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Le monument de l’Holodomor à Kiev (février 2022)
A travers le monument de l’Holodomor à Kiev (en image), les Ukrainiens se souviennent de l’extermination de millions d’entre eux dans les années 30Image : Bryan Smith/ZUMA Press/picture alliance

L’Allemagne qualifie l’Holodomor ukrainien de génocide

30 novembre 2022

Le parlement allemand a adopté mercredi une résolution qualifiant de "génocide" l’extermination par la faim de millions d’Ukrainiens par l’ex-URSS.

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Le parlement allemand a voté la résolution à une écrasante majorité. Seuls les partis d’opposition Die Linke et le parti d’extrême-droite AfD se sont abstenus. Le Bundestag qualifie l'Holodomor de génoncide et a aussi condamné cette extermination des Ukrainiens par la faim. La résolution a été votée en présence de l’ambassadeur ukrainien en Allemagne et son prédécesseur et actuel vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrij Melnyk.

La résolution demande par ailleurs au gouvernement fédéral de contribuer à la diffusion des connaissances sur l'Holodomor et à la commémoration de ses victimes. Les défenseurs des droits de l'homme, les organisations humanitaires et les représentants des églises avaient récemment mis en garde contre une nouvelle famine catastrophique en Ukraine.

Le 26 novembre dernier marquait le 90e anniversaire de cette famine provoquée par l’Union soviétique. 90 ans après, l'Allemagne qualifie donc l’Holodomor de génocide.

 Unanimité au-delà de la coalition au pouvoir

Une motion commune avait été signée par la coalition au pouvoir et le parti conservateur d’opposition CDU/CSU. Le projet avait condamné une famine et une répression qui a touché toute l’Ukraine, "et pas seulement ses régions productrices de céréales". Selon Robin Wagener, l’un des initiateurs du texte, considérer l’Holodomor comme un génocide est un avertissement lancé à Moscou. Pour ce député écologiste de la coalition au pouvoir, l’action actuelle de la Russie en Ukraine pourrait conduire à une nouvelle famine.

La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock et son homologue ukrainien Dmytro Kuleba rendent hommage aux victimes de l’Holodomor (février 2022)
La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a, par la voix de son porte-parole, déclaré soutenir la résolution qualifiant de "génocide" l’Holodomor Image : Efrem Lukatsky/AP/picture alliance

Cette famine s'inscrit "dans la liste des crimes inhumains commis par des systèmes totalitaires qui ont fait disparaître des millions de vies humaines en Europe, notamment dans la première moitié du XXe siècle", affirme le projet de résolution.  

Résistance ukrainienne

La résistance ukrainienne actuelle vis-à-vis de la Russie s’organisait déjà dans les années 1930. L’ex-Union soviétique entendait alors briser le mouvement de résistance nationale mené par le peuple ukrainien.  

Moscou a à cette époque provoqué la “grande famine” en Ukraine en 1932-1933 : l’Holodomor. Le but était de forcer les paysans ukrainiens à travailler dans les kolkhozes, ces exploitations agricoles collectives dansl’ex-URSS.  

Le président ukrainien et son épouse lors d’une cérémonie en hommage aux victimes de l’Holodomor en novembre 2020
L’Ukraine du président Volodymyr Zelenski demande que l’Holodomor soit considéré comme un génocide Image : Ukranian Presidency/Handout/AA/picture alliance

Selon une étude démographique parue il y a quatre ans, 3,9 millions d’Ukrainiens ont ainsi perdu la vie. 3,6 millions étaient des paysans et ouvriers agricoles dans cette Ukraine déjà grenier à blé à l’époque.  

Depuis plusieurs années, l’Ukraine souhaite que l’Holodomor soit reconnu comme un génocide. Le pape François a utilisé le terme de génocide il y a une semaine.  Le même jour, le parlement roumain a voté un texte qualifiant l’Holodomor de "crime contre l’humanité". Le Sénat irlandais a pour sa part voté une résolution dénonçant un "génocide du peuple ukrainien".  

La Russie refuse la classification de génocide car la grande famine qui a sévi en Union soviétique au début des années 30 n'a pas seulement fait des victimes ukrainiennes, mais aussi parmi les populations russes, kazakhes ou allemandes de la Volga