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"Nous avons plusieurs essais cliniques qui vont se faire"

2 juillet 2026

Le Dr Jean Kaseya, directeur général de l'Africa CDC, parle d'essais cliniques lancés dans l'épicentre de l'épidémie d'Ebola en Ituri et espère un vaccin d'ici la fin 2026.

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Berlin | Dr. Jean Kaseya, le Directeur général de l'Africa CDC lors d'une interview
Dr. Jean Kaseya, le Directeur général de l'Africa CDCImage : DW

En République démocratique du Congo, l'épidémie d'Ebola, due au virus Bundibugyo, a été déclarée le 15 mai dernier. Depuis lors, l'attention reste soutenue sur l'évolution de la situation et sur la capacité de riposte du continent.

Aujourd'hui, un signal d'espoir se dessine avec le lancement imminent, dans la ville congolaise de Bunia, d'essais cliniques portant sur des outils de traitement et de prophylaxie post-exposition. Une étape décisive, alors même qu'aucun vaccin homologué ni traitement spécifiquement approuvé n'existe encore pour cette souche.

Les présidents Félix Tshisekedi et Cyril Ramaphosa se rencontrent à Kinshasa ce jeudi 2 juillet pour renforcer la riposte à l’Ebola. Cette visite vise à soutenir la République démocratique du Congo face à l’épidémie, avec notamment une intervention du directeur général de l’Africa CDC, Dr Jean Kaseya, portant sur la coordination continentale, la préparation régionale et la mobilisation des ressources. La rencontre se tiendra à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB). Profitant de la présence du Dr Kaseya, nous avons également fait le point sur le financement de la riposte et les efforts en cours pour traduire les engagements en ressources opérationnelles.

Ecoutez ou lisez l'interview de la DW avec le Dr Jean Kaseya.

 

DW :  Les essais cliniques devraient commencer cette semaine à Bunia pour un traitement potentiel et des outils de prophylaxie post exposition contre le virus Bundibugyo. A l’heure actuelle, il n’existe aucun vaccin agrée ni traitement approuvé spécifiquement pour cette souche. Que pouvez-vous nous dire des essais cliniques en cours ?

Dr. Kaseya : Ça fait 19 ans que l'on connaît Bundibugyo et il n’y a jamais eu d’essais cliniques pour trouver les vaccins et les médicaments. Et ça, ce n'est pas acceptable.

DW : Pourquoi est-ce qu’il n’y a jamais eu d’essais cliniques ?

 Dr. Kaseya :  Il n'y a jamais eu d'essais cliniques puisque ça n'a jamais intéressé les pays occidentaux. C'est une maladie des Africains et donc le marché africain ne les intéressait pas. Voilà pourquoi Africa CDC est important. Aujourd'hui, notre priorité, c'est de faire en sorte que tout ce qui est problème de santé en Afrique puisse avoir des solutions.

Nous avons plusieurs essais cliniques qui vont se faire. En ce qui concerne les traitements, nous avons deux molécules qu'on associe, le MBP 134 et puis le Remdesivir, et on essaye de voir ce que cela peut donner comme résultat sur Bundibugyo. Cela va prendre à peu près 4 à 5 mois. Et puis nous avons un essai clinique pour la prophylaxie, pour les gens qui sont en contact avec les malades et qui peuvent le prendre, quand vous savez que vous avez été potentiellement en contact avec quelqu'un qui est malade. Et ça aussi, ça va prendre la même durée. Mais ce qui est important, c'est de dire qu'on avait besoin de 28 millions de dollars pour conduire ces essais cliniques. Actuellement, nous avons un gap qui est autour d'une dizaine de millions de dollars, et c'est sur cela qu'on va se focaliser, afin de finir ces essais cliniques.

Notre objectif, c'est de dire avant la fin de cette année : enfin nous avons un médicament pour Bundibugyo et peut être un vaccin aussi.

Addis Abeba | siège de l'Africa CDC
L'Africa CDC s'éfforce d'apporter des solutions face à l'épidémie d'EbolaImage : Eskinder Firew/DW

DW : Vous revenez d'Allemagne dans le cadre d'une initiative germano-britannique pour la mobilisation des fonds. De quoi a-t-il été question exactement ?

