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L'UE réaffirme son engagement dans la lutte contre Ebola

29 mai 2026

Hadja Labhib, commissaire européenne aux Affaires humanitaires, reviens sur l'engagement de l'UE dans la lutte contre Ebola en RDC.

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Hadja Lahbib | Commissaire à l'aide humanitaire (photo d'illustration)
Face à la propagation du virus en RDC, l'aide internationale reste importante alors que l'accent est mis notamment sur la sensibilisationImage : European Union

La RDC a déclaré, le 15 mai dernier, une épidémie liée au virus Bundibugyo, une souche du virus Ebola pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique, avec un taux de létalité préoccupant. Face à la situation, l'Organisation mondiale de la santé a déclenché une alerte sanitaire internationale.

L'Union européenne a rapidement affiché son soutien. Le 22 mai, la commissaire européenne aux Affaires humanitaires, Hadja Labhib, a annoncé une aide supplémentaire de 15 millions d'euros pour soutenir la réponse d'urgence en RDC et en Ouganda, réaffirmant l'engagement de l'UE aux côtés de ses partenaires africains.

Mais au-delà de ces engagements, comment ces annonces se traduisent-elles concrètement pour les équipes en première ligne ? 

Dans cet entretien avec la commissaire européenne, nous revenons sur l'engagement de l'UE dans la lutte contre Ebola en RDC, ainsi que sur l'écart qui subsiste entre les promesses internationales et la réalité du terrain, où de nombreux soignants disent encore manquer de moyens face à la propagation du virus. 

"On reste prudemment optimiste"

Ecoutez ou lisez l'interview de la DW avec Hadja Labhib.

 

DW : Madame Lahbib, bonjour.

Hadja Labhib : Bonjour.

DW : Le 22 mai, vous disiez dans un tweet qu'en tant qu'actrice mondiale et fiable, l'Union européenne se tient aux côtés de ses partenaires européens. Vous disiez que vous alliez allouer une aide humanitaire supplémentaire de 15 millions d'euros pour répondre à l'épidémie d'Ebola en RDC, en Ouganda, en soutenant des opérations d'urgence.

Mais sur le terrain, force est de constater que la situation est différente. Encore ce matin, dans un point de presse ici à Kinshasa, il était question du manque de fonds. Et quand on parle aux acteurs de terrain, que ce soit à Bunia, où le virus est apparu, à Rwampara ou à Mungwalu, ou dans les provinces voisines comme la Tshopo, ils sont tous unanimes la question d'absence de fonds reste présente.

Comment est-ce que vous expliquez cela, ou quel regard est-ce que vous portez sur cette réalité de terrain?

Hadja Labhib : Ce qu'il est important de souligner, c'est qu'on a pu identifier en fait très rapidement ce variant grâce à un séquençage génomique qui était financé par l'Union européenne.

Ce qui a permis de déclencher, en fait, les mesures appropriées très vite, dès le début de l'épidémie, l'Union européenne s'est mobilisée et nos priorités immédiates ont été très claires renforcer les capacités de diagnostic, de séquençage, de surveillance, soutenir la prévention et le contrôle des infections, mais aussi préparer les essais cliniques pour avoir les bonnes réponses médicales.

Concrètement, on a contribué au déploiement de plus de six tonnes de matériel médical et puis on a aussi effectivement renforcé notre aide financière concrètement, avec 15 millions supplémentaires pour répondre à cette épidémie.

Ouganda Bundibugyo 2026 | Une femme se lave les mains au poste-frontière avec la RDC (18 mai 2026)
Les mesures de protection sanitaire ont été renforcées aussi en OugandaImage : Badru Katumba/AFP

DW : Quand vous dites que vous déployez le programme, on entend des grands chiffres. Mais si je me réfère à ce qui m'a été dit, par exemple, par un médecin qui est au fin fond de Mungwalu ou de Rwampara, on voit qu'il y a un gap. Entre ce que vous, vous nous dites, et ce que eux nous disent sur place, où ils sont en manque de fournitures, ils sont en manque de quasi tous les CTE ne sont pas encore installés à certains endroits.

Tout ça, ce sont des choses concrètes. Comment est-ce que vous expliquez cet écart entre les enveloppes bien fournies et la réalité sur le terrain?

Hadja Labhib : Mais ça s'explique pas par des années de conflit.Les civils sont littéralement pris en otage entre la violence et la faim.

Et donc j'ai rencontré les présidents, ministres en RDC, au Burundi, au Rwanda, J'ai rencontré les acteurs humanitaires, la société civile, les réfugiés. J'ai même rencontré les rebelles de l'AFC/M23 pour demander en fait l'engagement de toutes les parties, tous les acteurs de la région au respect des principes humanitaires.

Et aujourd'hui, s'ajoutent aux conflits qui frappent déjà la région, cette épidémie.

DW : Vous parlez des parties au conflit, de permettre à ce qu'il y ait de la confiance. Vous demandez même un cessez-le-feu. Mais on voit bien que dans la gestion même d'Ebola, il y a d'un côté Kinshasa et de l'autre côté, il y a les autorités de facto [de l'AFC/M23 qui contrôlent une partie du Nord-Kivu, ndlr].

Vous étiez vous même à Goma, vous avez vu que l'aéroport ne sera pas ouvert, que ce sera difficile d'acheminer quoi que ce soit. Est-ce que ce n'est pas une cause perdue finalement?

Hadja Labhib : On reste prudemment optimiste. Quand j'étais au départ de l'aéroport, nos partenaires sur le terrain nous ont dit qu'ils ne rencontreraient certainement pas de frein à l'acheminement.

Et pour ce qui est de la coordination, l'Union européenne joue là un rôle très important dans ce mécanisme de coordination humanitaire et de gestion sécuritaire.

On améliore le partage d'informations, on améliore aussi l'évaluation des risques, la protection des opérations et le M23. On est en tout cas en communication avec toutes les parties, et c'est pour ça que je me suis rendu sur place avec vraiment une casquette de médiateur humanitaire neutre.

Donc voilà, on aide vraiment aussi nos partenaires, à travers cette diplomatie humanitaire, à mettre en place des plans d'action, à assurer la continuité opérationnelle pour garantir l'assistance et continuer à délivrer l'aide dans un contexte qui est instable mais où toutes les parties, en tout cas se sont, lorsque j'y étais, se sont engagés à respecter le travail humanitaire et leur indépendance.

DW-Redaktion Afrika-Französisch
Wendy Bashi Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle@WenBash