1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Le bilan d'un an de coalition CDU/CSU et SPD en Allemagne

5 mai 2026

Un an après ses débuts, la grande coalition avance péniblement et fait face notamment aux défis de politique étrangère.

https://p.dw.com/p/5DGv3
Allemagne, Berlin | Les dirigeants de la CDU, de la CSU et du SPD annoncent un accord de coalition, le 9 avril 2025
Arrivée en mai 2025, la coalition entre l'union CDU/CSU de Friedrich Merz et le SPD s'avère fragile.Image : Fabrizio Bensch/REUTERS

Le chef du gouvernement Friedrich Merz donne-t-il actuellement de grandes interviews parce que l’anniversaire de son élection à la chancellerie approche – ou parce que la coalition qu’il dirige, composée de la CDU, de la CSU et du SPD, est en crise ? Probablement un peu des deux.

Il existe au sein de la CDU, mais aussi de la CSU, "un mécontentement croissant" face aux compromis conclus par la soi-disant grande coalition, a déclaré Friedrich Merz dimanche dans l’émission de l’ARD "Caren Miosga". Ses propres taux de satisfaction au sein de la population sont eux aussi au plus bas.

La crise est d'ailleurs déjà visible dès les débuts de cette chancellerie. Le 6 mai 2025, l’élection de Friedrich Merz au Bundestag est inédite. Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne, le candidat n’a pas obtenu la majorité absolue requise au premier tour. Pour le dixième chancelier allemand, un second tour a été nécessaire pour la première fois. Cela dit aussi quelque chose sur le fait que la soi-disant grande coalition n’est plus vraiment "grande" et qu’elle ne dispose que d’une courte majorité absolue en séance plénière.

Allemagne, Berlin, 2026 | Questions au gouvernement au Bundestag
L’impact concret des réformes sur le quotidien se fait encore attendre pour une partie importante de la population en AllemagneImage : Michael Kappeler/dpa/picture alliance

Pas "d’automne des réformes" à l’automne 2025

À l’été suivant son élection, Friedrich Merz avait annoncé que l’automne 2025 serait un "automne des réformes". Il devait s’agir de réorganisations ou de changements concernant des éléments essentiels de l’État-providence allemand : retraites, santé, soins, ainsi que la réduction de la bureaucratie. Or, rien de tout cela ne s’est concrétisé dans les mois qui ont suivi.

Seul a été rapidement adopté un "fonds spécial pour les infrastructures et la neutralité climatique" de 500 milliards d’euros, inédit en son genre, qui doit être utilisé jusqu’en 2045. Il doit par exemple servir à l’extension du réseau ferroviaire et à la résorption du retard en matière de construction de nouveaux ponts nécessaires. Car le béton de l’Allemagne s’effrite.

Dans le même temps, la coopération entre les deux membres du cabinet chargés des Finances, Lars Klingbeil (également vice-chancelier et président du SPD), et de l’Économie, Katherina Reiche (CDU), s’est transformée en une opposition permanente. L’élan de la ministre de l’Économie visait de nombreuses mesures destinées à revenir sur les orientations de la coalition "feu tricolore" de 2021 à 2024, qui avaient combiné politique économique et protection du climat. Cela répondait aussi à l’appel de plus en plus audible au sein de l’Union en faveur d’un retour à l’usage civil de l’énergie nucléaire, abandonnée à partir de 2011 par un gouvernement fédéral dirigé par la CDU/CSU sous Angela Merkel.

A l’ARD, tout comme dans une grande interview accordée au Spiegel, monsieur Merz donne l’impression de considérer que les compromis de la coalition se font majoritairement au détriment de la CDU/CSU. Il parle d’une coalition "avec un partenaire plus grand et un partenaire plus petit". Elle exige "aussi des compromis", et les compromis "ne sont pas à sens unique". Cela n’a jamais vraiment ressemblé à un rappel à l’ordre adressé à son propre camp.

Allemagne, Berlin, 2025 | Friedrich Merz et Lars Klingbeil
Alors qu’on se dirige vers une quatrième année de stagnation, les milieux économiques sont "désespérés" par l’inertie du gouvernementImage : Kay Nietfeld/dpa/picture alliance

Le système de santé malade

Ce n’est que quelques jours avant le premier anniversaire de la coalition que celle-ci a présenté, pour la première fois, un grand paquet de réformes avec son concept de refonte du système de santé. Mais rien n’est encore adopté pour autant. Plusieurs mois de débats au Bundestag sont d’abord prévus, au cours desquels des modifications sont toujours à prévoir.

