Les raisons de la crise alimentaire au Tchad | Afrique | DW | 03.06.2022
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Afrique

Les raisons de la crise alimentaire au Tchad

Après le décret d'urgence alimentaire, l'Association de défense des droits des consommateurs au Tchad déplore le manque d'anticipation du gouvernement.

Marché à N'Djamena

Les prix sur les marchés ont parfois augmenté de plus de 30 %, voire 40 %

Le Tchad a déclaré, jeudi 2 juin, "l'urgence alimentaire" pour faire face à un détérioration constante de la situation sur ce point. Un décret, signé par le président de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno, fait état d'un risque grandissant pour la population si aucune assistance humanitaire comprenant une aide alimentaire n'est apportée. Selon les Nations unies, en 2021, 5,5 millions de Tchadiens, soit plus du tiers de la population, avaient besoin d'une aide humanitaire d'urgence. Une situation qui s'est aggravée en raison de la guerre en Ukraine et le blocus sur les céréales.

Témoignage →  Ils doivent manger moins face à la hausse des prix

Sur la DW, Daouda El Hadj Adam, secrétaire général de l'Association de défense des droits des consommateurs au Tchad, juge lui aussi la situation très inquiétante et appelle à l'action. "C'est une situation qui était prévisible parce que la production agricole de l'année dernière était extrêmement déficitaire et nous pensons que le gouvernement aurait pu même prendre cette décision très tôt et prendre des mesures conséquentes", insiste-t-il. "Donc, au-delà de l'appui à l'aide alimentaire, il faut qu'il y ait plus d'action".

Daouda El Hadj Adam sur la DW 

DW : Selon vous, la guerre en Ukraine n'est venue qu'aggraver une situation qui existait déjà ?

Oui, bien évidemment, c'est le cumul. Déjà, nous avons une production agricole qui est déficitaire d'année en année à cause des changements climatiques, mais aussi à cause des échecs des politiques agricoles dans notre pays. Les instances en charge d'accompagner l'agriculture ne fonctionnent pas, ne disposent pas des moyens, n'ont pas de ressources. Les budgets sont votés, mais les instances comme l'Agence nationale d'appui au développement rural (ANADER) ou l'Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD), qui s'occupent de la recherche, n'ont pas les moyens de travailler correctement. Ce cumul, avec les changements climatiques et la mauvaise saison, a fait que la situation s'est aggravée.

"La situation était prévisible" - Daouda El Hadj Adam

DW : Aujourd'hui, le gouvernement dit que sans aide alimentaire, certaines populations ne peuvent pas survivre. Est-ce que aujourd'hui, le Tchad a les moyens de cette politique, c'est à dire venir en aide à tout le monde pour que tout le monde ait à manger ?

C'est une obligation, je pense. Donc c'est, pour nous, l'urgence. Dès le départ il faut agir, très tôt, avant même la crise de l'Ukraine. L'Etat doit trouver les moyens, commencer à lancer les appels ou mobiliser les ressources internes pour agir.

DW : Et comment la situation se manifeste dans certaines familles ?

Aujourd'hui, les gens ont du mal à joindre les deux bouts ou à manger, même une seule fois. Quand vous vous promenez dans les villes, vous voyez trop de mendiants, des gens qui sont là à quémander. Et concernant ceux qui travaillent : le pouvoir d'achat est affecté parce qu'ils doivent s'occuper encore davantage des autres personnes. Les prix sur les marchés ont grimpé de plus de 30 %, 40 %. On s'interroge même si, dans deux mois, nous aurons de la disponibilité du maïs que les Tchadiens consomment beaucoup, ou bien d'autres produits comme le sorgho.