L′Otan ne veut rien lâcher sur les armes nucléaires | International | DW | 16.12.2020
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International

L'Otan ne veut rien lâcher sur les armes nucléaires

L'Otan réaffirme son opposition au traité sur l’interdiction des armes nucléaires qui entre en vigueur en janvier.

La Russie et les Etats-Unis détiennent à eux deux 90% des armes nucléaires dans le monde

La Russie et les Etats-Unis détiennent à eux deux 90% des armes nucléaires dans le monde

C'est une prise de position qui n'a rien de surprenante mais qui ne se veut on ne peut plus claire : "A l'approche de l'entrée en vigueur du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN), nous rappelons collectivement notre opposition à ce traité", écrit l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan),dans un communiqué ce 15 décembre.

Pour l'organisation qui compte 30 pays, dont l'Allemagne, les Etats-Unis et vingt autres membres de l'Union européenne, ce traité, qui doit entrer en vigueur en janvier, risque même de "fragiliser l'architecture mondiale de non-prolifération et de désarmement". Un avis bien différent de l'ONU et de 122 autres pays du monde, dont le Bénin, qui a ratifié le traité en ce mois de décembre.

Ce traité, c'est quoi ?

Le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires est né à la suite de la mobilisation de plusieurs ONG. La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) avait d'ailleurs reçu le prix Nobel de la paix en 2017 pour sa mobilisation.

Le TIAN interdit "l'utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d'utilisation des armes nucléaires" et se fixe comme objectif "l'élimination complète des armes nucléaires". Approuvé par 122 pays en 2017 aux Nations unies, il a depuis recueilli la signature de 50 Etats, nécessaire à son entrée en vigueur. La cinquantième est venue du Honduras, en octobre. Mais les pays possédant l'arme atomique refusent de le signer.

Pourquoi des pays refusent de signer ?

Les Etats dotés d'armes nucléaires mettent en avant l'argument de la "dissuasion". Le fait que certains pays possèdent l'arme devrait décourager d'autres d'entreprendre des actions néfastes. En plus clair : le fait de monter ses forces doit éviter que d'autres ne passent à l'action. C'est l'argument de l'Otan encore aujourd'hui. "L'objectif fondamental de la capacité nucléaire de l'Otan est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression", écrit l'organisation.

Dans le monde, neuf pays possèdent des armes nucléaires : les Etats-Unis, la Russie - ces deux pays sont les plus importants en termes de quantité d'armes - la France, le Royaume-Uni, la Chine, l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord.

La guerre n'est pas une solution - Depuis des années associations et ONG demandent l'élimination totale des armes nucléaires

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L'Otan continue de mettre en avant le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le texte, entré en vigueur en 1970, impose aux pays qui possèdent l'aide nucléaire de "ne pas aider, encourager ou inciter un Etat non doté d'armes nucléaires, à en fabriquer ou à en acquérir". Les Etats signataires non dotés d'armes nucléaires, eux, renoncent à s'en doter.

Lire aussi → Le traité nucléaire INF, un héritage de la guerre froide

Enfin, et c'est un argument de poids pour l'Otan, les pays ayant adhéré au traité s'engagent "à cheminer vers un désarmement nucléaire général et complet." Un désarmement impossible pour l'autant aujourd'hui, puisque, selon l'organisation militaire, "l'environnement de sécurité international, de plus en plus complexe, va à l'encontre de l'architecture actuelle de non-prolifération et de désarmement."

Que va changer l'entrée en vigueur du traité en janvier ?

Pour l'heure, ce traité ne devrait pas changer radicalement les choses puisque les Etats dotés d'armes nucléaires n'ont pas signé le texte, qui est non contraignant. Mais "l'entrée en vigueur du traité est l'aboutissement d'un mouvement mondial visant à attirer l'attention sur les conséquences humanitaires catastrophiques de toute utilisation d'armes nucléaires", assure le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

Comme les ONG et associations anti-armes nucléaires, il espère ainsi que ce traité sera un moyen de pression supplémentaire et que in fine, les pays qui y sont opposés aujourd'hui changeront de stratégie.

La position de l'Otan montre que cela n'est pour l'heure pas à l'ordre du jour. Mais ces dernières années, d'anciens responsables politiques ont demandé d'accélérer la dénucléarisation.

En septembre dernier, relayés par la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, 56 anciens premiers ministres, présidents, ministres des Affaires étrangères et ministres de la Défense de 20 pays de l'Otan, plus le Japon et la Corée du Sud, avaient publié une lettre ouverte implorant leurs dirigeants actuels de rejoindre le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires. Parmi eux : Joschka Fischer, vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères d'Allemagne de 1998 à 2005, et Rudolf Scharping, ministre fédéral de la Défense en Allemagne également, entre 1998 et 2002.