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PolitiqueMoyen-Orient

Pourquoi l’Iran ne veut actuellement pas négocier

Kersten Knipp | Reliou Koubakin
23 mars 2026

Malgré la pression militaire exercée par Washington, Téhéran maintient sa ligne de confrontation. Les experts ne voient actuellement guère de possibilités de négociations.

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Un avion de guerre électronique EA-18G Growler de la Marine américaine, reçoit l'ordre du chef de vol de se mettre en position de décollage sur le pont d'envol du porte-avions Abraham Lincoln, lors de l'opération Epic Fury, le 7 mars 2026, depuis un lieu tenu secret
Depuis le début de la guerre, les Etats-Unis ont mis l’accent sur l’option militaire Image : U.S. Navy/ZUMA/IMAGO

Donald Trump a prolongé lundi (23.03.26) le délai accordé à l'Iran pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Il a précisé que les Etats-Unis suspendraient leurs frappes contre des centrales électriques pendant cinq jours. Le président américain a déclaré que les Etats-Unis et l'Iran avaient eu des "discussions très fructueuses" susceptibles de déboucher sur "une résolution complète et totale" du conflit. Les pourparlers se poursuivront "tout au long de la semaine", a indiqué Donald Trump. Celui-ci avait menacé samedi (21.03.26) soir de frapper les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pasle détroit d’Ormuz dans un délai de 48 heures. Face à cet ultimatum, l’Iran avait menacé de fermer entièrement le détroit.  

Dans de nombreux pays du Golfe, des installations énergétiques, des infrastructures civiles et des installations militaires sont prises pour cible. Dans le même temps, le président américain Donald Trump déclare que l'Iran est vaincu sur le plan militaire. La réalité sur le terrain est tout autre. 

Sur le plan politique également, la pression sur Washington s'intensifie. La hausse des prix de l'énergie alimente l'inflation et l'incertitude dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis. Pourtant, le gouvernement américain continue de miser sur la pression militaire. Des pourparlers avec Téhéran ne sont actuellement pas à l'ordre du jour. Mais même si Washington y était disposé, l'Iran ne devrait guère y trouver d'intérêt.  

"L'Iran ne manifestera officiellement aucun intérêt pour des pourparlers dans les jours à venir", prédit sur la DW Stefan Lukas, spécialiste du Proche-Orient et directeur du groupe de réflexion Middle East Minds, basé à Berlin.

Le président Donald Trump prend la parole avant de signer le "Genius Act", qui vise à mettre en place un cadre réglementaire pour les cryptomonnaies de type stablecoins et à renforcer la surveillance du secteur, à la Maison Blanche à Washington, aux États-Unis, le 18 juillet 2025
Le président américain Donald Trump a déclaré ne pas avoir l'intention d'attaquer des installations énergétiques iraniennes au cours des cinq prochains joursImage : Nathan Howard/REUTERS

Du point de vue de Téhéran, les dégâts causés par les Etats-Unis seraient trop importants, selon l’expert. De plus, les dirigeants iraniens ont compris que des attaques peuvent survenir même en pleine négociation. Il y a un peu plus de trois semaines, les Etats-Unis et Israël ont été les premiers à frapper des cibles en Iran alors que les pourparlers étaient toujours en cours. Néanmoins, Stefan Lukas n'exclut pas la possibilité que des contacts se poursuivent en coulisses, peut-être par l'intermédiaire d'Oman ou de l'Irak. "Cependant, il n'y aura pas de changements significatifs au niveau diplomatique pour le moment", a-t-il déclaré à la DW.  

Marcus Schneider, responsable du projet régional de la Fondation Friedrich Ebert pour la paix et la sécurité au Moyen-Orient à Beyrouth, estime, lui, aussi que les chances de négociations sont faibles actuellement. "Je suis très sceptique", a-t-il avoué à la DW. Les assassinats ciblés de personnalités clés auraient, poursuit-il, entraîné la disparition de contacts importants. Parallèlement, les successeurs potentiels seraient eux-mêmes menacés. "Ceux qui accèdent au pouvoir sont considérés comme beaucoup moins enclins au compromis." 

