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RDC : trop d’églises, l’État durcit le ton

Emmanuel Kuzamba
15 mai 2026

La multiplication des églises inquiète les autorités. 19 000 églises sont officiellement reconnues, tandis que plus de 30 000 demandes d’enregistrement restent en attente.

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La prolifération des églises est une réalité en RDC et dans d'autres pays du continent
La prolifération des églises est une réalité en RDC et dans d'autres pays du continentImage : Philippe Lissac/Godong/picture alliance

Lors de son audition devant le Sénat, le 5 mai dernier, le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa, a dressé un bilan de la prolifération des associations confessionnelles dans le pays. 

Si l'État garantit la liberté de culte, le ministre a fermement rappelé que des fermetures et des sanctions administratives directes seront appliquées à Kinshasa contre toute église qui causera des troubles avérés à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.  

Dans chaque avenue, ou presque, de la ville de Kinshasa, les églises font partie du quotidien. Les noms sont souvent pleins de créativité, comme “Ministère de la délivrance”, “Centre prophétique” ou encore “Cité de réveil”.  

"Ce qui inquiète c'est qu’il n’y a plus d’ordre dans le secteur" (reportage audio)

Manque d'encadrement

Mais, face à cette prolifération, certains responsables religieux dénoncent un manque d’encadrement. Pour Tete Nkwese, évangéliste, la situation devient inquiétante. 

"Ce qui inquiète est qu’il n’y a plus d’ordre dans le secteur. Nous, Église, ne pourrons pas gérer les petites églises parce que leurs dirigeants n’ont même pas de père spirituel. Si vous leur reprochez quelque chose, ils disent qu’ils ont reçu l’appel de Dieu."

Dans certains quartiers de Kinshasa, les haut-parleurs, les chants, les prières et les veillées rythment les journées des habitants. Les nuisances sonores figurent parmi les plaintes les plus fréquentes des riverains, dont fait partie Ornella Kitemoko. 

"Il n’y a pas de mal à avoir des Églises, mais il faut que les choses soient bel et bien en ordre. Il faut que les sonorisations soient à huis clos parce qu’il y a des voisins qui sont dérangés par les bruits. Il y a des cultes matinaux, des nuits de prière. On doit les faire d’une manière un peu modérée pour ne pas déranger les autres."

Un succès lié à la précarités des fidèles

Le pasteur Diderot Mbenza reconnaît que certaines pratiques doivent changer."Nous mettons aussi de la musique dans notre église, mais nous réduisons le son pour ne pas déranger les voisins. Nous sommes proches d’une école. Lorsque les élèves sont en classe, nous baissons le volume. Ce qui n’est pas bon, c’est lorsque quatre ou cinq églises mettent simultanément un volume très élevé et dérangent tout le voisinage."

Les églises font-elles trop de bruit ?

Professeur et sociologue à l’Université de Kinshasa, David Lubo pointe la précarité sociale comme l’une des causes de cette prolifération. 

"Les enseignements que les gens aiment entendre, ce ne sont pas les enseignements sur la repentance, la conversion, mais plutôt des enseignements sur la prospérité, sur les bénédictions, sur les biens matériels. C’est pour des raisons économiques que notre discours, nos rencontres, nos conduites sont fabriquées à partir des besoins matériels."

La décision de suspendre la délivrance de nouveaux permis de culte, décidée en septembre 2025, a été confirmée devant les sénateurs par le ministre de la Justice. Parallèlement, une cellule chargée de recevoir les plaintes des citoyens et des responsables religieux devrait bientôt voir le jour.