10 ans après le début de la crise à Buea, au Cameroun
26 janvier 2026
Dix ans après le début de la crise anglophone au Cameroun, les déplacements forcés, les violences sexuelles et les traumatismes durables ruinent encore la vie des populations touchées.
À Buea, des femmes déplacées internes témoignent d'un conflit qui, malgré les années, reste irrésolu.
Dix ans de peur
"J'étais en classe de cinquième année quand la crise est venue et a tout interrompu.”
Dix années de violences, de peur et de déplacements forcés : c'est ce qu'a connu, jusqu'ici, Hermine, une déplacée internec, âgée de 26 ans.
Selon les organisations humanitaires, plus de 638 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs villages à cause de la crise qui secoue les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
À Buea, capitale régionale du Sud-Ouest, de nombreuses familles vivent aujourd'hui dans des conditions précaires. Parmi elles, Hermin :
"Nous vivions à Bafia-Muyoka avant la crise. Des hommes armés sont arrivés. On a fui jusqu'à Sampit… C'était terrible. Je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit, seulement fuir.”
Malgré les initiatives de dialogue et les appels répétés à la paix, le conflit reste actif et continue de peser lourdement sur les populations civiles.
"J'étais seule, ils m'ont violée"
Assise devant un logement précaire, Favor Joyce, une jeune femme d'une vingtaine d'années, malvoyante, raconte d'une voix basse ce qui s'est passé, il y a neuf ans, alors qu'elle vivait encore à Ekona, dans le Sud-Ouest.
"Je crois que je suis en vie grâce à Dieu. Ils sont venus m'attaquer à la maison. Je ne sais pas si c'étaient des civils ou des militaires. Ils m'ont violée, puis ont tenté de me tuer. C'était dans la nuit. J'ai dû crier, car j'étais seule, complètement seule à la maison. Je crois que c'est Dieu qui m'a sauvée.”
Sa mère et sa sœur n’ont pas eu cette chance : elles ont été tuées par des hommes armés.
Comme Favor Joyce, de nombreuses femmes ont été violées, ont perdu un époux, un frère ou un enfant. Certaines portent aussi des blessures invisibles. Violences sexuelles, traumatismes psychologiques, stigmatisation : les conséquences humaines de la crise sont profondes et durables.
"J'ai eu très mal… Cela m'affecte. Je ne peux pas faire certaines choses parce que j'ai peur de marcher. Même pendant la journée, je ne peux pas aller à certains endroits, par peur… Peur de l'inconnu”, témoigne encore Favor Joyce.
Depuis le début de la crise en 2016, les femmes et les enfants paient le plus lourd tribut.
Dix ans après, l'espoir d'un règlement durable reste fragile. Les initiatives de paix se sont succédé, notamment le Grand dialogue national, en 2019, sans parvenir à mettre un terme définitif aux violences.
Dix ans après, ces témoignages résonnent comme une urgence pour un retour à la paix.