Après le drame de Rubaya, les familles veulent des réponses
3 février 2026
Parmi les victimes de la mine de Rubaya, des mineurs artisanaux, mais aussi des enfants, des femmes commerçantes, et d'autres civils présents sur le site au moment de l'effondrement.
Certains blessés ont été évacués vers des centres de santé à Rubaya, d'autres ont dû être transférés à Goma, à plusieurs heures de route, pour des soins spécialisés. Selon plusieurs témoignages, dans ces mines artisanales, il n'existe ni contrat de travail, ni couverture sociale, ni assurance en cas d'accident.
Ce mineur, dont nous taisons le nom, explique l'absence de prise en charge après le drame de Rubaya.
"Même la Croix-Rouge, quand il y a éboulement, elle vient après. Il n'y a que des creuseurs qui assistent les leurs, un tant soit peu. Ce secours se fait bizarrement. Des survivants blessés grièvement sont sortis sous la boue après deux jours. La plupart ne savent pas donner les premiers secours, ils n'ont aucune notion, ils sont là pour les minerais et l'argent", regrette-t-il.
À Rubaya, la mine de coltan est temporairement fermée, sur instruction des autorités rebelles locales, pour permettre aux secours de fouiller les décombres.
"Quand on enterre, le dossier est clos"
Quand le principal soutien du foyer disparaît ou reste handicapé à vie, les conséquences sont immédiates : plus de revenus, plus de soins, parfois plus de logement.
Ce que déplore Thimothée Mbuya, président de l'ONG Justicia Asbl, qui lutte pour les droits de l'homme et les droits environnementaux dans les provinces minieéres du Haut-Katanga et de Lualaba.
"L'exploitant artisanal apparaît aujourd'hui comme un individu isolé, qui est sacrifié. Sur le plan de la loi, sur le plan de la justice, il n'y a même pas d'enquêtes qui commencent pour savoir qui sont les ayant droit ou les familles des victimes. Donc il n'y a pas d'enquêtes du tout et tout se limite à l'enterrement. Quand on enterre, le dossier est clos, définitivement clos", affirme Me Mbuya.
A Rubaya, l'exploitation se fait dans des conditions extrêmement dangereuses : galeries non renforcées, absence de drainage, manque d'équipements pour les mineurs et aucun contrôle technique. Le site se trouve en outre dans une zone dirigée par le groupe rebelle M23.
Responsabilités partagées
Alex Kopp, chargé de plaidoyer à l'ONG Global Witness, estime que les responsabilités sont partagées pour le drame de Rubaya.
"Il y a le contrôle effectif (de Rubaya) par les rebelles du M23. Ils devraient prendre des mesures de sécurité. Après, il y a des entreprises qui ne devraient pas acheter de minerais qui proviennent d’une zone de conflit et enfin, il y a des Etats qui devraient sanctionner le Rwanda pour soutenir M23", plaide Kopp.
Le Service d'assistance et d'encadrement de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle annonce que le gouvernement congolais devrait bientôt offrir une assurance aux coopératives d'exploitation minière artisanale.
Son directeur général, Jean‑Paul Kapongo, indique que le processus a déjà commencé dans deux provinces pilotes : le Haut‑Katanga et le Lualaba.
Mais sur le terrain, à Rubaya, comme ailleurs dans le pays, des milliers de familles continuent de travailler sans aucune protection, ni filet social.