La correspondante en chef de la DW, Michaela Küfner, a accompagné ou observé de nombreux déplacements et apparitions publiques de Friedrich Merz durant sa première année comme chancelier. Elle ne voit pas les secousses  de cette première année uniquement de manière négative. Selon Küfner, la première année de Merz n’a "pas rendu l’Allemagne plus stable, mais plus axée sur les faits" : "De la même manière que Friedrich Merz a dû apprendre à connaître les limites de la capacité de compromis avec son partenaire de coalition et avec son propre parti, on a compris en Allemagne qu’il n’était plus possible de continuer sans réformes structurelles. Cela seul constitue déjà un progrès sociétal."

Relations difficiles avec Donald Trump

Pourtant, une coalition aussi unie que possible serait nécessaire face aux défis de politique étrangère. Car on met régulièrement en garde, avec inquiétude, contre un effondrement de l’Europe, une fin de l’alliance de défense nord-atlantique (OTAN) et de l’amitié transatlantique. Le style politique parfois erratique du président américain Donald Trump renforce ces craintes à chaque fois.

Les déplacements du chancelier ou du ministre des Affaires étrangères ont désormais souvent, que ce soit en Europe ou dans d’autres régions du monde, une dimension stratégique. D’autant plus que la première année de Merz est marquée par l’action de Donald Trump. En novembre 2020, le politicien de la CDU avait exprimé la conviction que "Trump et moi – nous nous en sortirions bien". Cela remonte désormais à plus de cinq ans et demi.

États-Unis, Washington, 2026 | Trump s'exprime sur la guerre en Iran et le commerce lors d'une rencontre avec le chancelier Merz à la Maison Blanche
Le torchon brûle entre Friedrich Merz et Donald Trump, l'impopularité du chancelier atteint des records et pour la première fois, l’extrême droite est en tête des sondagesImage : Mark Schiefelbein/AP Photo/picture alliance

À trois reprises, Merz a été reçu à la Maison Blanche au cours de sa première année. Jusqu’à récemment, il semblait être l’un des (rares) chefs de gouvernement européens disposant, comme on dit, d’un lien direct avec Trump et capable de parler ouvertement avec lui. Mais sa critique publique et sévère de la manière dont Trump a géré la guerre contre l’Iran a changé la donne. Les Américains, avait déclaré Merz il y a quelques jours lors d’un échange avec des élèves dans le Sauerland, "n’ont manifestement aucune stratégie" dans ce conflit ; la République islamique d’Iran aurait "humilié" les États-Unis lors des négociations.

Donald Trump a réagi comme Trump réagit. Il a annoncé le retrait de 5.000 soldats américains d’Allemagne et a réprimandé le chancelier sur son réseau social Truth Social. Merz n’aurait aucune idée de ce dont il parle et devrait plutôt s’occuper de son "pays en ruines". La situation économique de l’Allemagne serait mauvaise. Trump a ensuite procédé à une forte augmentation des droits de douane sur les produits importés d’Europe, ce qui aura à coup sûr des répercussions sur l’industrie automobile déjà fragilisée.

Pour le chancelier, c’est une nouvelle charge. Il aime rappeler qu’il s’entretient régulièrement par téléphone avec Trump. Il y a déjà plusieurs mois, il lui avait adressé une invitation dans la région du Palatinat, terre d’origine des ancêtres de Trump. Face à cette nouvelle crispation, Merz a qualifié la situation de "difficile" à l’ARD. Il espère "que nous pourrons sortir de cette situation". L’une de ses convictions fondamentales est que "la relation transatlantique a une immense valeur pour nous tous".

Allemagne, Berlin, 2026 | Questions au gouvernement au Bundestag
L’impact concret des réformes sur le quotidien se fait encore attendre pour une partie importante de la population en AllemagneImage : Michael Kappeler/dpa/picture alliance

Maintenir l'unité de l'Europe

Sur la question européenne aussi, Merz bat le tambour de l’optimisme, même si la situation reste ouverte. Il attache de l’importance à "maintenir l’Europe unie". C’est pourquoi il est souvent en déplacement dans l’UE, "par profonde conviction que nous devons absolument maintenir cette Union européenne unie".

La correspondante en chef de la DW, Michaela Küfner, prend les conséquences menaçantes de la critique de Merz envers le président américain comme point de départ de sa réflexion, car elle y voit presque un schéma récurrent. Face à ses critiques directes envers Trump, Merz paierait souvent "un prix politique élevé pour ses maladresses verbales ".

Reste ouverte "la question de savoir si ce chancelier, doté d’un talent sans égal pour le but contre son camp politique, peut transformer sa compétence économique unanimement reconnue en action politique". Une chose est claire pour Küfner : "Au regard de la situation mondiale, l’une des choses que l’Allemagne et l’Europe peuvent le moins se permettre est un nouvel échec d’un gouvernement allemand."