Législatives en Tunisie, deux partis arrivent en tête | Afrique | DW | 07.10.2019
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Afrique

Législatives en Tunisie, deux partis arrivent en tête

Deux partis rivaux, Ennahdha, le parti islamiste, et Qalb Tounes, la formation de Nabil Karoui, candidat au second tour de la présidentielle depuis sa prison, revendiquent la victoire.

Écouter l'audio 41:40

La Tunisie peut-elle inspirer les autres pays africains ?

Selon deux sondages publiés dimanche (6 octobre) par des instituts de sondages tunisiens, le parti d'inspiration islamiste Ennahdha aurait remporté le  plus grand nombre de sièges : 40 sur 217, contre 33 à 35 pour Qalb Tounes, le parti de Nabil Karoui.

Le taux de participation est estimé à 41,3%, selon l'instance en charge des élections (Isie).Ce taux est bien en deçà des 68% obtenus en 2014.

Tunesien wählt neues Parlament (AFP/F. Belaid)

Des supporters du parti Qalb Tounes à Tunis lors des élections législatives du 6 octobre 2019

Si ces sondages se confirment, la nouvelle Assemblée s'annonce morcelée entre des partis hétéroclites peu enclins à négocier après une campagne à couteaux tirés, craignent de nombreux analystes.

Pour ceux-ci, "quel que soit le gagnant, il lui sera difficile de rassembler une majorité, contrairement à 2014, lorsque le Parlement s'était retrouvé partagé entre un parti présenté comme séculariste, Nidda Tounes, et Ennahdha, qui détenaient à eux deux une large majorité et s'étaient rapidement alliés".

"Parent pauvre"

Lamine Benghazi de l’ONG d’Al Bawsala, estime que "le Parlement issu de ces législatives sera le parent pauvre de la deuxième République même s’il est le pouvoir originel selon la Constitution."

"Est-ce que réellement on a donné à ce système toutes ses chances, est-ce qu’on a donné à ce mécanisme, ce qu’on appelle de l’autre côté de l’Atlantique le Checks and balances, avec uneCour constitutionnelle, des instances indépendantes, est-ce qu’on a donné tous les moyens à ce Parlement pour mener sa mission et toutes ses prerogatives", s’interroge-t-il.

Tunesien Hafhed Caid Essebsi (picture-alliance/dpa/M. Messara)

Hafhed Caid Essebsi, leader de Nidaa Tounes

Pour lui, le Parlement aurait pu être le coeur battant de la transition, mais il est resté le parent pauvre de ces cinq dernières années, en raison du manque de moyens . Car, la chambre basse ne dispose que de 0,09 % du budget de l’Etat. Ce qui est une goutte d’eau, selon Lamine Benghazi.

"Je pense que la commission du consensus et le processus de prise de décision centralisé qui dévalorise le travail des députés en commission est l’une des raisons du désenchantement de plusieurs députés vis-à-vis du travail législatif. Ça prouve encore une fois la centralisation du mécanisme de prise de décision au sein du Parlement et la question qui se pose est pourquoi avoir 217 députés alors qu’on pourrait avoir 8 ou 9 députés qui pourraient décider pour tous", estime-t-il.

Tunesien wählt neues Parlament (picture-alliance/dpa/K. Nasraoui)

Liesse de partisans du parti islamiste Ennahda

Pour faire face à un exécutif hégémonique, des leviers existent pour les députés.  Mais ils ne les exploitent pas jusqu’au bout, déplore Lamine Benghazi. À l’en croire, "il y a un mécanisme de création de commission d’enquête et d’investigation au sein de l’ARP (Assemblée des représentants du peuple). Six commissions ont été créées durant les cinq dernières années.

Echec total pour les 6 commissions d’investigation, zéro rapport, zéro résultat, zero discussion en plénière, explique-t-il.

Le gouvernement qui sera mis en place aura entre autres pour missions, la réforme de la Constitution", conclu le représentant de l’ONG d’Al Bawsala.

Tunesien | Präsidentschaftskandidat Nabil Karoui festgenommen (Reuters/Z. Souissi)

Nabil Karoui, qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle du 13 octobre 2019, est toujours en prison

L'arrivée de novices

De nouvelles figures devraient faire leur entrée au Parlement.

Parmi eux, le mouvement Karama de l'avocat islamiste populiste Seifeddine Makhlouf. Il compte parmi ses têtes de listes Imed Dghij, ancien cadre d'un groupe violent proche des islamistes, qui a écopé de trois mois de prison en 2014.

L'avocate anti-islamiste Abir Moussi s'est également félicitée de l'entrée de son Parti destourien libre au Parlement. Elle a toutefois souligné que "s'il y a un accord sans les +Frères+ [musulmans, en référence à Ennahdha], nous tendrons la main aux forces modérées". A défaut "nous resterons dans l'opposition".

Rappelons que le parti arrivé en tête aura deux mois pour dégager une majorité de 109 voix au Parlement afin de former un gouvernement. Le futur président de la République ne peut intervenir qu'en cas de blocage au terme de cette période.

Selon l'analyste politique Youssef Cherif "les négociations prendront probablement des semaines" en évoquant le risque d'un nouveau scrutin si les députés ne parviennent pas à se mettre d'accord.

Le gouvernement qui sera formé aura la lourde mission de relancer l'économie et de résorber la dette abyssale  du pays. : Si la menace terroriste n'est plus un sujet majeur, quatre ans après une série d'attentats meurtriers, la transition démocratique reste fragilisée par les difficultés sociales persistantes.

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