DR. Kaseya : Nous avons discuté principalement de financement, mais aussi on s'est mis d'accord que personne ne va encourager la fermeture des frontières. Et je tiens à annoncer qu’avec des personnalités et même d'autres ministres occidentaux, nous allons avoir une tribune la semaine prochaine dans les grands journaux du monde pour annoncer comment l'Afrique et l'Europe travaillent ensemble par rapport à cette épidémie. C'était une réunion très intéressante et nous allons prochainement nous revoir à Londres dans le cadre d'une initiative que la Grande-Bretagne a lancée pour amener un certain nombre de partenaires ensemble afin de financer la réponse.

DW : Aujourd'hui, Dr. Kaseya, en termes de financement peut-on être optimiste ?

Dr. Kaseya : Sur 558 millions qu'on attendait du côté de la santé, nous avons déjà obtenu autour de 160 millions. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est un pas. On doit évoluer. Sur les 882 millions qu'on attend du côté humanitaire, si je me concentre seulement sur l'humanitaire de l'Ituri, on a à peu près 400 millions ou 350 à 400 millions. Donc, ça signifie que nous faisons des efforts, puisque certaines annonces c'est pour reprogrammer l'argent qui existe comme la Banque mondiale et d'autres.

Maintenant, tout dépend du travail que le pays fait en interne pour que cet argent puisse être alloué pour la riposte. S’agissant des autres annonces, il faut juste un temps pour que les ministres des Finances de certains pays valident et envoient. Et donc nous pensons qu’on va passer peut-être de 160 millions à plus ou moins 300 millions.

Mais j'insiste, nous avions un grand objectif d'avoir au moins 100 millions venant des pays africains. Actuellement, nous avons des engagements qui sont déjà autour de 110 millions des pays africains. Je pense qu’avec ce que l'on a et le potentiel d'avoir un peu plus, nous pouvons déjà commencer des grandes actions pour voir comment arrêter le virus.

"Quand vous avez la maladie, allez à l'hôpital"

DW :  Bundibugyo qui a commencé en Ituri, circule et se propage dans d’autres provinces. Pensez vous parvenir a endiguer le virus d’ici les prochains mois ?

Dr. Kaseya : Nous devons faire de notre mieux pour arrêter la propagation de ce virus.Voilà pourquoi vous avez vu Africa CDC sensibiliser les chefs d'État. Nous avions eu une réunion des chefs d'État le 16 juin. Nous avons accompagné le président du Burundi qui était en RDC il y a une dizaine de jours. Nous amenons le président Ramaphosa ce 2 juillet en RDC. Nous maintenons la mobilisation des partenaires au très haut niveau et nous maintenons aussi le contact avec le pays à un plus haut niveau.

Nous sommes aussi au niveau technique, en train d'appuyer la réponse au niveau de l'Ituri. Tout cela, c'est pour dire que nous devons arrêter cette épidémie très rapidement, et nous ne pouvons pas nous permettre de voir cette épidémie qui, à l'heure d'aujourd'hui, est déjà la plus grosse épidémie à 5 à 6 semaines de déclaration. Si on compare avec toutes les autres épidémies, Ebola, c'est déjà la plus grosse épidémie.

DW : On a vu récemment tout au moins deux cas de personnes qui ont contracté la maladie à virus Ebola et qui ont réussi à se faire soigner. Un Américain qui a été soigné en Allemagne à l'hôpital Charité, et on a vu un résident français qui est parti la semaine dernière et qui a pu être stabilisé. Ces deux exemples illustre que quand on est à l'étranger, dans des meilleures conditions et qu'on a des meilleurs plateaux médicaux, on arrive à gérer la maladie. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette grille de lecture?

Dr. Kaseya : Il faut d'abord souligner qu'en RDC, nous avons déjà plus ou moins 195 personnes qui sont guéries de cette épidémie. Et le message est clair quand vous avez la maladie, quand vous avez les symptômes de la maladie, allez à l'hôpital, faites vous tester. Si vous êtes positif et que vous n'avez pas encore commencé la partie humide de la maladie, ça signifie la diarrhée, les vomissements, c'est encore possible avec les cocktails de traitement que l'on a, qu'on puisse éviter cela et qu'on ait des gens qui soient en bonne santé et qui puissent sortir de l'hôpital.

Donc ça, c'est le grand message. On peut être en RDC, on peut être aux États Unis, on peut être en Allemagne, on peut être partout ailleurs, si vous vous y prenez à temps, si vous faites confiance aux messages que nous vous donnons, que le gouvernement vous donne, vous utilisez les infrastructures sanitaires sur place. Il y a beaucoup plus de chances de s'en sortir.

DW : Docteur Kaseya merci.

Dr. Kaseya : Merci beaucoup Madame.

DW-Redaktion Afrika-Französisch
Wendy Bashi Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle@WenBash