La saga d′un enfant-soldat | Coupe du monde de football 2018 | DW | 20.01.2011
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Mondial 2018

La saga d'un enfant-soldat

Dans son ouvrage « Allah n'est pas obligé », l'auteur ivoirien Ahmadou Kourouma – décédé en 2003 – emmène son lecteur à travers la terrible guerre civile du Libéria et de Sierra-Leone. Son héros est un enfant-soldat.

ARCHIV - Der ehemalige Kindersoldat Ishmael Beah aus Sierra Leone erzählt in Berlin auf einer Pressekonferenz über sein Leben (Archivfoto vom 04.06.2007). Mit zwölf Jahren geriet er in seiner Heimat zwischen die Fronten des Bürgerkriegs. Regierungstruppen rekrutierten ihn, drei Jahre lang kämpfte er gegen Rebellen, tötete viele Menschen und wurde selbst schwer verwundet. Anlässlich der Internationalen Tages der Kindersoldaten an diesem Donnerstag (12.02.2009) sagte der 28-Jährige in einem Gespräch mit der Deutschen Presse-Agentur dpa: «Die Dinge, die mir passiert sind, sind so unglaublich weit weg von einem normalen Leben. Das Level an Gewalt in einem Krieg ist so hoch, das kann sich einfach kein Mensch vorstellen.» Foto: Jens Kalaene (zu dpa 0310 vom 11.02.2009) +++(c) dpa - Bildfunk+++

Ahmadou Kourouma, né en 1927 en Côte d'Ivoire. Un des auteurs les plus importants du continent africain.

« Allah n'est pas obligé » est un véritable livre coup de poing, non seulement par la violence des évènements qui sont racontés mais aussi par l'intensité du style et la critique de l'auteur Ahmadou Kourouma sur les acteurs de cette époque. Mais commençons par l'histoire. Birahima est un petit Ivoirien de douze ans qui, à la mort de sa mère, essaye de rejoindre une tante au Libéria accompagné d'un certain Yacouba, « marabout, féticheur et multiplicateur de billet ».

Road movie en enfer

A peine nos deux héros mettent-ils le pied au Libéria qu'ils sont dépouillés par des enfants-soldats armés de mitraillettes et emmenés dans un camp que nous décrit Birahima: « Le camp était limité par des crânes humains hissés sur des pieux et gardé par des enfants soldats. »

Le ton est donné. Ce premier camp, celui de Papa le Bon, sera suivi par d'autres. Biharima, kalachnikoff en bandoulière, devient lui aussi enfant-soldat. Et le lecteur, un peu malmené, découvre les horreurs de la guerre civile du Libéria et de Sierra Leone à travers son regard à la fois innocent et souvent plein d'humour. Alors qui sont ces enfants-soldats ? Birahima nous explique: « Quand on n'a pas de famille, et qu'on a rien, le mieux est de devenir un enfant-soldat. Les enfants-soldats c'est pour ceux qui n'ont plus rien à foutre sur terre et dans le ciel d'Allah. »

Kindersoldat in Demokratische Republik Kongo

L'Unicef estime que 300 000 enfants-soldats combattent dans le monde. Leur sort est tragique.

Seul sur terre

Allah est invoqué presque à chaque page de cet ouvrage, et notamment dans ce titre étrange « Allah n'est pas obligé ». En fait, il s'agit d'une phrase employée pour la première fois lorsque Biharima parle de sa mère, victime d’une excision mal faite qui a tourné à la gangrène par manque de soin. Elle se traîne par terre avec une infection purulente. Alors pour éteindre son mauvais destin, on fait des sacrifices à Allah et aux mânes des ancêtres. Mais comme rien ne se produit, Birahima en conclut : « Allah fait ce qu’il veut : il n’est pas obligé d’accéder – ça veut dire donner son accord – à toutes les prières des pauvres humains. » Une constatation que Birahima fait à plusieurs reprises et qui revient comme un leitmotiv ponctuer ce récit.

Un "guerrier" de la langue

On ne présente plus Ahmadou Kourouma, auteur entre autres du fameux « Soleil des Indépendances ». Cet Ivoirien de nationalité et de cœur a été condamné à l'exil par l'ancien président Félix Houphouet-Boigny. Son nom signifie « guerrier », paraît-il, en malinké. Et c'est bien un guerrier de la langue qui, armé comme son héros le petit Birahima, du « dictionnaire des particularités du français d'Afrique », adapte le français à sa langue maternelle, le malinké, et au rythme africain.

Auteur : Elisabeth Cadot
Edition : Anne Le Touzé