L′esclavage par ascendance, une pratique courante au Mali | Interviews exclusives DW | DW | 01.12.2021
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Interviews exclusives

L'esclavage par ascendance, une pratique courante au Mali

Interview avec Raichatou Walet Altanata de l'association Temedt qui milite contre ces pratiques.

L'esclavage n'appartient pas qu'au passé : il est encore pratiqué dans plusieurs régions d'Afrique, dont au Mali.

L'esclavage n'appartient pas qu'au passé : il est encore pratiqué dans plusieurs régions d'Afrique, dont au Mali.

L'esclavage par ascendance, une pratique courante au Mali malgré son abolition par l'administration coloniale en 1905.

Plusieurs milliers de personnes victimes du phénomène ont trouvé refuge à Bamako. Elles sont majoritairement originaires de la région de Kayes, dans l'ouest.

L'association Temedt milite pour l'abandon et pour l'adoption de textes criminalisant l'esclavage dans le pays.

Pour en parler, nous recevons ce matin Raichatou Walet Altanata, elle est la vice-présidente de l'association Temedt. Elle répond aux questions de Mahamadou Kane, notre correspondant à Bamako.

***

DW : Raichatou Walet Altanata, bonjour.

Bonjour. 

DW : L'association Temedt milite depuis 2006 pour l'abandon des pratiques esclavagistes au Mali, mais depuis 2018, les esclavagistes semblent redoubler d'efforts pour traquer tous ceux qui s'opposent à leurs pratiques. Comment en sommes-nous arrivés là?

Malheureusement, on parle dans cette partie du Mali de traditions, on parle de "culture". Mais nous avons été contactés ici à Temedt par des ressortissants de cette région-là, notamment la diaspora des Soninké de la région de Kayes qui sont regroupés au sein d'une association qui s'appelle Gambana. Et ce sont eux qui nous ont contactés. Ils ont commencé la lutte,dans différents foyers. Ils ont commencé à sensibiliser leur communauté à l'éveil des consciences.

DW : Kayes est la région épicentre de ce phénomène qui a fait des déplacés internes, des blessés et même des morts. Combien sont-ils à ce jour de plus?

Actuellement, il y a plusieurs études en cours. Nous avons un certain nombre de données qui ne sont pas exhaustives. Rien qu'au niveau du Cercle de Dejma, nous avons quand même déplacé tout un village qui a été créé tout près, une quarantaine d'autres moins de 40 km et quittant le village de Mambri.

Ce sont des autochtones qui ont été obligés de se déplacer pour aller créer un village, dit "village d'esclaves". Ils se sont déplacés et se sont installés là-bas.

Actuellement, on a aussi au niveau de Bamako plusieurs camps de victimes qui se sont déplacées, qui ont été forcées de quitter leur village, notamment à Baramanbougou, ce qui est le plus récent, où on a quand même plusieurs centaines de personnes qui sont réparties entre les différents sites comme la Cité des enfants, Kabala et Banankoro.

Nous avons même plusieurs milliers de personnes qui ont été obligées de quitter leur foyer, il y a même eu mort d'homme.

Je voudrais parler du cas très malheureux du vieux Diary Sow qui était du Cercle de Nioro du Sahel, avec les trois frères Sissoko : ils ont malheureusement été assassinés, simplement parce qu'ils ont refusé de reconnaître le statut d'esclave.

DW : Il y a l'esclavage dans l'ouest du pays, la région de Kayes, mais aussi dans le Grand nord du Mali. Pourquoi cette pratique reste-t-elle vivace dans ces deux régions ? Quelle est leur particularité?

Chez nous, comme on parle d'esclavage par ascendance, c'est-à-dire quand tu es né d'une famille esclave, tu deviens automatiquement esclave, surtout du côté de la maman. Les enfants deviennent esclaves, ils sont la propriété des maîtres.

Par ailleurs, ce qu'on voit au niveau de la région de Kayes, c'est, la plupart du temps, des gens qui viennent d'ailleurs, qui sont considérés comme des esclaves. Quand on prend, même au niveau des patronymes, ce sont des Peulhs, Diakité, des Sidibé, des Coulibaly, des Keita, des Diarra... C'est vraiment des patronymes qu'on n'a pas l'habitude d'entendre.

Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons eu aucun dossier qui a été jugé pour cause d'esclavage. On trouve toujours d'autres subterfuges. On parle de violence, d'infraction, mais on n'a jamais jugé la cause réelle du délit.

DW : Est-ce que les autorités excluent l'hypothèse de l'esclavage?

Le Mali a ratifié tous les textes internationaux et même la Loi fondamentale de la République du Mali interdit l'esclavage. Donc adopter des textes qui criminalisent le phénomène de l'esclavage, c'est reconnaître que l'esclavage existe et est pratiqué au Mali.

D'où la problématique à laquelle nous sommes confrontés par rapport au projet de loi que nous avons quand même élaboré avec la collaboration du ministère de la Justice.

Nous avions connu une très grande avancée en 2015. Nous avons travaillé à l'époque, en tout cas sous le premier gouvernement d'IBK. Cela a abouti à un projet de loi qui a fait tout le circuit jusqu'à atterrir, même, sur la table du conseil des ministres. A l'époque, ça a été retiré à la dernière minute. La raison fallacieuse qu'ils ont trouvée, c'est que le Mali est engagé dans des accords de paix avec les mouvements armés. Donc, adopter un projet de loi qui criminalise l'esclavage aurait été quand même un peu ajouter encore aux problèmes déjà existants, ce qui est quand même aberrant.

DW : Vous remercions pour cette entrevue.

Merci beaucoup.