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Le Mali concède une trêve au Jnim pour rouvrir le corridor

23 mars 2026

Environ 200 présumés djihadistes ont été libérés dans une trêve visant à rétablir l’acheminement du carburant vers Bamako.

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Mali, Bamako, 2025 | De longues files d'attente à la station-service en raison d'une pénurie de carburant
L'accord conclu en milieu de semaine dernière entre le gouvernement et les djihadistes coïncide avec une nette amélioration dans la capitale malienne grâce à l'arrivée de convois de carburant.Image : AFP

Depuis septembre 2025, les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, ont adopté une stratégie offensive visant non plus seulement les postes militaires, mais les infrastructures vitales, notamment les convois de camions‑citernes. En s’en prenant aux routes d’approvisionnement, le groupe armé a réussi à paralyser l’économie de Bamako, provoquant des pénuries chroniques et mettant sous pression les autorités. Les militaires ont donc fini par négocier avec ces djihadistes.  

Des contacts discrets mais constants entre autorités et djihadistes

Selon Mamadou Mouth Bane, spécialiste des questions de sécurité et de géopolitique africaine, les contacts entre les deux camps n’ont, en réalité, jamais cessé. Les autorités sahéliennes savent vers qui se tourner lorsque la situation l’exige.

Mali, Bamako, 2025 | Vente de benzine en bidons dans la rue en raison d'une pénurie de carburant
Depuis 2012, le Mali, pays enclavé du Sahel, fait face à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI), ainsi que des indépendantistes et des groupes criminels communautaire.Image : AFP

Et la crise du carburant était devenue urgente, avec un risque réel d’embrasement social

"Un pays qui n'a pas de carburant, un pays qui n'a pas d'énergie, c'est un pays qui est à l'arrêt. Tout est à l'arrêt. L’industrie, l'armée n'a plus de carburant, l’économie ne marche plus. Même l'économie noire, l'économie parallèle, tout est à l'arrêt. Et ils ont compris que, à la limite, ça va pousser les populations à sortir, à faire des manifestations. Ils ont bien compris que la meilleure stratégie, c'est d'essayer de négocier avec eux", insiste Mamadou Mouth Bane. 

Cette capacité des djihadistes à asphyxier Bamako révèle aussi un rapport de force qui évolue. Au vu du comportement récent de la Russie envers certains de ses alliés, y compris l’Iran, le Mali, comme les autres pays de l’AES, peut raisonnablement craindre un désengagement de Moscou si le coût géopolitique ou militaire devenait trop élevé.  D’où, là encore, l’intérêt de négocier.   

La capitale Bamako touchée par une pénurie de carburant

"En observant tous ces phénomènes au niveau mondial, qui concernent leur principal allié qui est la Russie, ils savent qu'ils ont intérêt à repositionner leur stratégie, à revoir leur manière de gérer cette crise au sein de l’AES de manière générale. Le Mali est en position de faiblesse et la junte a quand même, il faut le dire, échoué lamentablement dans sa volonté de combattre les djihadistes", poursuit le spécialiste des questions de sécurité et de géopolitique africaine. 

La trêve actuelle ne court que jusqu’à la fête musulmane de la Tabaski qui aura lieu fin mai.

Pourquoi la Tabaski ? 

Plusieurs rapports montrent que les groupes djihadistes comme le Jnim utilisent le vol et le commerce de bétail comme une source majeure de financement. Prolonger la trêve jusqu’à la Tabaski pourrait donc aussi leur être profitable.

"Ils élèvent des bœufs, des moutons, ils gèrent des foras dans tout Bamako. Dans tout le Sahel. Moi, je les soupçonne de vouloir profiter de la Tabaski pour écouler le bétail et avoir des fonds peut être pour reprendre leurs activités, ou bien pour satisfaire d'autres besoins. Je pense que le régime malien et l’AES, de manière générale, a intérêt à être très vigilant", explique Mamadou Mouth Bane.  

Reste une question majeure : jusqu’à quand cette trêve tiendra‑t‑elle ? Alors que les djihadistes gardent la capacité de couper à nouveau les routes vitales pour l’économie malienne.