Son exercice annuel s’annonce déficitaire, et les emplois sont désormais menacés.
Une ferme géante au cœur de l’économie locale
Installée sur 2 000 hectares irrigués par le fleuve Volta, Golden Exotics a produit 110 000 tonnes de bananes en 2024, dont un quart certifié bio. La totalité de cette récolte est exportée vers l’Europe et le Sahel. Avec près de 4 000 employés permanents et plus de 20 000 emplois indirects générés, l’entreprise constitue un pilier de l’économie locale.
Sur le terrain, l’activité ne faiblit pas. Chaque matin, des bus d’ouvriers affluent vers les plantations. Parmi eux, Alex Tetteh, 28 ans, travaille depuis neuf ans pour l’entreprise. Fier de son métier, il souligne l’importance des conditions offertes : assurance santé, retraite et même possibilité de reprendre des études. « Si je veux continuer mon éducation par exemple, je peux, car j’ai quelques avantages dans l’entreprise. Moi j’aimerais être comptable », confie-t-il.
Quand la monnaie forte devient un fardeau
Ce modèle, bâti grâce au statut de zone franche obtenu dès 2003 pour attirer les devises étrangères, est aujourd’hui ébranlé. Préparant leurs budgets sur un taux de 19 cedis pour un euro, les responsables doivent désormais composer avec un cours à 14 cedis.
« Sur nos coûts de production ça a un impact fort, car la masse salariale représente entre 30 et 40 % de notre coût de revient. Mais surtout, on sait déjà que nous ne ferons pas de bénéfices cette année. Tout est absorbé par la montée du cedi », explique Olivier Chassang, responsable de l’entreprise. Conséquence : projets d’investissement suspendus, développement freiné et probable réduction d’effectifs.
Cette situation se répercute directement sur les salariés. John Arhin, directeur de production payé en equivalent euro, a vu son salaire diminuer de 7 000 cedis. Un choc, alors qu’il subvient aux besoins de près de 30 membres de sa famille élargie.
Un paradoxe économique
Pour les économistes, cette appréciation reste pourtant globalement positive. « Le marché d’exportation du Ghana repose sur des matières premières comme l’or, le cacao et le pétrole, dont les prix sont fixés à l’échelle mondiale et libellés en dollars. L’effet du taux de change reste donc limité », analyse Joseph Nyeadi, chercheur et économiste ghanéen.
Mais sur le terrain, la réalité est toute autre pour des filières comme la banane, entièrement dépendantes des ventes à l’étranger et dont les marges sont rognées par la vigueur de la monnaie nationale.
Comme si cela ne suffisait pas, le Sénégal, marché clé pour la banane ghanéenne, a interdit début septembre toute importation du fruit. Un coup dur supplémentaire pour Golden Exotics, qui voit ainsi compromis un débouché patiemment construit.
Entre monnaie trop forte, marges réduites, emplois menacés et marchés fermés, l’avenir de la banane ghanéenne s’assombrit. Et pour les milliers de familles qui dépendent de cette filière, l’inquiétude grandit à mesure que le cedi grimpe.
[Cliquez sur l’image pour écouter le reportage de Claudia Lacave, correspondante de la DW à Accra]
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Nudupe, la startup togolaise qui veut digitaliser la restauration et connecter les producteurs aux restaurateurs
Au Togo, le secteur alimentaire bouillonne d’initiatives, mais reste miné par des difficultés récurrentes : gestion artisanale, pertes importantes, manque de visibilité et faible connexion entre producteurs et restaurateurs.
Dans ce paysage, une jeune startup entend changer la donne : Nudupe, fondée en 2024 à Lomé par la jeune entrepreneure Edourda Adadé.
Une idée née des frustrations quotidiennes
« J'ai toujours vu le Togo comme une terre de saveurs, de restaurants et de produits frais. Mais j'ai aussi vu la frustration derrière le comptoir : commandes mélangées, inventaires manuels, clients qui attendent… Cette frustration, je l’ai transformée en motivation », explique la fondatrice.
Avec Nudupe, elle propose une solution numérique qui fluidifie toute la chaîne : prises de commandes digitalisées via smartphone, transmission instantanée en cuisine, suivi des ventes en temps réel et menus ajustables en un clic.
Côté producteurs, la plateforme crée un pont numérique entre les fermes et les fourneaux, garantissant un débouché direct et sécurisé.
Le nom choisi n’est pas anodin : Nudupe signifie en mina « l’emplacement où l’on vient se restaurer ». Une appellation pleine de sens pour une initiative qui se veut désormais bien plus qu’une application : un véritable écosystème numérique au service de l’alimentation.
Réduire l’incertitude grâce à la visibilité
Les défis du secteur restent immenses : « Le plus grand défi, c’est le manque de contrôle total. Les restaurateurs naviguent presque à l’aveugle, sans savoir quel plat est rentable ou combien de poulet reste en stock. Les producteurs, eux, peinent à trouver des débouchés fiables », note Edourda Adadé.
Pour répondre à ces enjeux, Nudupe met à disposition un tableau de bord clair permettant aux restaurateurs de piloter leurs décisions, tout en offrant aux producteurs un canal fiable pour planifier leurs ventes. Autrement dit, transformer l’incertitude en opportunité.
La Nudupe Academy : former pour mieux innover
Mais la technologie, aussi innovante soit-elle, ne suffit pas. Encore faut-il savoir l’utiliser. C’est dans ce sens que la startup a lancé Nudupe Academy, un programme de formation destiné aux restaurateurs.
« La formation, c’est la différence entre avoir un outil et savoir l’utiliser. Nous ne donnons pas une voiture de course à quelqu’un qui n’a jamais conduit. Avec Nudupe Academy, nous apprenons aux restaurateurs à adopter la solution avec confiance et à lever la peur de l’écran », insiste la fondatrice.
Cette démarche pédagogique vise à faire du numérique une extension du savoir-faire traditionnel, et non une contrainte.
De Lomé à l’Afrique de l’Ouest : une ambition continentale
À la veille de son lancement auprès de ses premiers clients pilotes, Nudupe nourrit de grandes ambitions. La startup veut mesurer des indicateurs précis comme le temps de service réduit, la satisfaction client ou l’adoption active par les restaurants.
Et les perspectives sont claires : après Lomé, cap sur d’autres villes du Togo, puis un déploiement progressif dans toute l’Afrique de l’Ouest.
« Nous croyons au potentiel du marché ouest-africain pour transformer l’industrie agroalimentaire », affirme Edourda Adadé.
En quelques mois seulement, Nudupe s’impose comme un catalyseur d’innovation et d’efficacité, au service d’une alimentation plus performante, inclusive et durable.
[Cliquez sur l’image pour écouter les explications d’Edourda Adade ]