Il y a 20 ans: la Stasi prise d′assaut | Allemagne | DW | 15.01.2010
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Allemagne

Il y a 20 ans: la Stasi prise d'assaut

Le 15 janvier 1990, deux mois après la chute du Mur de Berlin, les Allemands de l'Est prennent d'assaut la centrale de la Stasi, à Berlin, capitale de la RDA, la République démocratique allemande encore existante.

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La Stasi, c'est la police politique de l'ex-Allemagne de l'Est. Elle a été mise sur pied après la Seconde Guerre mondiale, à la suite de l'occupation des régions de l'Est de l'Allemagne par les troupes soviétiques – une zone d'occupation soviétique qui est devenue la RDA. La Stasi, elle avait pour principal objectif de traquer les opposants au régime communiste. Après la chute du Mur de Berlin, des centaines de milliers de dossiers ont été retrouvés. En 1992, un office fédéral est spécialement créé pour traiter ces précieux documents. C'est Marianne Birthler qui dirige aujourd'hui cette institution :

Deutschland DDR Stasi Stürmung Jahrestag in Ostberlin

La prise d'assaut de la centrale de la Stasi, l'ancienne police politique de la RDA

Plus de 110 kilomètres de dossiers

« Nous avons eu affaire à plus de 110 km de papier, si on met les dossiers bout à bout. 50 km avaient déjà été archivés par le ministère de tutelle, du temps de la RDA. Mais malheureusement, nous ne pouvons pas lancer de recherche thématique. Les dossiers sont archivés de telle sorte que seules les personnes concernées peuvent s'y retrouver. Et puis après, il y a les 60 km restants. Ce sont des dossiers qui ont été rassemblés à la va-vite par des officiers de la Stasi. Et là, il n'y avait tout d'abord aucun moyen de savoir ce qu'il y avait dedans. »

Des dossiers que les personnes concernées peuvent consulter, ainsi que les chercheurs, les journalistes ou les institutions publiques. Sebastian Flugbeil fait partie des Berlinois qui ont pris d'assaut le siège de la Stasi, il y a exactement 20 ans :

Les citoyens de RDA sous haute surveillance

« D'un seul coup, beaucoup de gens ont trouvé des réponses à leurs questions sur des choses qui s'étaient déroulées bizarrement au cours de leur vie. »

Deutschland Stasi Akten Birthler Tätigkeitsbericht

Les citoyens de RDA sous surveillance : 112 kilomètres de dossiers ont été retrouvés

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Pourquoi par exemple on n'a pas eu l'autorisation de faire des études. Ou pourquoi on n'a jamais avancé au sein de la hiérarchie de son entreprise. La Stasi a en tous cas muselé l'opposition politique. Elle a eu recours à toutes sortes de menaces mais aussi à des techniques perfectionnées de torture par isolement et de pressions psychologiques. Joachim Gauck, ancien pasteur en RDA, a été le premier directeur de l'Office fédéral chargé des dossiers de la Stasi.

« Les députés ont souhaité que les Allemands puissent consulter leurs dossiers. Il s'agissait de réhabiliter d'anciens prisonniers politiques, et de vérifier le passé des personnes qui étaient recrutées - après la Réunification - dans la fonction publique et au sein des parlements. »

Un million et demi de personnes ont consulté leur dossier

Une démarche unique au monde, et qui a inspiré bon nombre de pays au prise avec un travail de deuil sur un passé difficile à digérer. Les archives de la Stasi contiennent toutes sortes de documents, sur papier, sur microfilms ou sur vidéo. Plus d'un million et demi de personnes ont consulté leurs dossiers depuis 1992. Marianne Birthler :

Erich Mielke

Erich Mielke dirigeait le Ministère de la Sécurité d'Etat

« Au niveau du travail quotidien, c'est surtout sur les demandes individuelles que nous passons le plus de temps. Environ la moitié des personnes qui se tournent vers notre institution ont en effet été espionnées par la Stasi, qui a constitué un dossier sur leurs faits et gestes. Pour certaines personnes, il ne s'agit que d'une petite fiche, pour d'autres de classeurs entiers. Ce qui est intéressant, c'est de constater que les demandes se multiplient. »

Elles se sont d'ailleurs multipliées surtout l'an passé, alors qu'on célébrait les 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Sebastian Flugbeil souligne cependant un problème dans la recherche de la vérité. La possibilité de cacher au public le nom des anciens espions.

« Je trouve cela inquiétant, qu'on puisse empêcher, devant les tribunaux, de découvrir qui étaient les espions. Quelqu'un comme Angela Merkel pourrait changer les choses. «

On comptait environ 90 000 agents officiels et 175 000 informateurs non officiels en RDA. Un tiers des anciens employés de la Stasi aurait réussi à se reconvertir dans le secteur privé, notamment comme enquêteurs, dans les compagnies d'assurance par exemple.

Auteurs : Carine Debrabandère, Michael Marek
Rédaction : Audrey Parmentier