Accra s'attaque à la pratique du "sexe contre un emploi"
7 mai 2026
John Mahama veut criminaliser ce que l'on appelle au Ghana le "sex for jobs”, autrement dit, du "sexe contre un emploi”. Il s'agit d'une pratique largement répandue qui consiste à avoir une relation sexuelle pour obtenir un emploi.
Le problème a été abordé lors d'une réunion publique à Koforidua, le 1er mai, lorsqu'une étudiante a dénoncé les inégalités entre les femmes et les hommes dans le monde du travail.
"L'une des pires choses, et je pense que nous devrions adopter une loi pour rendre cela punissable, c'est qu'il arrive que lorsqu'un employeur, ou la personne responsable d'une offre d'emploi est un homme, ce dernier exige une relation sexuelle avant de leur (aux femmes) donner cet emploi”, a alors fustigé John Mahama. "C'est inacceptable. Il faut que cela cesse.”
La signification ne réside pas seulement dans la rhétorique, mais aussi dans la réponse juridique proposée. Le Ghana interdit déjà le harcèlement sexuel, en vertu de sa loi sur le travail et du code pénal, et dispose plus largement d'une loi sur les violences domestiques.
Cependant, ces lois ont tendance à répondre aux agressions qui se produisent après l'embauche et non pas avant.
Pourquoi la pratique du "sexe contre un emploi” persiste
Au Ghana, le chômage des jeunes reste élevé, la concurrence pour les emplois, notamment dans le secteur public, est féroce, et les processus de recrutement sont souvent opaques. Dans ce contexte, notent les activistes, les employeurs exercent un pouvoir énorme sur les candidats, en particulier sur les jeunes femmes.
"Je suis très heureuse que le président ait pris cette position”, affirme Victoria Bright, avocate et ancienne conseillère juridique de John Kufuor, ancien président du Ghana. "C'est un comportement d'exploitation, c'est inacceptable.”
Les organisations de la société civile soulignent que souvent, les victimes se taisent par peur d'être stigmatisées et jugées. Dans le même temps, les institutions manquent de mécanismes de signalement clairs. En conséquence, les abus sont certes discutés de manière informelle, mais donnent rarement lieu à des poursuites, renforçant ainsi un sentiment d'impunité.
"Quand une personne en position d'autorité conditionne l'emploi au sexe, je pense que c'est une forme de corruption, et nous ne pouvons pas tolérer cela dans une société civilisée”, rappelle Victoria Bright.
Pour Nii Kwartei Glover, député et ancien vice-ministre des Transports, "l'influence du patriarcat a contribué” à la diffusion de cette pratique.
Quelle loi dévouée pourrait changer
Une loi criminalisant spécifiquement le "sexe contre un emploi” offrirait une définition juridique précise de l'infraction, la distinguant du harcèlement ou de la corruption. Elle imposerait également des sanctions pénales explicites, élevant cette pratique de faute à un abus de pouvoir passible de poursuites.
Pour Victoria Bright, lorsqu'un comportement est clairement défini et sanctionné, les institutions sont davantage susceptibles de mettre en place des mécanismes internes pour les proscrire. Dans le même temps, les victimes bénéficient d'une base plus solide pour aller porter plainte.
Selon l'avocate, tout résidera dans l'application de la loi, tant le recrutement reste discrétionnaire et majoritairement dominé par les hommes. "Au final, je suppose que le test sera de savoir comment la loi est réellement structurée, car, au Ghana, nous avons beaucoup de belles lois, mais c'est à l'étape de l'application que tout s'effondre”, a-t-elle confié à la télévision ghanéenne My Joy.
John Mahama a présenté la proposition de loi comme faisant partie d'une initiative plus large, qui a notamment pour objectif ambitieux d'atteindre la parité dans les postes de la fonction publique.
Mais si le Ghana dispose de lois solides sur le papier, les taux de poursuites pour des infractions basées sur le genre restent faibles. En l'absence de normes sur les preuves à fournir, de protection pour les lanceurs d'alerte et de canaux de signalement confidentiels, les militantes pour les droits des femmes craignent que la démarche reste surtout symbolique.