La résilience du régime sous-estimée 

Du point de vue iranien, il apparaît que ce sont précisément ceux qui négocient qui seraient les plus exposés. "Cette stratégie de décapitation se retourne aujourd’hui contre ses auteurs", explique Marcus Schneider. L’hypothèse selon laquelle l’élimination des dirigeants permettrait de provoquer un changement rapide de régime s’est avérée erronée.

"Pour le régime iranien, le simple fait de survivre à un conflit armé avec les Etats-Unis constitue déjà une victoire", peut-on lire dans une analyse du groupe de réflexion américain Middle East Institute. Cette analyse corrobore l'impression que Téhéran mise actuellement moins sur des avancées militaires que sur des retombées politiques et stratégiques. 

Détroit d'Ormuz, golfe Persique, Iran : un bateau des gardiens de la révolution islamique (CGRI) participe à un exercice militaire au large de la côte sud de l'Iran (04.12.25)
Environ un quart du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde transite quotidiennement par le détroit d’Ormuz Image : Sepahnews/ZUMAPRESS/picture alliance

Stefan Lukas souligne également la stabilité structurelle du système. "Le régime a toujours été une boîte noire", fait-il remarquer. Mais il est désormais clair, selon le chercheur, que sa résilience a été sous-estimée. Malgré les attaques, le pouvoir iranien semble aujourd’hui plus solide qu’affaibli. Parallèlement, il aurait gagné en légitimité sur la scène internationale, tandis que sa stratégie consistant à exercer une pression économique sur les marchés de l’énergie semble porter ses fruits. 

Quels sont les termes de négociations éventuels ? 

Marcus Schneider interroge : "mais de quoi devrait-on parler ?" Les Etats-Unis auraient déclaré que leur objectif était un changement de régime ainsi que la destruction totale des principaux programmes militaires. Dans le même temps, la guerre serait déjà présentée comme gagnée. "Que reste-t-il donc à mettre sur la table des négociations ?"

Bien que les Etats-Unis disposent actuellement d'un avantage militaire, selon une analyse du Washington Institute, "ils sont néanmoins confrontés à un risque d'échec stratégique en l'absence de soutien politique intérieur et d'un abandon de leurs objectifs maximalistes". Cela laisse également entendre que la pression militaire à elle seule a peu de chances de suffire à imposer une solution diplomatique.

Stefan Lukas estime également qu'un nouvel accord est actuellement exclu. Tant que Washington et Jérusalem visent clairement un changement de régime, même des concessions limitées n'auraient que peu d'effet. "Des mesures mineures comme l'allègement des sanctions ne changeraient rien à cela", anticipe-t-il.

Des drones de combat iraniens lors d'un défilé militaire
L'Iran s’appuie sur des drones et des missiles pour frapper les pays du Golfe et Israël Image : Vahid Salemi/AP Photo/picture alliance

Par ailleurs, un dilemme stratégique se pose du côté américain. Selon Marcus Schneider, Washington a sous-estimé les coûts à long terme de la guerre. La hausse des prix de l'énergie, les risques d'escalade du conflit et le risque d'un engagement militaire prolongé pourraient considérablement restreindre sa marge de manœuvre. "La guerre rapide et peu coûteuse que l'on espérait ne s'est pas concrétisée." 

Deux scénarios possibles 

Stefan Lukas entrevoit deux scénarios possibles : une escalade accrue avec un élargissement régional, ou un retrait brutal où Washington proclamerait sa "victoire" et se concentrerait sur d’autres enjeux. Ces deux options sont politiquement risquées, notamment vis-à-vis des alliés des Etats-Unis dans la région.

Stefan Lukas et Marcus Schneider estiment improbable la tenue de négociations à court terme. La méfiance est trop forte, les concessions potentielles trop floues et les objectifs stratégiques trop divergents. Tant que la situation perdurera, la guerre continuerait vraisemblablement de se décider sur le champ de bataille, et non à la table des négociations.