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En Allemagne, le ministre de la Culture dans la tourmente

20 mars 2026

Wolfram Weimer est accusé de surveiller les opinions après avoir retiré des librairies de gauche sur une liste de nominés pour le Prix allemand des libraires.

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Wolfram Weimer au téléphone.
Pour le moment, le chancelier Friedrich Merz soutient son ministre Wolfram Weimer.Image : Sebastian Gollnow/dpa/picture alliance

C'est sous les huées que le ministre allemand de la culture a été accueilli au salon du livre de Leipzig, cette semaine.  

Le ministre allemand de la Culture Wolfram Weimer est critiqué pour avoir retiré trois librairies de gauche d'une liste de nominés pour le Prix allemand des librairies qui devait récompenser l'engagement de plus d'une centaine de librairies indépendantes à Leipzig, le 19 mars.

Le ministre a justifié son intervention en raison d'"informations relevant de la sécurité de l'État".

Dans une récente interview à l'hebdomadaire Die Zeit, Wolfram Weimer a expliqué ne pas pouvoir donner davantage de détails. Selon lui, "les services de sécurité de l'État ne sont pas autorisés à nous en dire plus".  

Les librairies jugées controversées se trouvent à Berlin, à Brême (dans le nord de l'Allemagne) et à Göttingen (dans le centre du pays). 

Le Prix des librairies s'accompagne de dotations allant de 7 000 à 25 000 euros qui proviennent de subventions accordées par le gouvernement fédéral. La sélection est toutefois effectuée par un jury indépendant.  

Recours à l'Office allemand de protection de la Constitution

Avant cette édition, le ministère de la Culture n'était jamais intervenu pour modifier cette liste. 

C'était donc avant que Wolfram Weimer décide de consulter les services de protection de la Constitution, qui auraient ainsi identifié les trois librairies dans une de leurs bases de données. 

Le ministre a expliqué que l'argent du contribuable, ici sous forme de subventions, ne peut aller qu'à des institutions sur lesquelles ne pèse aucun "soupçon"

Une femme lit un livre dans une librairie.
(Photo d'illustration) Les librairies sont vent debout contre la décision de Wolfram Weimer.Image : Peter Endig/dpa/picture-alliance

D'après le journal Süddeutsche Zeitung, l'une des trois boutiques aurait joué un rôle dans "le réseau de communication de la RAF", la Fraction armée rouge, une organisation terroriste d'extrême-gauche née dans les années 70. Or, comme le précise le quotidien, "cela fait déjà 30 ans que la RAF a été dissoute". 

Dans les deux autres cas, l'une des librairies "servirait d'adresse postale à des groupes antifascistes" et la façade de la troisième serait taguée de graffitis dont l'un dit "Deutschland verrecke" ("Que l'Allemagne crève"). 

Surveillance des opinions

Si le recours aux services de protection de la Constitution est juridiquement controversé, dans la mesure où la Constitution protège elle-même la liberté artistique, le monde culturel voit dans l'intervention de Wolfram Weimer une surveillance des opinions. 

D'autant que le ministre, sans étiquette politique, n'en est pas à sa première polémique. 

Récemment, il lui a été reproché d'avoir voulu obtenir le départ de la directrice de la Berlinale, l'américaine Tricia Tuttle. 

Lors de la dernière édition du festival, en février, un lauréat avait prononcé un discours propalestinien. Wolfram Weimer avait ensuite écrit sur X : "Ce festival est la voix du cinéma international, audacieux et pertinent. Une chose est claire : l'antisémitisme n'a pas sa place ici."

Escales : redécouvrir le plaisir de la lecture

Rarement, le poste de ministre de la Culture n'a fait couler autant d'encre. Comme le commente le site d'information public Tagesschau.de, "il est rare qu'un ministre de la Culture fasse l'objet d'une alerte info".

Ironie du sort, comme le rapport de service public NDR, l'une des trois librairies concernées par l'intervention du ministre pour le Prix des libraires est submergée de clients. 

La librairie "Rote Strasse" de Göttingen signale des ventes "comme avant Noël" et se fend même d'un trait d'humour en ayant fait de Wolfram Weimer son "employé du mois". Son portrait est désormais accroché dans la librairie.

Marco Wolter | French for Africa
Marco Wolter Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welledw_francais