Londres menace des pays africains de restrictions de visas
18 novembre 2025
Le gouvernement britannique menace de restreindre l'octroi de visas à la RDC, à l'Angola et la Namibie. Londres accuse ces trois pays africains de ne pas coopérer suffisamment pour réadmettre leurs ressortissants en situation irrégulière.
Ils ont "un mois" pour améliorer les choses, a prévenu lundi (17.11.25) le gouvernement, évoquant des "milliers" de personnes actuellement dans cette situation.
"Lorsque l’obstacle à un retour ne vient ni de l’individu ni du gouvernement britannique, mais du pays de destination, nous agirons. Je peux annoncer aujourd’hui que nous avons informé l’Angola, la République démocratique du Congo et la Namibie que, s’ils ne respectent pas les règles et normes internationales, nous leur imposerons des sanctions en matière de visas. Et j’adresse ici un message plus large : à moins que d’autres pays tirent la leçon, d’autres sanctions suivront", explique Shabana Mahmood, la ministre britannique de l’Intérieur.
Mais selon les recherches du quotidien de centre-gauche britannique The Independent "les trois pays identifiés par le gouvernement britannique comme risquant une interdiction de visas représentaient une part infime des visas délivrés jusqu’à juin dernier". Selon le journal qui s’appuie sur des chiffres du ministère britannique de l’Intérieur, les Congolais ont obtenu 299 visas durant cette période (0,04 % du total), contre 273 pour les Angolais (0,03 %) et 140 pour les Namibiens (0,02 %). Ces trois pays ne figureraient pas d’ailleurs dans la liste des nations dont les ressortissants sont en situation irrégulière. Il s’agirait plutôt du Soudan, de l’Erythrée, de la Syrie, de l’Afghanistan et de l'Iran.
Durcissement de la politique migratoire
Cette menace de restrictions de visas a été annoncée lundi (17.12.25), jour de présentation par le gouvernement travailliste d’une réforme visant à durcir sa politique d’asile.
Concrètement, le statut de réfugié va devenir temporaire. Leur situation sera réexaminée tous les 30 mois. Ceux qui ont fui la menace d'un régime pourront être renvoyés dans leur pays d'origine en cas de changement politique. Les réfugiés devront attendre 20 ans pour demander un titre de résidence permanente. Le délai était de cinq ans jusqu’ici. Le gouvernement travailliste prévoit aussi de supprimer le soutien financier automatique de l'Etat aux demandeurs d'asile. Actuellement, il leur verse une allocation hebdomadaire et leur fournit un hébergement, mais le recours - coûteux - à des hôtels pour loger les demandeurs d'asile est très critiqué. Londres veut aussi modifier l'application au Royaume-Uni de la Convention européenne des droits de l'homme pour faciliter les expulsions.
"Si nous nous ne parvenons pas à gérer cette crise, nous entraînerons davantage de personnes sur un chemin qui commence par la colère et mène à la haine", a déclaré la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood devant le Parlement, fustigeant un système "hors de contrôle et injuste".
Selon Nick Beales qui travaille pour une ONG qui défend les réfugiés en Grande-Bretagne, "personne ne s'aventure dans l'eau si elle n'est pas plus sûre que la terre ferme. Si le gouvernement souhaite empêcher les gens d'entreprendre des voyages dangereux, il doit créer des itinéraires sûrs".
"Il existe de nombreuses solutions, comme la mise en place d'un visa de réfugié pouvant être demandé depuis l'étranger ou l'élargissement des programmes de regroupement familial afin de faciliter l'obtention de visas pour les réfugiés et leurs familles et leur permettre de voyager en toute sécurité au Royaume-Uni."
Le parti anti-immigration salue la réforme
A l'instar d'autres élus travaillistes, le député Tony Vaughan a déploré une rhétorique encourageant une "culture de la division", tandis que l'association Refugee Council a qualifié ces mesures de "dures" et "inutiles".
Le secrétaire d'Etat Alex Norris a rejeté toute "considération de politique" politicienne, alors que certains accusent le parti au pouvoir, à la peine dans les sondages, de vouloir chasser sur les terres du parti anti-immigration Reform UK, largement en tête des intentions de vote. Son leader Nigel Farage s'est félicité de ces annonces, affirmant que la ministre Shabana Mahmood parlait comme "une sympathisante de Reform".
Kemi Badenoch, cheffe de l'opposition conservatrice, a, elle, estimé devant le Parlement que "ce n'est pas encore assez, mais qu'il s'agit d'un début" pour lutter contre l'immigration irrégulière.
La ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood espère que ces mesures décourageront les arrivées par la Manche. Depuis le 1er janvier, 39.292 personnes sont arrivées à bord de petites embarcations, soit plus qu'en 2024, et la quasi-totalité demandent l'asile dans la foulée.
Les demandes d'asile ont augmenté de 18% en 2024, alors qu'elles baissaient de 13% dans l'ensemble de l'Union européenne sur la même période, selon les chiffres du gouvernement. Plus de 400.000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre 150.000 sur la période 2011-2015.