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Coupure de courant suite à un sabotage à Berlin

Sandrine Blanchard | Marcel Fürstenau
6 janvier 2026

Un groupe d'extrême-gauche a revendiqué l'attaque sur une centrale électrique de Berlin qui prive des dizaines de milliers de Berlinois de courant depuis samedi.

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Berlin 2026 |Des rues sans électricité à Zehlendorf (photo du 4 janvier 2026)
Le quartier de Zehlendorf est plongé dans l'obscuritéImage : Omer Messinger/Getty Images

Une panne électrique de grande ampleur paralyse des quartiers du sud-ouest de Berlin. Plus de 27.000 foyers sont privés depuis plusieurs jours d'électricité, de chauffage et d'internet, alors que les températures pourraient descendre jusqu'à -11°C, la nuit, cette semaine, dans la capitale allemande. 

Quartier riche

Zehlendorf, l'une des zones principalement touchées par la coupure de courant, est un quartier huppé du sud-ouest de Berlin. Dans cette zone où des villas bordent des allées arborées, les habitants n'ont pas l'habitude que leur confort soit remis en cause. 

Or, la panne de samedi a privé de courant électrique "45 000 foyers et plus de 2 200 entreprises ", selon le quotidien berlinois Berliner Morgenpost qui annonce que le courant a été rétabli partiellement, grâce à la remise en route ce matin [06.01.2026] de la centrale de Wannsee. Mais " 27 200 foyers et 1 425 entreprises " n'ont toujours pas accès à l'électricité.

Les réparations devraient durer encore plusieurs jours avant de pouvoir assurer pour tous un retour à la normale.

L’héritage écologique du rideau de fer

Une motivation politique

Les raisons de la panne sont connues : une quinzaine de câbles électriques ont été sciemment coupés par un groupe d'extrême gauche. Le " groupe Volcan " (Vulkangruppe) a revendiqué l'attaque pour, dit-il, protester contre une économie basée sur les énergies fossiles.

La police et le Sénat, nom donné au gouvernement régional de Berlin, considèrent comme authentique la lettre de revendication reçue par les autorités. Sous le titre " Couper le courant aux dirigeants ", les auteurs se vantent d'avoir " saboté avec succès " la centrale à gaz du quartier de Lichterfelde.

Un groupe "Volcan" nébuleux

Les services du renseignement intérieur (Verfassungsschutz)surveillent depuis longtemps le " groupe Volcan ", mais, jusqu'à présent, ils n'ont pas réussi à identifier les structures et les membres de l'organisation. Apparemment, ses membres agissent de manière décentralisée, ce qui rend les enquêtes plus difficiles. Dans le dernier rapport des services secrets allemands, le groupe est classé comme " violent ".

Depuis 2011, le groupe a déjà opéré des actions de sabotage à Berlin et dans la région du Brandebourg environnante. Des incendies criminels visant des points névralgiques des infrastructures, avec des conséquences souvent palpables pour la population des zones touchées.

Construire sans polluer

Des usines Tesla ciblées par le passé

Le groupe s'en est pris aussi, par exemple, à plusieurs reprises, à des sites allemands du constructeur de voitures électriques Tesla (en 2021 contre une usine Tesla à Grünheide et en 2024 en détruisant un pylône à haute tension qui a bloqué la production).  

À l'époque, un groupe qui se nommait « Volcan » avait revendiqué ces actes. Le rapport des services de renseignement indique, dans un paragraphe détaillé sur les motifs des saboteurs, tels qu'interprétés par les autorités, que : " L'entreprise a été attaquée en tant que représentante d'un " système de domination " qualifié de totalitaire, en raison de ses progrès technologiques, de la destruction de la nature, ainsi que de l'exploitation d'êtres humains qui y sont associés ".

Incendie contre un institut Heinrich Hertz

Des instituts de recherche sont également dans le collimateur de ce groupe. En 2020, un " groupe Volcan " a revendiqué l'incendie criminel de l'Institut Heinrich Hertz à Berlin, parce que celui-ci avait participé au développement d'une application pour smartphone destinée à lutter contre la pandémie de coronavirus. 

Selon les services de renseignement berlinois, de tels actes de sabotage visent à révéler la vulnérabilité des infrastructures urbaines de mobilité et de communication, à perturber l'ordre public et à causer des dommages matériels considérables.

2026 | Kai Wegner, le maire de Berlin, sur les lieux où les câbles ont été brûlés (5 janvier 2026)
Kai Wegner, le maire de Berlin, s'est rendu sur les lieux où les câbles ont été brûlés Image : Britta Pedersen/dpa/picture alliance

Réaction du maire Kai Wegner

Sous le choc du récent attentat contre une centrale électrique à Berlin, le maire Kai Wegner a annoncé sur la chaîne de télévision ZDF son intention d'améliorer la sécurité du réseau électrique de la ville. 99 % des lignes sont déjà enterrées, mais l'édile compte bien protéger l'intégralité du réseau contre les attaques terroristes. Cela vaut également pour l'ensemble des infrastructures critiques, a souligné le chrétien-démocrate (CDU)

Ce que réclame la police

Le syndicat policier DPolG réclame un système de vidéosurveillance couvrant l'ensemble du territoire pour toutes les lignes aériennes, les transformateurs et les ponts de câbles. " Protéger les infrastructures critiques, c'est protéger la population. Et ceux qui négligent de le faire acceptent sciemment des dangers réels. Tous les grands chantiers bénéficient d'une protection vidéo. Il doit en être de même ici ", a ainsi déclaré Frank Teichert, vice-président régional du DPolG Berlin.

Berlin 2026 | Distribution de nourriture à des personnes frappées par la panne de courant électrique à la station Steglitz-Zehlendorf (le 5 janvier 2026)
Des citoyens bénévoles distribuent aussi de l'aide aux Berlinois concernés par la panneImage : Omer Messinger/AFP/Getty Images

La solidarité s'organise

En attendant, des actions sont lancées dans la capitale pour venir en aide aux personnes touchées par la panne électrique.

Le Land de Berlin s'engage à rembourser les frais d'hôtel à tous ceux qui ont dû quitter leur appartement faute de courant, de chauffage ou d'eau chaude.

Lundi [05.01.2026], la Bundeswehr (armée allemande) a commencé à aider les zones frappées par la panne : par le ravitaillement en carburant de générateurs de secours, notamment. La police, elle, a déployé 30 véhicules équipés de haut-parleurs pour informer la population. Elle a aussi renforcé sa présence afin de prévenir la criminalité.

Le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie (ouest) a fourni aux pompiers berlinois cinq générateurs électriques de secours qui ont pu être raccordés dans la nuit pour alimenter des " points névralgiques " comme les établissements de soin.

Enfin, les sinistrés auront peut-être aussi chaud - au moins au cœur - grâce à l'initiative du Musée d'Histoire naturelle de Berlin qui leur ouvre gratuitement ses portes, jusqu'à jeudi [08.01.2026] , pour leur permettre de passer quelques heures à l'abri du froid.